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Entretien avec Laurence Cabrol, nouvelle directrice du Théâtre Sémaphore

Changement de garde au Sémaphore

Entretien avec Laurence Cabrol, nouvelle directrice du Théâtre Sémaphore - Zibeline

La scène conventionnée de Port-de-Bouc, portée depuis sa création par Pierre Grafféo, a une nouvelle directrice, Laurence Cabrol, depuis janvier. Rencontre.

Zibeline : Cette scène, que vous dirigez à présent a une histoire particulière, liée à la ville portuaire qui l’abrite, et à un projet.

Laurence Cabrol : Oui. À l’origine ici il y avait une salle de la ville, un office municipal culturel. Il y a 30 ans, en avril 1989, la ville a créé un théâtre, dirigé dès l’origine par Pierre Grafféo, qui est devenu une scène conventionnée « pour les publics ».

Que signifie cette appellation ?

Qu’il s’agit ici de s’adresser à tous, dans une ville industrielle, fragmentée, en souffrance économique, touchée par le chômage. Ma volonté est de poursuivre cette politique envers tous, d’aller vers des publics adultes plus jeunes et à différents endroits de la ville. Le public du Sémaphore est aujourd’hui constitué de fidèles d’un certain âge, que nous voulons bien sûr continuer à intéresser. Nous avons aussi, parce que le travail envers les scolaires est important, beaucoup de jeunes. Mais nous voudrions retrouver le lien avec les jeunes adultes, de tous les quartiers.

Et comment allez-vous faire ?

La difficulté de franchir les portes d’un théâtre est réelle, pour certains. Nous avons d’ores et déjà mis en place ce que nous appelons des Satellites, des petites formes hors les murs en écho à ce qui est proposé au plateau. La première a eu lieu au site archéologique de Saint-Blaise, pour La Guerre de Troie cela s’imposait. Ces Satellites auront lieu tout au long de la saison, le prochain sera devant une école primaire.

Est-ce vous qui avez prévu cette saison 2018-2019, ou Pierre Grafféo ?

Les deux ! Il est parti en décembre 2018, il a programmé jusqu’alors mais pour le reste de la saison nous avons programmé à quatre mains ! Ces Satellites en particulier, et le temps fort des arts de la rue qui aura lieu pour les 30 ans, en avril, avec la Mondiale générale, Antoine le Ménestrel, une fanfare Raï… Je voudrais transformer ce premier temps fort des 30 ans en festival annuel. Toujours dans l’esprit d’éveiller la curiosité de tous les publics, pour qu’ils viennent jusqu’ici.

Cette ouverture changera-t-elle la programmation, qui fait une large place au théâtre et aux compagnies régionales ?

Non, bien sûr, il y aura toujours une présence très forte du théâtre, comme genre. Quant aux compagnies régionales, j’arrive du Val d’Oise et je les connais peu, mais je m’y mets, et il est important pour moi aussi de veiller sur les compagnies qui produisent ici, par des résidences, de la diffusion, du soutien à la création.

Vous venez du Val d’Oise, donc ?

Oui, de Creil, qui est une ville qui a des points communs avec Port-de-Bouc, faite de quartiers, de reconversion industrielle, de mixité sociale. Ce sont des villes qui ont souffert, des villes de fracture urbaine.

Mais où les équipements culturels sont nombreux !

Oui ! À Port-de-Bouc il y a le Méliès, cinéma associatif très actif, la médiathèque, le centre d’art Fernand Léger, le Conservatoire et le Service Patrimoine… Il est évident qu’il faut que l’on travaille ensemble, dans cette petite ville de 17 000 habitants, et nous avons déjà mis en place un Club des Cinq pour parvenir à trouver des synergies et des complémentarités.

Le Sémaphore est aussi lié, historiquement, à la scène nationale de Martigues à quelques kilomètres…

Oui. Nous sommes membres fondateurs du Train Bleu, qui nous relie à Marseille en passant par Martigues, et 2020 devrait être une belle édition après une année blanche en 2019. Avec les Salins nous proposons chacun un spectacle commun, ici, là-bas, pour que nos publics circulent. Nous tissons aussi des liens de l’autre côté, vers le Citron jaune (Centre National des Arts de la Rue de Port-Saint-Louis-du-Rhône, ndlr). Et nous travaillons la convivialité : nous voulons transformer la salle à côté de l’accueil en espace public où l’on pourra se restaurer…

Pour ce projet, fait de continuités et d’approfondissements, avez-vous une hausse des financements ?

Non, pas d’augmentation en vue ! Le budget est plutôt, globalement, en phase de restriction. En dehors de la ville, qui met aussi à disposition le bâtiment et les fluides, ainsi que 3 des 7 salariés, notre budget global reste très modeste…

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Mars 2019

Budget global 2018 : 477 438 €
Subventions 2018 :
Drac – Paca : 88 700 €
État (politique de la Ville) : 3000 €
Conseil Régional : 130 000 €
Conseil départemental : 50 000 €
Métropole (politique de la ville) : 8 000 €
Ville (fonctionnement) : 145 000 €

Photo : Laurence Cabrol -c- Anthéa Santoru


Théâtre le Sémaphore
Centre Culturel
rue Turenne
13110 Port-de-Bouc
04 42 06 39 09
www.theatre-semaphore