Le budget du ministère de la Culture

Ce que nous dit le budget 2013

Le budget du ministère de la Culture - Zibeline

Le Budget du Ministère de la Culture et de la Communication ne recèle aucune surprise, et reflète exactement ce qu’avait annoncé Aurélie Filippetti. C’est un budget rigoureux, en forte baisse sur certains secteurs : – 9.8 % pour le patrimoine, – 7% pour le fonctionnement du Ministère, une diminution des crédits concentrés (gérés par le Ministère et très majoritairement parisiens) et des aides aux industries culturelles (numérisation, création enregistrée). Quelques postes sont à peu près préservés : le livre (aides à l’édition, lecture et bibliothèques), la création (spectacle vivant et arts plastiques), les monuments historiques, tandis que les crédits déconcentrés (gérés par les DRAC sur leur territoire) sont maintenus voire augmentés et que la « transmission des savoirs » continue sa lancée.

Bref, si l’on compare ce budget à celui de 2012, il coupe là où c’était possible sans drame, dans les budgets de fonctionnement des Etablissements Publics parfois dispendieux, et dans les chantiers de prestige lancés sous le ministère de Frédéric Mitterrand, parfois d’ailleurs contre son avis… Des économies sont opérées automatiquement, parce que des investissements lourds arrivent à terme (Cité des Sciences…) et que d’autres, nombreux, comme la maison de l’Histoire de France ou le Centre National de la Musique sont abandonnés.

Par ailleurs Aurélie Filippetti a veillé, hors du budget de son ministère, à sauver les secteurs les plus menacés grâce à des mesures fiscales pérennes ou des interventions exceptionnelles : la TVA sur le livre et le spectacle vivant est redescendue à 5.5%, les intermittents ne sont plus attaqués dans l’existence de leur statut, les pertes de l’audiovisuel public, ou de l’agence de distribution de presse Presstalis, sont compensées. De même un plan un peu sérieux pour la création dématérialisée (numérique et enregistrée) semble envisagé, ce qui devrait permettre à la fois la libre circulation des œuvres, et le juste financement de leur production.

Les dangers les plus immédiats semblent donc écartés. Mais le constat reste amer : le budget de la « mission culture » est au plus bas. On sait que par un tour de passe-passe, en élargissant le périmètre de la culture par l’adjonction de toutes sortes de missions relevant de la Communication, les gouvernements précédents avaient voulu faire croire à une augmentation globale du budget. Il n’y a pas de tours de passe-passe de cet ordre dans le plan de financement 2013, même si la lecture en est mal aisée, la comparaison des budgets 2012/2013 se faisant parfois  entre « autorisations d’engagement » (ce qui est attribué en début d’exercice) et parfois au niveau des « crédits de paiements » (ce qui est effectivement payé à la fin de l’exercice) selon que l’une ou l’autre échelle avantage le nouveau ministère.

Mais de toute façon, en incluant ou en excluant les pensions, et quel que soit l’outil de comparaison, la baisse effective se poursuit. Sans abonder vers les intérêts d’opérateurs privés et en tenant mieux compte du territoire, mais sans opérer les changements qui seuls pourraient recentrer le ministère sur ses missions essentielles. Qui devraient être culturelles.

Car l’Education Artistique et Culturelle, ou l’augmentation des bourses des étudiants, devraient relever de l’Education Nationale et de l’Enseignement supérieur. Quant au financement de l’audiovisuel public, ou de la presse, est-il normal qu’il échappe à un contrôle qualitatif ? Si les programmations des lieux culturels sont regardées à la loupe, les aides à la presse soutiennent, au nom de la pluralité, des titres au contenu discutable ; et l’audiovisuel public, qui représente plus de la moitié des dépenses du ministère, diffuse actuellement un magma informe parfois franchement aliénant. C’est-à-dire anti-culturel, si la culture doit avoir des visées émancipatrices. Est-il normal que l’argent de la Culture soutienne Paris Match et Patrick Sébastien, ou, pour rester dans notre région, Plus belle la Vie ? Les aides à l’édition, au cinéma, à l’audiovisuel, à la presse, peuvent-elles continuer sans poser de façon plus aigüe la question de la qualité et de l’intérêt général que devraient susciter toute entreprise, publique ou mixte, qui reçoit des financements de l’Etat ?

 

En observant les équilibres financiers, il est donc évident que le monde de la culture a tout intérêt à résister à la tentation des oppositions internes. Celles qui poussent les indépendants à vouloir sabrer les maisons nationales, ou les artistes à mépriser le patrimoine, ou les auteurs et plasticiens à envier le spectacle vivant : en faisant basculer de quelques % l’équilibre entre communication et culture ces antagonismes disparaitraient. Sans compter, par exemple, qu’on pourrait à peu de frais augmenter le budget global… l’abandon du programme nucléaire militaire permettrait à lui seul de doubler le financement de la Culture.

Utopie ? Peut être ; mais quoi, vous préférez la bombe ? La Culture n’est-elle pas la seule véritable « force de dissuasion » ?

AGNÈS FRESCHEL

Octobre 2012

 

Et dans notre région ?

Plusieurs établissements figurent dans le budget 2013 du MCC. Le MuCEM tout d’abord, un des grands chantiers des ministères précédents, est aussi un des rares à être clairement conforté, alors que presque tous les équipements d’État sont ailleurs arrêtés. De même le plan de rénovation des musées marseillais (Musée d’Histoire, Musée Longchamp, Musée Borely) est abondé par le ministère. Quant aux crédits des DRAC, on sait qu’ils seront globalement maintenus voire augmentés, mais on ne sait ce qu’il en sera dans notre région. Le problème posé par le coût supplémentaire des festivals, qui ampute d’autant le fonctionnement courant de nos équipements ouverts à l’année, n’est pas posé. Les crédits de fonctionnement des nouveaux bâtiments, en particulier de la Friche, ne semblent pas devoir augmenter, ce qui va rendre tous ces nouveaux murs inutiles. Car on ne sait pas si les mandats de révision (la Drac PACA est depuis deux ans «contributrice», c’est-à-dire qu’elle rend de l’argent à l’État) seront maintenus, ni comment le «gel» 2012 (pourcentage de subventions non payées en fin d’exercice) sera levé. À la veille de la capitale culturelle 2013, les artistes sont épuisés, découragés, usés pour la plupart par l’incertitude et les revirements souvent scandaleux des années précédentes. Il n’est plus question pour eux d’attendre une meilleure conjoncture, et le remède de cheval est aujourd’hui, chez nous, nécessaire…

A.F.

 

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