La dernière création de Françoise Chatôt au Théâtre Gyptis

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La dernière création de Françoise Chatôt au Théâtre Gyptis - Zibeline

Macbeth sera le dernier spectacle de la compagnie Chatôt-Vouyoucas au Gyptis. Une passation, ou la fin d’un monde ? Françoise Chatôt nous parle de sa dernière mise en scène à la tête de ce lieu

Zibeline : Votre convention s’arrête en décembre 2013. Quel sera l’avenir du Gyptis ?

Françoise Chatôt : À ce jour on n’en sait rien ! Il est en attente… la Région dont le Gyptis dépend s’est engagée à garder le théâtre ouvert, et que cela reste un théâtre de création avec des possibilités de coproduction.

Ce qui se fait rare actuellement !

Oui ! Alors que le public est là, dans un quartier difficile, et cela grâce à une équipe de médiation culturelle exceptionnelle ! Nous espérons d’ailleurs que si il y a repreneur le personnel permanent serra conservé… Actuellement, alors que le public marseillais est friand de théâtre, il y en a de moins en moins à Marseille : à la Criée qui se diversifie, comme au Gymnase, au Toursky qui mène une programmation dont la cohérence est illisible, au Merlan où, en matière de théâtre de texte c’est le vide sidéral… Il faut pourtant que le théâtre, de répertoire et de création, soit fait quelque part ! On espère qu’il y en aura à la Friche, mais auront-ils les moyens de production et de programmation ? S’ils font un pôle théâtre sans donner de moyens de production, de coproduction, de programmation, comment les compagnies du territoire vont-elles pouvoir fabriquer du théâtre dit de texte à Marseille ? Et de quoi vont vivre les comédiens, les techniciens, toute la profession ? Actuellement 2013 agit comme un cache-misère. Au-delà des clivages esthétiques qui nous séparent trop, les artistes devraient se regrouper et se demander comment remédier à la vraie misère de Marseille, qui est aussi intellectuelle, spirituelle, politique qu’économique. Seul le théâtre, l’art peuvent poser ces questions.

Et vous, personnellement, qu’allez vous devenir ?

Nous allons partir de Marseille. Personnellement je suis assez soulagée de quitter cette direction, cette tension, ce combat permanent. Andonis Vouyoucas et moi, nous avons envie de faire de la mise en scène, et pour cela nous repartons en Grèce, où nous avons déjà plusieurs propositions. De ce côté-là notre avenir est clair, malgré la catastrophe grecque : les Grecs ont envie de théâtre, de politique, de parole, de cité. Au fond la situation ici me préoccupe beaucoup plus… Disons, autrement… Faut-il attendre l’état de crise total pour que les gens se réveillent et retrouvent le sens du théâtre, qui est politique ?

Est-ce pour cela que vous montez ce Shakespeare si pessimiste ?

J’ai effectivement, au terme de cette carrière de directrice de salle, une vision assez pessimiste du monde ! Et il n’y a pas dans Macbeth de perspective claire, et la crise meurtrière se résout par une guerre de succession. La contagion du mal y est impressionnante, et la mort du tyran entraine non la libération mais la guerre civile, ce qui aujourd’hui fait immanquablement penser à Kadhafi…

Votre mise en scène est-elle ancrée dans le monde contemporain ?

Non, elle est atemporelle. Les costumes sont contemporains mais sans connotation précise, le décor est un espace vide, le sol de la tourbe… Des vidéos  projettent les décors, de la forêt lumineuse de la révélation jusqu’à la forêt noire qui avance… et la musique d’Alain Aubin, électronique, constitue aussi une sorte de décor, tout comme la danse de Josette Baïz, qui anime la scène des sorcières et celle du combat…

 

Conservez-vous l’intégralité du texte ?

Pas tout à fait… Certaines scènes, comme le meurtre des enfants ou de la femme, sont difficiles à rendre crédibles sur un plateau à l’heure du cinéma. Comme en plus le texte les raconte, nous les avons coupées. Il reste 2 heures de spectacle, un format plus accessible aujourd’hui.  D’ailleurs lors des avant premières scolaires on s’est aperçu d’une proximité inattendue de Macbeth avec l’univers des ados…

C’est-à-dire ?

L’univers celtique, les sorcières, l’érotisme noir, le couple soudé par le crime sont très à la mode dans les séries ados ! Les sorcières sont jeunes et belles, elles laissent son libre arbitre à Macbeth qui fait les mauvais choix, parce que ce qu’elles lui disent, c’est  son désir inconscient de pouvoir…

Voyez-vous une cohérence psychologique dans Macbeth, et dans Lady Macbeth ?

C’est ce qui est fascinant dans Shakespeare, on n’arrive pas à trouver de véritable cohérence psychologique. Pas jusqu’au bout. Macbeth oui, du début à la fin il a peur, il hésite, il cède et regrette. Mais pour Lady Macbeth, il y a vraiment un endroit qu’on ne peut pas expliquer. Pourquoi elle utilise sa force et sa puissance, ses charmes aussi, et l’amour véritable que son mari lui porte, et qui est réciproque, pour le pousser au crime. Et pourquoi aussi, tout à coup, elle devient folle de remords. Pourquoi sa solidité s’effondre. Agnès Audiffren me demandait comment jouer cela, ce revirement, ce sang qu’elle voit tout à coup sur ses mains mais qui n’existe pas, et je lui ai dit : comme une fausse couche. Le couple Macbeth a un vrai problème d’héritier, de succession, c’est peut-être cela qui la rend folle. Mais le texte ne le dit pas.

Que dit le texte ?

Qu’il ne faut pas se croire animé d’un destin. Qu’on nous prédit ce que l’on veut entendre, et que rien n’est plus précieux que le libre arbitre. Macbeth, jusqu’au bout, croit à la prédiction, croit qu’il est invincible alors que tout lui dit qu’il va mourir. Il devient ce que ses actes ont fait de lui, pas ce que les sorcières lui ont prédit.

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL

Macbeth

Du 22 janvier au 9 février

Cinéma Le Gyptis
136 rue Loubon
13003 Marseille
04 95 04 95 95
www.lafriche.org