Ce que l’été nous laisse

 - Zibeline

La rentrée sonne toujours, en PACA, un rappel brutal à la réalité. Un retour à l’ordinaire, ou à ce qu’on croit tel. Car en matière culturelle l’ordinaire de notre région est très spécifique : l’été nous coûte cher, et nous concerne peu.

La région PACA, première région touristique (après Paris) du premier pays touristique du monde, engloutit une part non négligeable de ses budgets culturels dans ses festivals. L’État participe à ce processus, en finançant les grands festivals internationaux par des crédits décentralisés, alors même que ceux-ci sont peu fréquentés par les gens de la région, et ne programment aucune compagnie d’ici, hors quelques prétextes.

De même la DRAC[i] dépense une grande partie de son budget pour la restauration et l’entretien, très coûteux, du patrimoine. Celui-ci, plus qu’exceptionnel, nécessite évidemment qu’on le valorise. Mais la part qui reste pour le fonctionnement courant des arts vivants et la création devient la seule variable d’ajustement lorsque le budget global baisse. Car cette région démographiquement très importante, et territorialement très complexe, ne peut rogner sur les investissements, ni sur les politiques de démocratisation dans des zones rurales, ou en détresse sociale.

L’appauvrissement très net ces dernières années des associations culturelles, des compagnies, puis des équipements dits «intermédiaires» ou conventionnés, est une conséquence directe de cette absence de prise en compte par l’État de la spécificité régionale. PACA fait pour la deuxième année l’objet d’un «mandat de révision» de son budget. Entendez que le ministère de la Culture (précédent) a calculé la dépense culturelle des territoires avec un ratio simple : le budget alloué à chaque région divisé par son nombre d’habitants. PACA étant à ce titre mieux loti que d’autres, la DRAC a «rendu» à l’État 350 000 € en 2011, et devrait en faire au moins autant cette année. Logique égalitaire absurde, qui voudrait que l’on nourrisse autant un homme repu qu’un adolescent mort de faim.

C’est ainsi que Marseille Provence 2013, ou le MuCEM, ou le FRAC, la Friche, le Théâtre Liberté… qui devaient être un bien pour un territoire nettement sous équipé jusque là, accélèrent l’appauvrissement général du tissu culturel existant. Et pas seulement parce que l’État réduit de fait pour les financer son budget courant, mais parce que ce phénomène se répercute à l’échelon régional, départemental, communal : tout nouvel équipement, qui nécessite un budget de fonctionnement, atrophie les enveloppes culturelles déjà maigres de chaque collectivité… qui reporte sa baisse sur la seule variable d’ajustement, c’est-à-dire les lieux et compagnies indépendants.

Patrimoine, festivals, tourisme

Le nouveau ministère saura-t-il voir cet état de fait ? Aurélie Filippetti a tenu cet été des propos importants, sur le patrimoine puis sur les festivals. En fin juillet à Albi, lors de l’inauguration du Musée Toulouse Lautrec, elle a souligné les liens qui doivent exister entre création et patrimoine, décrivant celui-ci comme un «secteur d’avenir». Puis dans un communiqué à la rentrée, elle «s’est réjouie de la vitalité des Festivals d’été français et de leur impact économique sur les territoires.» Plus précisément elle déclare : «Les retombées économiques sont réelles : création d’emplois, consommation induite dans l’hôtellerie et sa restauration, rentabilité des infrastructures locales, retombées publicitaires. Les régions et les organisateurs l’ont bien perçu. Les études économiques démontrent que cet impact a un fort effet de levier, évalué entre 4 à 8 pour 1 € investi par la collectivité.»

Dans ces deux discours, la ministre de la Culture souligne les impacts pour l’économie privée (en particulier le tourisme, voir à ce sujet ici) des investissements publics en matière de culture. Selon elle ils sont bénéfiques pour les territoires… Pour les hôteliers, certes, mais pour les compagnies et lieux non saisonniers victimes des mandats de révision ?

Ainsi, ayant chanté tout l’été et en attendant janvier 2013, nous nous préparons à une belle diète culturelle : c’est que les artistes d’ici n’ont désormais plus les moyens d’y créer des spectacles ou des œuvres… Est-ce là la vie culturelle que nous souhaitons, événementielle et déconnectée du réel commun ?

AGNES FRESCHEL

Septembre 2012

 



[i] Direction Régionale de Affaires Culturelles, soit le ministère décentralisé en région