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Ce que finance la Capitale Culturelle

 - Zibeline

Après le Conseil d’Administration qui a fixé la liste des projets retenus par Marseille Provence 2013, Ulrich Fuchs, directeur adjoint de la capitale culturelle, en explique les diverses modalités.

Zibeline : Pouvez vous nous préciser quels sont les différents niveaux d’aide financière octroyés par l’association MP2013 ?

Ulrich Fuchs : Ils sont de trois types : les productions, qui ne sont pas nombreuses, et que nous finançons donc totalement. Ce sont par exemple la cérémonie d’ouverture en janvier, la transhumance, le GR, les grandes expos sur le J1. Puis il y a les coproductions, plus nombreuses, auxquelles nous apportons entre 30 et 40%. Ce sont de très grosses opérations, comme l’exposition de l’Atelier du midi coproduite par les Musées Granet et Longchamp, ou des Festivals comme la Roque d’Anthéron, mais cela peut être aussi de petites expositions, comme celle des Enfants d’Abraham coproduite par le Centre Fleg, l’Union des familles Musulmanes et celle des Eglises. Une exposition au Conseil Général que nous coproduisons à hauteur de 20000 €. La plus petite coproduction est de 5000 €.

Combien y en a-t-il et quelle somme représentent-elles ?

Les coproductions sont pour l’heure au nombre de 516. Elles sont réparties sur tout le territoire.

Chaque collectivité y retrouve ce qu’elle a investi ?

Oui, c’est à peu près l’idée, il faut équilibrer les territoires : même si les projets arlésiens par exemple nous semblent particulièrement nombreux et intéressants, on ne peut tous les coproduire, cela déséquilibrerait la capitale. Il y a un comité de pilotage territorial qui veille à cela.

Quelle est la part de son budget que MP2013 consacre à la production ?

60 % des 91 millions, soit 54 millions et demi. C’est dans la moyenne de ce que font les Capitales Européennes : 58 % à Liverpool, 62% à Linz. J’espère parvenir à augmenter un peu ce pourcentage, et donc la somme consacrée à la production. Mais le budget communication est particulièrement bas : 11 millions, alors qu’à Linz pour une ville de 200000 habitants il s’élevait à 17 millions. On ne pourra donc pas le diminuer.

Le 25 juin le CA a également voté à l’unanimité une liste de 383 projets labellisés sans production. Qu’est-ce que cela signifie ?

Que ces projets ont été retenus dans la programmation de la Capitale, et que s’ils signent la charte ils bénéficieront de la communication de MP 2013, s’ils le veulent d’une convention de billetterie. D’autres projets n’ont pas été labellisés parce qu’ils ne correspondaient pas aux principes de la Capitale.

Est-ce que vous comprenez que cette labellisation sans apport financier mécontente grandement les compagnies de la région, qui se plaignent d’ailleurs de se voir préférer des moutons et des chevaux ?

Oui, mais il n’a jamais été question d’apport financier pour les projets labellisés.

Monsieur Chougnet, lors de l’interview qu’il m’avait accordée en avril, avait assuré que les projets labellisés sans apport financier seraient peu nombreux, et essentiellement concentrés sur des initiatives privées qui n’avaient pas besoin de production de la Capitale.

C’est un malentendu : les projets labellisés bénéficieront de notre soutien et de notre apport en communication, ce qui est une aide financière importante. Au final le public ne saura pas ce qui est produit, coproduit ou labellisé, tout fera partie du projet.

Mais certains projets parmi ces 383 ne pourront se réaliser sans financement. D’autant que, malgré leur engagement initial à ne pas baisser les subventions de fonctionnement de la culture, les collectivités, de l’État aux Villes en passant par la Région, ont toutes opéré des coupes plus ou moins importantes, en particulier pour financer les investissements liés à MP013 ou au MuCEM. Et que tout le mécénat se concentre aussi sur ces  gros investissements, mettant en danger la production régionale.

Oui. Cela est évidemment un fort obstacle à la réussite de Marseille Provence 2013. Nous savons que certains projets labellisés ne vont pas avoir lieu, que des compagnies porteuses de projets intéressants vont devoir renoncer, la liste n’est d’ailleurs pas arrêtée. Chaque jour nous intervenons auprès des collectivités et de la DRAC pour qu’elles maintiennent leurs engagements envers les artistes de la région. Mais surtout, si les collectivités ne comprennent pas que l’année capitale doit avoir un effet d’accélérateur –le territoire était particulièrement en retard en termes d’équipements culturels- si elles n’augmentent pas après 2013, de façon conséquente, les budgets de fonctionnement de ces équipements, rien ne pourra persister ensuite. À Linz l’augmentation a été de 25% après la capitale. Il faut absolument prévoir non seulement de maintenir les budgets de chacun, mais une augmentation minimale de 10% sur la totalité des budgets de fonctionnement. C’est un effort nécessaire.

Ne pensez-vous pas qu’il y a aussi des erreurs dans la programmation de la capitale ? qu’il y a trop peu trop peu de spectacles, en particulier de théâtre, et trop d’expositions, voire trop peu d’artistique et beaucoup de sociétal, depuis la cuisine jusqu’à la randonnée ?

C’est un reproche qu’on entend souvent de la part des artistes ! Nous avons quelques regrets, en particulier pour le temps jeune public que nous ne pouvons financer comme nous le désirions parce que nous avons perdu un partenaire. Mais il s’agit d’une capitale culturelle, et non d’une capitale des arts, faite avec de l’argent public, donc qui doit concerner le public et le territoire. Par nature les spectacles rassemblent moins de public que les expos ou les arts de la rue, et les arts de vivre concernent tout le monde et non les happy few de la culture.

Si nous avons fait des erreurs, c’est dans la phase de candidature : on a trop promis, et la précarité particulière du milieu artistique de la région a donné lieu, durant trop longtemps,  à trop d’attente, que nous n’avons pas pu fertiliser. La capitale Culturelle n’apporte que 10% de moyens supplémentaires à la culture sur le territoire, nous savions dès le départ que nous ne pourrions tout seuls compenser les manques. Et puis ce n’est pas une capitale provençale de la culture, mais européenne, ou euroméditerranéenne. Les artistes d’ici ne sont pas le cœur du projet.

Qui risque pourtant d’appauvrir ce qui existait auparavant.

Non, une dynamique est mise en place, en particulier au niveau du mécénat, qui persistera après 2013, si les collectivités veulent prendre le relais des ateliers de l’euroméditerranée, ou de certains événements que nous produisons… Certains territoires s’impliquent particulièrement, de façon nouvelle… le G6 comme nous les appelons.

C’est-à-dire ?

Gardanne, Aubagne, Martigues, Arles, Salon et Istres, qui veulent continuer à travailler ensemble. Les nouveaux territoires associés (Miramas, Port Saint-Louis, les Alpilles ndlr) qui sont encore en phase de programmation. Les grands projets transversaux sont aussi fédérateurs, comme la Folle Histoire des arts de la rue, ou le projet Ulysse du Frac, et les artistes méditerranéens trouvent ici une place particulière. Chacun prend conscience que la culture est un outil de développement. Faire de petites économies qui affaiblissent les acteurs culturels n’a pas de sens…

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL

Juillet 2012