Bilan de la saison touristique : à qui le pompon ?

 - Zibeline

C’est bien connu : le malheur des uns profite à d’autres. En Arctique, par exemple, la fonte de la banquise facilite le transport aux mastodontes du vrac, sans même parler des stocks d’énergie fossile qui dormaient sous la glace et deviennent accessibles. En matière de tourisme, les aléas du climat ont jusqu’ici favorisé la région PACA : un « capital soleil » quasi garanti assoit sa réputation à l’international. Ces deux dernières années, un coup de chance supplémentaire a même évité aux feux de forêt de ternir son image de marque, la pluie arrivant souvent au bon moment pour éteindre les départs d’incendie inopportuns. Résultat : quand les autres régions françaises sont à la peine pour cause d’humidité rédhibitoire, d’élections présidentielles et de contexte économique difficile, la nôtre caracole, avec une saison touristique « parmi les meilleures depuis dix ans ».

Si les Italiens en plein marasme financier se font moins nombreux, on célèbre le retour des Américains, celui des Allemands, l’arrivée des Russes, la fidélité des Belges. Les séjours ont raccourci, certes. Les touristes dépensent moins par tête de pipe, soit. Mais enfin l’hôtellerie de luxe, l’oenotourisme et les activités vertes sont en plein boom. 2012 est une bonne année, « et je crois qu’elle sera moins bonne que 2013 » se réjouit Michel Fuillet, président de l’Agence de Développement Touristique du Vaucluse.

2013, 2013…? Ah, oui, 2013, moment où la culture sera à l’honneur sur notre territoire ! Parce qu’ils le reconnaissent tous, les acteurs du tourisme en PACA, la « destination sèche » (entendez : le bien commun, gratuit, du sea sex and sun) ne suffit plus à drainer les foules. Pour Jean-Pierre Serra (président de l’Agence de Développement Var Tourisme), « la Provence est une marque porteuse, riche de sites exceptionnels que le monde entier nous envie. Mais ce ne sont que des décors. » Et dame ! Ce sont bien les festivals, les musées, la vie du patrimoine, les « offres de valeur ajoutée » qui penchent dans la balance et qui ramènent les pépettes. Les professionnels du tourisme admettent en toute candeur que les dépenses publiques pour la culture profitent au secteur privé du tourisme ! Jean-Pierre Serra est même prêt à rationaliser la programmation en fonction de son impact économique : « Les petits projets ont tendance à se cannibaliser les uns les autres, il faudrait se concentrer sur le moyen/haut de gamme qui correspond à notre clientèle, et ne pas trop tirer vers le bas. » Le bas : le moins connu, le moins rentable en somme ? Ou les fêtes de village qui se prennent pour des festivals ?

Pour qui la Culture ?

Ces acteurs du tourisme, donc (qui comme Alain Gumiel, maire de Vallauris, ou Pierre Meffre, maire de Vaison la Romaine, sont souvent aussi des élus), dénoncent avec force l’économie souterraine encouragée par la crise et facilitée par Internet, les locations sauvages au détriment des hébergements professionnels, et se plaignent volontiers du manque à gagner des collectivités en matière de taxe de séjour. Mais seraient-ils prêts, dans un même élan citoyen, à mettre la main à la poche si le gouvernement levait une taxe culture, comme le Ministère de la Culture le laissait entendre récemment ? Aurélie Filippetti se réjouit dans un communiqué officiel du succès des Festivals en France, mais ne nomme dans la région PACA qu’Aix et Avignon (le « in ») qui concernent peu, surtout Aix, la vie artistique et citoyenne du territoire.

Peut-être la façon dont Marseille négocie son virage, en rattrapant son retard et en se tournant vers l’avenir sans lorgner vers le tourisme de luxe, est-elle plus intéressante. Malgré les nuisances dues aux travaux et son image de Chicago méditerranéenne, elle réussit en restant elle-même (parfois dans la caricature et toujours en laissant tomber les quartiers nord) à drainer de plus en plus de touristes… Car à Marseille on commence à croire à l’investissement culturel et à la variété des propositions estivales populaires (cinéma en plein air, bateau à trois euros, manifestations gratuites au Théâtre Silvain et sur la place Bargemon, festival Jazz des Cinq Continents), sans compter une flopée de manifestations indépendantes qui ne cherchent pas à faire venir les étrangers, mais à offrir aussi fête et culture aux Marseillais.

Vu l’énormité des intérêts en jeu dans ce carrousel complexe, on aimerait bien savoir qui du secteur privé, des collectivités ou du monde de la culture va réussir à attraper le pompon, et surtout qui aura l’intelligence de le partager avec les citoyens, qui financent les investissements.

GAËLLE CLOAREC

Août 2012

 

Le Comité Régional de Tourisme présentait son bilan estival à la presse le 30 août à la Maison de la Région.