MP2013 : le bilan de la rédactrice en chef de Zibeline

Bilan chiffré et économie culturelle

MP2013 : le bilan de la rédactrice en chef de Zibeline - Zibeline

Il y a une pratique franchement agaçante, à l’heure des bilans, qui consiste à surtout mesurer le succès d’une manifestation culturelle en nombre de participants, de visiteurs ou pourcentage de remplissage des salles. Depuis le début de 2013 on ne mesure que cela… et certains vont jusqu’à parler de «vote avec les pieds». Ce qui ne signifie pas que les habitants du territoire votent comme des pieds (quoique…), mais qu’ils approuvent la capitale culturelle puisqu’ils arpentent le Vieux Port quand on l’allume d’habits de fête.

C’est un peu court pour parler de succès culturel, qui ne se mesure pas en nombre de curieux, mais en satisfaction du public, et en qualité artistique réelle. C’est-à-dire en capacité à émouvoir, bouleverser, faire bouger le contenu des têtes et des cœurs. Ainsi la Friche se réjouit du nombre de visiteurs en 2013, comptabilisant ceux qui viennent boire un coup au restau ou faire du skate au même titre que ceux qui vont visiter une expo ou voir un spectacle : si tout cela relève d’une pratique culturelle, elles ne sont pas du même ordre.

Fréquentation

Reste que les chiffres de fréquentation sont, dans l’ensemble, très bons, et que c’est une bonne nouvelle à la fois pour les habitants du territoire, qui ont vu leurs pratiques culturelles augmenter, et pour la vie économique, l’industrie du tourisme, les finances publiques qui vont récupérer en impôts leurs investissements.

Ainsi on comptabilise plus de 10 millions de visiteurs dont 5.6 millions dans les expositions, 236 000 scolaires, une augmentation certaine du public durant les grands festivals d’été. Les «grands événements» ont rassemblé près de 2 millions de personnes, depuis la Fête d’ouverture jusqu’aux deux Révélations finales, et plus de 400 000 spectateurs pour Flammes et flots. 1.8 million de personnes ont visité le MuCEM en six mois, dont un tiers pour ses expositions, 250 000 en 10 mois pour la Villa Méditerranée, le J1 plus de 300 000 durant les sept mois de son ouverture… Bien sûr l’exposition Jean-Michel Bruyère à Arles, les étapes de la TransHumance ou les escales des Ecrans voyageurs ont parfois frôlé le bide ; il est clair aussi que le festival littéraire, le FRAC ou l’exposition Le Pont au Mac n’ont pas rencontré le public escompté, malgré la qualité de leurs propositions ; il est très net, et ceci depuis la candidature, que les spectacles produits par MP2013 n’étaient pas été assez nombreux pour représenter un accroissement significatif de la fréquentation des théâtres. Mais dans l’ensemble l’année capitale a rassemblé habitants et touristes autour d’événements nombreux et souvent atypiques.

Finances

Suffisamment en tous les cas pour que l’industrie du tourisme se réjouisse : le territoire a connu un accroissement de 20% de sa fréquentation hôtelière, soit 2 millions de touristes supplémentaires par rapport aux années précédentes (10 millions en tout, dont 17% d’étrangers et 1 million de croisiéristes), dans un contexte national très morose. Il est clair que le secteur privé, qui a investi plus de 15 millions d’euros en mécénat, y trouve généralement son compte en termes de retombées économiques à court terme. Sans compter le bénéfice moins tangible : l’image du territoire y a gagné, la présence dans les médias nationaux et internationaux a changé, malgré les faits divers qui concomitamment sont venus agrémenter la capitale culturelle d’une guirlande de kalachnikovs meurtrières.

Le bilan financier de l’association MP2013 reste à tirer. On sait qu’elle risque d’être déficitaire, mais moins que prévu grâce à des économies opérées durant le dernier trimestre, un rattrapage des collectivités, et une hausse de la fréquentation des grandes expositions en fin de course. Certains événements, comme la TransHumance ou l’exposition Bruyère, ont coûté très cher sans atteindre leurs objectifs. Les salaires, qui ont fait couler beaucoup d’encre au début de la Capitale, ont représenté finalement une part raisonnable du budget, la disparité entre la rémunération des dirigeants et les contrats aidés recrutés durant l’année 2013 expliquant une moyenne raisonnable… Quant au management, on n’a pu que constater un turn-over du personnel, certains départs inexpliqués, et des plans sociaux qui dès l’été ont privé les acteurs culturels des interlocuteurs avec qui ils avaient mis en place les projets.

Mais MP2013 n’a pas brûlé, ni explosé en vol comme certains le prédisaient. Resteront, malgré un sentiment d’amertume régnant sur la fin, de très beaux équipements, dont on espère qu’ils auront les moyens de fonctionner ; quelques publications et de rares productions qui tournent ; un changement d’image du territoire et de comportement vis-à-vis de la culture des habitants et des médias. Autant de facteurs qu’on ne peut chiffrer en termes de retombées directes, mais qui dessinent une réelle économie de la culture.

AGNÈS FRESCHEL
Janvier 2014

Photo : Installation-scénographiée-de-Stephan-Muntaner-pour-la-CCI-Marseille-Provence-©-Thomas-Serriere

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