Bilan du 1% artistique

Best of 1%

Bilan du 1% artistique - Zibeline

On l’a dénommé décoratif, artistique, culturel, classé dans la catégorie art public. Héritier du Front Populaire il est officiellement établi en 1951 avec comme principaux objectifs de soutenir les artistes et la création plastique du moment, comme d’offrir au grand public des opportunités de rencontre avec l’art. Le «1% artistique» ? C’est la collecte d’un pour cent du coût de construction, extension ou rénovation de bâtiments publics, et le reversement pour l’achat ou la commande d’une œuvre. Initialement prévue pour les seuls établissements scolaires la procédure a été étendue aux divers domaines publics et collectivités territoriales.

L’inventaire réalisé par la Direction Générale de la Création Artistique sur la période de 1951 à aujourd’hui a recensé plus de 12 300 projets de commande pour environ 4 000 artistes. Cent 1% est paru à l’occasion de la célébration des soixante ans du «1% artistique», qui fut l’occasion de plusieurs évènements et du lancement d’un plan de valorisation en 2011. L’ouvrage se présente comme un best of : après une présentation de circonstance du (précédent) ministre de la culture suivie d’une (trop) brève introduction historique et du recueil d’expérience de Serge Lemoine, un des premiers conseillers artistiques en charge de ce domaine dans les années 70, l’ouvrage déploie une bonne centaine d’exemples largement illustrés classés chronologiquement et par médium des formes traditionnelles jusqu’aux nouveaux médias. Les artistes sélectionnés pour leur «rayonnement international et régional, confirmés et émergents, français et étrangers, hommes et femmes» se nomment Picasso, Calder, Vasarely, Louise Bourgeois, Jenny Holzer, Judith Bartolani, Kader Attia ou Sylvie Pic. De la sculpture à des réalisations plus conceptuelles, on mesure l’évolution historique des conceptions, les écarts entre des projets d’importance et d’autres de moindre portée en soixante ans de commande publique.

Mais si «le 1% est un fantastique outil d’élargissement des publics et d’offre équitable de l’art contemporain sur le territoire» il manque ici l’avis des usagers ou le devenir de certains projets (L’Aventure de Baquié, le Mât des Fédérés de Buren…). Quel voyageur arrivant (nocturnement) en gare de Marseille a remarqué la proposition lumineuse de Bruno Peinado sur le toit de la Friche ?

Un autre chapitre resterait à écrire aussi sur les égarements d’un nouvel art officiel, et le copinage. Les auteurs de l’ouvrage pointent d’ailleurs quelques dérives telles «ces quatre artistes qui ont réalisé pas moins de 206 commandes» à eux seuls «pendant que quarante créateurs en livraient plus de vingt-cinq chacun !». La lecture se prolongera sur le site dédié à ce dispositif institutionnel parmi les plus pérennes et prolifiques, en métropole et outremer.

CLAUDE LORIN
Janvier 2013

 

Cent 1%

Philippe Régnier

Éditions du Patrimoine, 29 €

www.culture.gouv.fr/culture/dap/dap/unpourcent