La fin de la capitale culturelle a déjà commencé… et les arts visuels en 2014 seront dévastés

Bérézina annoncée

La fin de la capitale culturelle a déjà commencé… et les arts visuels en  2014 seront dévastés - Zibeline

La fin de la capitale culturelle a déjà commencé

Pour cause de déficit le personnel quitte peu à peu, avant l’heure, la maison diamantée, et les structures culturelles plongées dans leurs événements en cours ou à venir jusqu’en décembre se retrouvent sans interlocuteurs… Le paysage pour 2014 s’annonce dévasté : si des équipements neufs et formidables sont nés et restent «pérennes», les compagnies indépendantes, les lieux qui existaient avant ont tous vu leurs financements diminuer, ou revenir au mieux au niveau de 2012. Tous ont été poussés à des investissements importants durant l’année capitale, pour «en être». Certains, nombreux, ne s’en relèveront pas ; d’autres vont devoir sévèrement serrer la ceinture, d’autant que les tutelles, qui ont elles aussi beaucoup dépensé pour la culture, ne sont pas en état de compenser les pertes, et devront avant tout éponger le déficit de Marseille Provence. Et que les entreprises, qui ont beaucoup gagné à la capitale, ne se pressent pas pour devenir les mécènes des structures en difficulté.

La donne semble donc définitivement changée : les nouveaux équipements, dont les artistes sont la plupart du temps absents, programment selon des thématiques et passent commande ailleurs. À l’autre bout de l’échiquier culturel les tentatives alternatives, portées par le bénévolat, le sens de la débrouille et l’amour du dérisoire, survit par habitude des vaches décharnées. Mais les structures qui avaient réussi à se professionnaliser, à produire des créations et des festivals d’envergure, ferment boutique ou surnagent à peine, licenciant, annulant, désertant la région. Quant aux galeries et aux porteurs de  projets d’arts visuels…

Coup dur pour les arts visuels

Le 31 juillet, le Bureau des compétences et désirs annonçait sa cessation d’activité ; fin novembre, l’Atelier de visu lui emboitera le pas. Leur disparition à l’heure de la capitale européenne de la culture apparaît paradoxale au regard des succès qu’ils ont aidé à bâtir, dans un domaine a priori attractif : Le Grand atelier du Midi, Ici, Ailleurs, L’atelier Van Lieshout, Le Bazar du genre, Art-O-Rama, Le Pont

La fin du BCD et de l’Atelier de Visu se ressemblent étrangement : le premier, ancré dans l’histoire marseillaise depuis 20 ans, l’autre depuis 15 ans, abandonnent faute de ressources suffisantes. Tous les œufs ont été mis dans le même panier en 2013 et la source est tarie. Pour Yannick Gonzalez, le BDC est dans l’incapacité de poursuivre ses projets, notamment avec la Fondation de France dont il était le médiateur agréé depuis 1997 : «Le programme des Nouveaux commanditaires nous a mis dans une situation particulière car il se décline sur un temps de 2 à 3 ans nécessaire. À cela s’ajoute une situation d’hyper activité liée à 2013 qui a mobilisé toute la structure et nécessité l’augmentation de l’équipe. Cela ressemble à une bulle spéculative : nous avons dû concentrer tous les efforts de 8 personnes sans pouvoir penser à 2014. Maintenant les charges sont disproportionnées et les collectivités donneront les mêmes subventions en 2014 qu’en 2012». Même constat pour Soraya Amrane à la tête de l’Atelier de Visu : «Avec une baisse de 20% des subventions annoncée par la Région, la situation ne va pas s’améliorer. Je n’ai pas eu d’augmentation budgétaire grâce à 2013 sauf pour deux actions (les workshops de Wortex et l’exposition de Mathieu Pernot à HLM1). Rien pour le fonctionnement. J’ai donc prévenu mes tutelles que, malgré leur soutien moral et leur reconnaissance, je ne pouvais plus faire face».

S’ils ont à cœur d’aller jusqu’au bout des projets engagés, de clôturer leur exercice sainement et sereinement, licencier et mettre la clef sous la porte reste une épreuve. L’analyse de Soraya Amrane est sans appel : «Les arts visuels ont toujours été les parents pauvres des arts plastiques, la photographie en particulier. Dès l’ouverture avec Antoine D’Agata, chaque année il a fallu revendiquer une place, une visibilité. C’est d’abord les photographes et les galeries parisiennes qui nous ont soutenus ! Je ne pense pas que Marseille laisse tomber la photographie mais on privilégie les grosses machines comme la Friche, le Frac, le MuCEM… Je crois que la situation est tellement dramatique que les tutelles ne peuvent rien faire». Quant à Yannick Gonzalez, il met à profit «une aventure qui s’arrête de manière positive parce qu’une nouvelle va se mettre en place sur le territoire» pour en tirer les enseignements. Et lancer une réflexion sur les nouveaux modèles : «Comment se réadapter à une nouvelle offre, plus expérimentale, après 2013 ? Le rôle d’une association est-il de faire de l’ingénierie culturelle ou de mener un projet militant ?». L’effet Capitale n’est pas fini.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI et AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2013

1 Les Gorgan, jusqu’au 14 septembre, HLM, Marseille 2e et Brakpan de Marc Shoul, jusqu’au 5 octobre à l’Atelier de Visu, Marseille 6e

Photo : Gerda and Yvona, Minnebrom, Brakpan, 2009 et Dernier-ouvrage-publié-en-juin-par-le-BDC,-Détails,-sculptures-inhumaines-de-Mathieu-Briand,-artiste-de-la-galerieofmarseille.jpg

Nouvelle exposition à voir à l’Atelier de Visu jusqu’au 5 octobre : Brakpan de Marc Shoul dans le cadre de la manifestation Saisons Afrique du Sud France 2013 & 2013