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Bilan à 6 mois d'existence du cinéma-bistrot La Baleine à Marseille, avec Juliette Grimont, sa programmatrice

Baleine et Cétacé

Bilan à 6 mois d'existence du cinéma-bistrot La Baleine à Marseille, avec Juliette Grimont, sa programmatrice - Zibeline

Le cinéma-bistrot La Baleine a ouvert il y a six mois sur le Cours Julien, à Marseille. État des lieux avec Juliette Grimont, sa programmatrice.

Zibeline : La Baleine a ouvert le 12 septembre dernier. Vous l’aviez imaginée comme un lieu d’échanges, de rencontres, de conférences, d’activités pédagogiques. Est-ce que La Baleine est ce lieu de vie ?

Juliette Grimont : Oui, c’est ce qu’on imaginait, même au-delà. On est très heureux de la construction de l’équipe, des gens très différents les uns des autres, chacun aves ses compétences et ses savoir-faire. On a besoin et envie que ce soit un lieu de rencontres, où on puisse accueillir les réalisateurs, accompagner les films de différentes façons, des débats, des conférences, des rencontres, y compris les films « jeune public ». On commence à mettre en place les projets d’action culturelle, qu’on veut mener sur le long cours, avec les centres sociaux, les écoles de proximité et les crèches, pour les enfants de deux ans qui ont ainsi leurs premières séances de cinéma. Il y a notamment un projet avec Passeurs d’images qui concerne des jeunes de centres sociaux proches ou un peu plus lointains, pour un travail de plusieurs mois qui consistera à les rassembler pour assister à des projections et, à partir des films vus, de tourner avec eux de petits projets sur le thème de la ville et du quartier, en y associant une initiation à l’histoire du cinéma et à la réalisation.

Votre objectif était une quarantaine de séances par semaine. Est-il atteint ?

On n’en est pas loin : entre 30 et 36 séances par semaine. Ce rythme nous va bien. On espère pouvoir rajouter le lundi pour être ouvert 7 jours sur 7.

La jauge de la salle est de 89 places. Combien de spectateurs ont fréquenté La Baleine depuis l’ouverture ?

On a fait 10 000 entrées en 3 mois. Environ 14 000 aujourd’hui soit 600 personnes par semaine. Cela demande un investissement de tous les moments pour accompagner les séances. On envisage par exemple de travailler avec des maisons de retraite pour les après-midi. Et pour les séances du soir, dès qu’un film nous tient à cœur, il faut beaucoup de temps et d’énergie pour faire venir le réalisateur, contacter des associations. C’est obligatoire si on veut que cela fonctionne. Surtout quand on a décidé de travailler la frange la plus pointue des sorties, le cinéma de recherche. 90% sont des films qui sortent sur moins de 80 copies, qui sont peu médiatisés, quasiment inédits à Marseille. Un cinéma qu’il faut soutenir et défendre. Quand on fait cela ça marche !

Et le concept ciné-bistrot, est-ce que ça fonctionne bien ?

Oui. Économiquement, on a encore du travail à faire pour atteindre l’équilibre financier, mais le lieu est très fréquenté. On voit trois publics qui se croisent, se rencontrent, se mélangent : celui du cinéma, celui du bar et le public qui vient pour les deux. Il y a des gens qui viennent juste boire un verre sans connaître la salle mais qui vont, on l’espère, la découvrir. C’est bien le lieu de vie qu’on avait imaginé.

Ouvrir une salle de cinéma indépendant, c’est un pari risqué. Est-ce que vous rencontrez des difficultés ?

Oui, financières surtout, parce que pour le reste l’équipe est très motivée et on a de bons retours du public. Notre enjeu, c’est d’arriver à l’équilibre économique du projet qu’on ne peut pas encore avoir, car on est dans la phase d’amortissement de l’investissement fait pour l’ouverture. C’est une charge énorme pour la première année ! C’est le moment le plus périlleux et on est dedans. On affronte ça !

Est-ce pour cela que vous avez lancé un financement participatif ? Pouvez-vous nous en parler ?

Thomas Ordonneau et son associé Cyril Zimmermann ont décidé de lancer cette campagne de financement. On aurait pu et dû le faire plus tôt, au moment du lancement du projet, mais on n’a pas eu le temps. C’est tout autant nécessaire aujourd’hui. L’idée est de réunir 10 000 euros qui nous permettraient de continuer à mener notre politique d’action culturelle ambitieuse. Pour l’instant on le fait sur nos fonds propres. On est une SARL, on n’a aucune subvention. Et toute l’action culturelle accomplie -faire venir des réalisateurs, monter des ateliers animés par des intervenants, des artistes et engageant fortement nos équipes- a un coût. On a d’autres projets, notamment de sous titrages de films : travailler sur des films du monde arabe qui n’auraient pas été sous titrés ni diffusés en France, avec des centres sociaux qui travaillent sur l’alphabétisation dans le quartier. Donc mêler projet social et projet culturel. Le film serait montré à La Baleine et on travaillerait en aval avec les cinémathèques du monde arabe et la Cinémathèque Française pour qu’il puisse être numérisé, restauré et projeté en France. Un travail international et institutionnel lié donc à un travail très local. Pour tous ces projets-là, on a besoin d’un peu d’aide avant d’être éligible à des subventions. On est en train de monter une association qui pourra permettra de faire financer ces projets d’action culturelle, mais pas avant un an.

Existe-t-elle déjà ?

Oui, elle s’appelle l’association Cétacé.

Entretien réalisé par ÉLISE PADOVANI et ANNIE GAVA
Mars 2019

Pour soutenir ce projet : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/la-baleine-cinema-d-art-et-d-essai-a-marseille-et-association-culturelle

Cinéma La Baleine
Cours Julien, Marseille
04 13 25 17 17
labaleinemarseille.com

Photo : -c- Annie Gava