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Culture : un système d'asservissement révélé au Conseil départemental 13

Au cœur de la Vassalisation

Culture : un système d'asservissement révélé au Conseil départemental 13 - Zibeline

Au Conseil départemental 13 et chez les opérateurs culturels qui en dépendent la révolte gronde. Gros plan sur un système d’asservissement.

Les opérateurs culturels dépendent directement et sans filtre des financements publics, globalement en baisse. Une situation délicate qui les amène souvent, lorsqu’ils sont en difficulté, à taire les pressions auxquelles ils sont soumis et dont ils n’ont pas de trace écrite.

La pratique d’un certain chantage tacite n’est pas récente, et les élus ont tendance à utiliser les subventions culturelles pour récompenser ceux qui les servent, confondant leurs intérêts politiciens, c’est-à-dire le fait d’être réélus, et l’intérêt politique, c’est-à-dire les droits culturels de leurs administrés et la santé des professionnels de la culture.

Ils incitent donc les opérateurs culturels à participer à leurs opérations de communication.

Les élus ont cependant un problème avec cette instrumentalisation courante : la loi interdit que les subventions de fonctionnement soient attribuées en échange de prestations : si une association, un festival, reçoit une subvention pour son activité, les collectivités ne peuvent lui demander « en échange » de participer aux événements dont ils sont opérateurs. Ils doivent les financer indépendamment.

Comment font-ils pour que le financement de fonctionnement des opérateurs culturels bénéficie à leur propre image ? Les moyens sont nombreux, et mis en œuvre par tous, depuis longtemps : on s’empare de la parole pour vanter la politique de sa collectivité durant les conférences de presse, les ouvertures de festivals ; on crée des événements gratuits et populaires dans les communes amies ; on y déploie ses kakemonos, ses slogans, ses logos. Cela est commun, pratiqué par tous. Mais le Conseil départemental 13 va plus loin : non seulement il exerce une censure idéologique au sein même de ses services culturels, mais encore il instrumentalise les événements culturels et, par là-même, féodalise les artistes.

Un système

Depuis son arrivée à la présidence du département Martine Vassal a commencé par baisser très nettement les subventions aux associations culturelles. Puis elle a créé des événements : les Capitales Provençales de la Culture, les Dimanches de la Canebière, l’Année de la Gastronomie. Les opérateurs culturels, s’ils veulent retrouver leur niveau de financement d’avant la vassalisation, doivent donc obtempérer, répondre aux appels d’offre et participer à ces opérations. Qui sont très nettement orientées : ainsi les capitales affirment l’identité provençale. Quant à passer une année à fêter la gastronomie quand les réfugiés se noient à nos portes que les immeubles s’écroulent, cela cantonne les artistes à une superficialité désespérante…

De plus, la confusion règne entre les intérêts des collectivités. Ainsi les Dimanches de la Canebière ont lieu dans le secteur dont Sabine Bernasconi, adjointe à la Culture du CD 13, est aussi maire. Un secteur essentiel pour qui veut conquérir la Mairie de Marseille, mais aussi la gouvernance de la métropole, actuellement présidée par… Martine Vassal. Le slogan, qui a été décliné lors de vastes campagnes d’affichage, semble délivrer un message subliminal : Quand le Département s’engage, c’est La Provence qui gagne. Faut-il lire plutôt que l’on gagne ? La prochaine disparition du département, et son remplacement par une métropole dont l’assemblée est élue au suffrage indirect par les conseillers municipaux, va donner un poids inédit au prochain scrutin municipal…

Sortir du silence

Les opérateurs culturels dénoncent « en off » les pressions qu’ils subissent lors de rendez-vous auprès de la collectivité. Ils savent que le maintien de leurs subventions dépend directement de leur participation aux politiques culturelles départementales mais ne parlent pas, de peur de devoir se passer de ces financements essentiels à leur survie. Sauf quand ils sont au bout des restrictions, comme les événements arlésiens particulièrement mis à mal (voir page suivante).

Aujourd’hui ce sont les salariés du département qui dénoncent ce système aux Archives, à la Bibliothèque ou dans les musées départementaux. Du moins ceux qui subsistent : le Château d’Avignon, la Galerie d’Aix ont été fermés, le Domaine de Saint-Pons n’a plus de programmation culturelle, celui de l’Étang des Aulnes n’accueille plus que des résidences d’artistes sans technicien et sans prise en charge des frais des compagnies….

Pour retrouver leur indépendance, il faudrait que les opérateurs culturels prennent, ensemble, le risque de parler. Et les médias celui de dénoncer les pressions économiques qu’eux-mêmes subissent : les marchés publicitaires du département, essentiels à la survie de la presse, fluctuent au gré du contenu des articles, plus ou moins favorables à la politique départementale.

Zibeline, depuis 4 ans, ne bénéficie d’aucun achat publicitaire ni d’aucun financement du département. Nous en vivons plus mal, mais en aimons la liberté !

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2019


Coup de gueule :

Gitans, disparaissez !

La censure n’est pas qu’économique, elle est aussi idéologique

Comme aux grandes heures des purges staliniennes et des photos trafiquées, l’histoire culturelle et ethnologique du Pays d’Arles, de la Camargue et de la Provence en général est la cible des coups de ciseaux de la censure institutionnelle. Pendant ses longs travaux, le Museon Arlaten est certes fermé au public mais ses agents travaillent. Et tentent d’honorer tant bien que mal leurs missions. Une équipe scientifique a ainsi consacré six années de recherches à la présence gitane dans le territoire, thématique déjà présente dans l’ancienne configuration muséale. La démarche, identique à celles menées sur les costumes traditionnels arlésiens ou la culture ouvrière, permet de collecter d’importantes pièces et des témoignages audiovisuels. Une vitrine dédiée à la cérémonie du mariage doit exposer une magnifique robe de mariée de la communauté. Comme à la fin de chaque travail d’enquête, le Museon prévoit d’organiser une restitution ouverte au public. Mais la hiérarchie départementale oppose à l’époque un niet sans précédent, inaugurant un interventionnisme politique d’un autre âge sur la compétence scientifique d’un établissement labellisé « Musée de France ».

Le mouvement de grève, la détermination des équipes et… les fuites dans la presse viennent semblent-ils de provoquer un premier rétropédalage de la direction départementale de la culture. Mais pour Jérôme Bonin, de l’Observatoire pour les droits des citoyens itinérants, ces faits relèvent ni plus ni moins d’« une volonté ethnocidaire contre la population gitane et les gens du voyage ».

LUDOVIC TOMAS
Juillet 2019

Photo : -c- A.F.

Lire ici notre focus sur le mouvement social des agents départementaux de la culture dans les Bouches-du-Rhône ainsi que notre interview de Stéphane Krasniewski, directeur du festival Les Suds, à Arles, frappé par les baisses de subventions.