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Entretien avec Pascal Jourdana, directeur de La Marelle, résidence d'auteurs à Marseille

Au cœur de la fabrique littéraire

Entretien avec Pascal Jourdana, directeur de La Marelle, résidence d'auteurs à Marseille - Zibeline

Après la disparition, faute de financements, de son festival Colibris, l’association marseillaise La Marelle trace sur tout le territoire régional de nouveaux chemins pour la création littéraire, et sa diffusion. Rencontre avec Pascal Jourdana, son directeur

Zibeline : Comment va La Marelle ?

Pascal Jourdana : Plutôt bien ! On est dans une phase d’expansion et de consolidation. On est sorti de nos ennuis financiers, on a restructuré l’équipe et surtout on a plein de projets, très concrètement mis en action.

Et quelles sont ces actions ?

Nous avons publié 8 livres numériques, et 3 autres sont prévus cette année. Nous parvenons à les montrer, par exemple au Salon du Livre de Paris récemment, et Emma et la nouvelle civilisation, qui a été sélectionné comme « livre numérique innovant », a été exposé au Salon de Francfort, il le sera à Taipei, puis à la Bibliothèque Nationale de France. Au niveau de l’édition papier une série est publiée à chacune de nos résidences d’auteur/illustrateur… Nous avons mis en place également des cycles d’événements/lecture dans les musées, pour l’expo Carlos Kusnir au Frac notamment (voir p 84), pour l’expo Picasso et dans les musées de Marseille plus généralement. Bientôt, à la rentrée, au Musée d’Histoire, sur le principe du coup de cœur : un écrivain en résidence propose, à partir de son propre travail, de découvrir autrement le musée, ses collections.

Parlez-nous de ces résidences d’auteur, qui sont aujourd’hui au cœur de votre activité…

Effectivement ! Nous avons accueillis 66 auteurs depuis la mise en place de ces dispositifs, dans nos divers lieux, projet qui correspondait à une demande du ministère et est donc soutenu par la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC-PACA). Le dispositif auteur /illustrateur, plutôt dans le cadre d’une édition jeunesse mais pas exclusivement, se déploie ainsi dans plusieurs lieux de la région : la Médiathèque Noailles à Cannes en lien avec le festival du livre de Mouans-Sartoux, au Pôle Chabran de Draguignan, à Carpentras en collaboration avec Grains de lire, petit festival très actif en Vaucluse. On apporte le suivi artistique et administratif, chaque structure s’occupe de la médiation sur place et on aide à la collaboration entre les médiathèques, les librairies du territoire et les festivals. L’idée étant bien sûr de faire circuler les auteurs de Cannes à Carpentras… On va amplifier le dispositif grâce au soutien de la Région, et on est en train de mettre en place des résidences en lycées, et aussi des actions en collèges dans les Bouches-du-Rhône, des ateliers d’écriture numérique, avec le soutien du département 13.

Pourquoi cette volonté mettre les auteurs en résidence ?

Dans les lycées cela nous semble évident à plusieurs titres. D’une part, il s’agit de mettre les auteurs en friction avec la cité, avec ces petites villes que sont les établissements scolaires. De rencontrer les élèves mais aussi les personnels, enseignants ou autres, les parents d’élèves, de faire aussi des ateliers sans élèves ! Mais, surtout, cela permet aux lycéens de découvrir ce qu’est le travail d’écrire. D’abord, de mesurer que c’est un travail, qui nécessite un apprentissage… puis de comprendre qu’un écrivain de fiction a aussi une analyse et une expérience du monde.

En dehors des établissements scolaires et du dispositif auteur/illustrateur, vous proposez d’autres résidences.

Oui. Dans notre Villa de la Marelle qui est mise à disposition par la Friche mais aussi désormais dans un appartement près du Palais Longchamp. Jusqu’à 2016 nous accueillions 8 ou 9 auteurs et autrices par an, en 2018 nous serons à 18.

Est-ce que ces résidences, en dehors du logement, sont rémunérées ?

Oui. Ceux qui sont éligibles à l’aide au Centre National du Livre ont 2000 euros, les autres, sur nos fonds propres, ont entre 1600 et 1800 euros. Avec parfois des dispositifs spécifiques qui augmentent ces sommes. Ils n’ont pas de commandes ni d’obligations de résultat, ce sont en général des résidences de recherche même si elles débouchent souvent sur des publications en coédition, mais on leur demande d’être présents dans la ville. Marseille, en particulier, n’est pas une ville neutre ! On ne vient pas à la Friche par hasard, ce n’est pas un lieu de retraite ni d’isolement, il y a une friction, souvent sociologique, avec le quartier, ou le Port. Ou des collaborations avec les structures culturelles, les Instants Vidéos, Musicatreize, Radio grenouille. Le principe est celui de la rencontre et de l’hybridation. Sans genre imposé, les écritures peuvent être poétiques, théâtrales, narratives, documentaires.

Et comment choisissez-vous les auteurs ?

Nous les sollicitons, ou ils peuvent répondre à des appels à projets. Nous en lançons plusieurs chaque année, celui des résidences couplées auteur/illustrateur, un autre avec Alphabetville autour des écritures numériques, qui doivent être spécifiques, donc non reproductibles sur papier, avec une expérience de lecture différente ; un troisième avec la Maison des Ecrivains Etrangers et Traducteurs, la MEET, qui peut s’adresser à de jeunes auteurs choisis sur manuscrit, et se centre souvent autour de l’Amérique du Sud dans la prolongation de notre festival Colibris qui n’existe plus, mais qui a laissé des traces dans nos réseaux.

En dehors des éditions, comment ce travail est-il désormais visible pour le public ?

Avant nous organisions Colibris, mais aujourd’hui nos rencontres publiques, si elles sont plus dispersées, sont tout aussi nombreuses. Chaque auteur propose des temps publics sur un mode qui lui est propre, dans les musées, lors de rencontres fréquentes à la Friche, ou dans des dispositifs de lectures à plusieurs voix. D’autres formes, Un écrivain au cinéma, ou un auteur qui parle d’un classique qui inspire son écriture, comme Christian Garcin qui a traduit Poe… Cela peut se dérouler partout, dans les médiathèques, les librairies, les théâtres, les musées, les cinémas… ou lors de festivals comme Oh les beaux jours et Le Train bleu.

Nous préparons également la deuxième édition de notre temps fort, qui se déroulera juste après ActOral. Grâce à La Marelle dans tous ses états, nous pourrons montrer des formes très diverses issues des résidences, qui donneront lieu aussi à des échanges entre les auteurs qui n’ont pas, sans ces temps spécifiques, d’occasion de se rencontrer. On voudrait aussi lancer des ateliers d’écriture, destinés aussi aux amateurs, plutôt chevronnés, dès la rentrée. Car une clef de nos projets, même s’ils sont recentrés sur la création, l’écriture, reste la transmission. Des auteurs aux lecteurs est toujours le sous-titre de notre association…

Propos recueillis par AGNÈS FRESCHEL
Avril 2018

La Marelle
La Friche la Belle de Mai, Marseille
04 91 05 84 72
la-marelle.org

Photo : Les écrivains Joseph Boyden et Tom Cooper au travail à La Marelle villa des auteurs de la Friche © Fanny Pomarede