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Retour sur l'inauguration du FRAC PACA

Artefacts et puis s’en vont

Retour sur l'inauguration du FRAC PACA - Zibeline

Il y avait du monde, et du beau, lors de l’inauguration ! Cécile Helle, vice-présidente à la Culture de la Région, présidente du Fonds Régional d’Art Contemporain, a loué le «symbole de ce FRAC nouvelle génération», a rappelé que «depuis l’impulsion donnée par Jack Lang, les FRAC constituent aujourd’hui la 3e collection française d’art contemporain.»

C’est bien le paradoxe de cette institution, assise sur des sacs d’or qu’elle ne peut vendre : l’art contemporain est un investissement que les spéculateurs connaissent bien, capable de rapporter très rapidement, pour peu qu’on ait du nez, et les FRAC en ont, 400% de bénéfice. Mais 2.45 Md’€ de budget de fonctionnement c’est assez peu pour remplir toutes ses missions : expositions dans ses murs et sur le territoire, acquisitions, entretien et restauration, pédagogie, diffusion, résidence d’artistes, programmation d’événements artistiques et conférences, production théorique…

Attentive à cette diversité d’objectifs, Aurélie Filippetti a surtout évoqué «la diffusion de l’art contemporain», parlant avec une émotion sensible de la visite de lycéens dans l’après-midi. Michel Vauzelle, quant à lui, en profita pour interpeller sur la «beauté de bâtir», réfutant l’idée qu’en cas de crise il fallait réduire les investissements culturels «outils indispensables à la démocratie». Des discours généreux mais qui cachent mal les problèmes qu’ils évoquent en creux : les «efforts budgétaires» évoqués par la ministre aboutissent à ce que le budget d’acquisition, c’est-à-dire ce qui revient en bout de course à acheter des œuvres aux artistes, soit réduit à une part plus que congrue : 224 000€ (70% Région, 30% État), soit moins de 10% du fonctionnement, l’équivalent de ce que la Région peut donner, seule, à un long métrage (voir p 61). Comment veut-on que les plasticiens vivent ?

Quant au bâtiment, situé dans l’hyper centre, il semble avoir été fini à la hâte et à l’économie : béton blanchi, verre, métal enduit de gris confèrent aux espaces d’exposition une esthétique industrielle sans originalité. Seul l’emblématique mur rideau extérieur y échappe, et les espaces de repos entres les salles d’expo, terrasse et jardins…

Austérité contagieuse

Exposition inaugurale, La Fabrique des possibles s’inscrit comme naturellement dans cet écrin austère. L’art s’est inspiré en maints endroits de l’univers scientifique et technique. Fernand Léger s’émouvait de la beauté de la culasse d’un canon, les Futuristes louaient les nouvelles technologies de leur temps, Duchamp instillait de la mécanique dans son œuvre et Tinguely y prenait un plaisir destructeur.

Bien d’autres poursuivent cet élan aujourd’hui. Des artistes présentés plusieurs ont bénéficié de résidences et partenariats avec des laboratoires scientifiques1. Ce rapprochement, parfois jouissif comme pour Bettina Samson, propose une muséographie et des objets souvent rudes au regard du visiteur.

Car le choix du directeur Pascal Neveux s’est porté sur une dimension expérimentale et exploratoire qui caractériserait la démarche du FRAC. Pour une expo inaugurale ouverte au plus grand nombre la posture est hardie ! Plans, maquettes, croquis, notes et intentions, documents en vitrines composent avec les œuvres exposées un itinéraire complexe, suggèrent des cheminements… qui devraient s’expliciter dans le catalogue à venir.

Mais plutôt qu’une démonstration didactique, l’exposition propose un background où interfèrent art et pensée scientifique : apparaissent alors des utopies, de la poésie au cœur de la technique, de la technologie. Ainsi des hybridations d’Anthony Duchêne, l’imposant dispositif à panneaux combinatoire (référence aux systèmes des réserves muséales) de Yannick Papailhau. L’intérêt de la posture artistique serait-elle contenue dans le détournement de l’univers des sciences, concept, process, low/high tech ? D’après Nadège Laneyrie-Dagen2, l’esprit scientifique est né dans les prospections artistiques au tournant du Moyen-âge à la Renaissance, celles qui ont délaissé la représentation symbolique pour l’exploration du réel, un temps où «les artistes agissent comme de précoces savants…». Vinci lâche la peinture «lorsqu’il veut décrire des phénomènes précis […] lui préfère le dessin et les commentaires écrits pour exposer les causes».

Comment appréhender alors les croquis, les images annotées de Klein, Baquié, Rottier ou Fuller ? À choisir entre l’art ou la science nul n’est tenu, l’intérêt résidant dans leurs métissages. Quitte à rajouter un peu de poésie et de la couleur s’il en reste dans les réserves ?

CLAUDE LORIN et AGNÈS FRESCHEL
Avril 2013

 

La Fabrique des Possibles

jusqu’au 26 mai

FRAC PACA, Marseille

04 91 91 27 55

www.fracpaca.org

 

1 implantés à la Technopole de Château Gombert

2 Nadeije Laneyrie-Dagen, L’invention de la nature, Flammarion, 2008