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Entretien avec Thierry Balasse, compositeur et directeur de la Compagnie Inouïe

Alunir, c’est inouï !

• 11 décembre 2018, 14 décembre 2018 •
Entretien avec Thierry Balasse, compositeur et directeur de la Compagnie Inouïe - Zibeline

Le spectacle Cosmos 1969, créé en janvier à Nanterre, arrive à Martigues et à Château-Arnoux. Entretien avec Thierry Balasse, compositeur et directeur de la Compagnie Inouïe

Zibeline : Pourquoi le thème d’Apollo 11 ?

J’ai deux passions, le travail sur le souffle et tout ce qui est lié à l’espace. J’ai un souvenir très marquant de mon père -j’avais 5 ans en 69- me réveillant la nuit pour assister aux premiers pas d’un homme sur la lune. D’autre part, la musique de cette période-là (fin 60 début 70) me touche particulièrement. 

Vous concevez votre musique comme « une sculpture sonore et immersive » ?

Il y a deux sortes de musiques dans le spectacle, celle pop -Beatles, Pink Floyd, Bowie- qui est interprétée sur scène et parfois réarrangée, puis ma composition électroacoustique qui est au centre du spectacle. J’ai une formation d’ingénieur du son et un vrai goût pour la matière sonore. Ma musique ne s’appuie pas sur la mélodie ou les harmonies, sur les standards de la musique classique ou pop, mais sur la matière sonore et son utilisation. J’ai aussi été formé aux techniques du son pour le théâtre, où on est libre de diffuser le son comme on le souhaite. Avec un spectacle qui touche à l’aventure spatiale, la dimension de l’espace sonore est essentielle.

Vous évoquez la nouvelle appréhension que nous avons du cosmos : il ne se composerait pas de particules mais de phénomènes ondulatoires…

J’ai rencontré des scientifiques pour ce projet, mais musicalement, je n’ai aucune prétention scientifique ! Ce que j’ai pu saisir, c’est qu’effectivement on croit qu’on est entourés d’un monde matériel, mais en fait tout est immatériel et vibratoire. Aussi, j’avais envie dans la pièce Quanta Canta qu’il y ait une sensation d’effet vibratoire permanent. Pour cela le public est entouré par dix enceintes. Quant au terme « musique quantique », il s’agit juste d’un jeu de mots !

Avez-vous eu l’idée d’une composition totale, musicale et plastique, dès la conception du spectacle ? Deux partitions se mêlent : votre écriture et celle de Chloé Moglia, sur sa « courbe suspendue ».

Au départ du projet, je pensais qu’il serait strictement musical, mais la présence humaine dans la mission Apollo11, pourtant hautement technologique, est primordiale. La mission a failli rater : à l’instant final, l’ordinateur qui devait tout gérer a « planté » et c’est Niel Armstrong qui a posé le module sur la lune. Il me semblait donc indispensable d’incarner sa présence sur le plateau, par l’écriture gestuelle de Chloé Moglia. Ella a produit, librement, un travail très poétique. J’ai l’idée de départ, la direction artistique, mais tout le monde apporte une dimension d’écriture dans le spectacle.

De cette écriture naît un paradoxe, celui de la place de l’homme face à l’infini, relative, même s’il reste au centre…

La mission Apollo 11 a été précédée par 10 autres missions évidemment, et on avait commencé à voir la terre de l’espace. C’est le premier choc écologique en fait : l’homme prend conscience qu’il est sur une boule perdue au milieu de l’espace. C’est un choc philosophique et esthétique. Aucun cosmonaute n’est revenu indemne : le fait de voir la terre de loin est un vrai déracinement…

Ce travail sur la mémoire et notre histoire récente invente-t-il une sorte de musique documentaire ?

Il s’agit plutôt d’une volonté d’être dans le sensoriel, et pas uniquement dans l’intellectuel. Je ne prétends pas proposer quelque chose de nouveau, mais présenter ce que les gens ne peuvent pas retrouver ailleurs. La scène est pour moi un espace de liberté, où l’on va vivre une expérience unique, chaque soir, où je n’ai pas de normes à respecter. Si j’aime utiliser les technologies, ce n’est pas pour standardiser le rapport au spectateur, mais produire une sensation d’espace inhabituelle.

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2018

À venir
11 décembre
Théâtre des Salins, Martigues
04 42 49 02 00 les-salins.net

14 décembre
Théâtre Durance, Château-Arnoux
04 92 64 27 34 theatredurance.fr

Photo : Thierry Balasse c Parick Berger


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net


Théâtre Durance
Avenue des Lauzières
04160 Château-Arnoux-Saint-Auban
04 92 64 27 34
http://www.theatredurance.fr/