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Aix et la Capitale

Le 27 mars, le Groupe du 27 réunissait des structures culturelles aixoises (pour l’essentiel des lieux et compagnies de théâtre et de danse) et organisait à la Cité du livre une réunion publique à laquelle les élus étaient conviés. Claire Massabo de l’Auguste Théâtre en énonça les enjeux : il s’agissait d’interpeler, courtoisement, Marseille Provence 2013 sur le manque cruel d’informations quant à leur intégration dans le projet, et aux exigences pour y parvenir : «Il faut faire entrer son projet dans une case, certes, mais on ne connaît pas les cases» explique Pierre Béziers, du Théâtre du Maquis.

Car il fut question à Aix de ce que l’on entend généralement partout ailleurs dans le tissu si précieux et fragile des compagnies de spectacle vivant de la région : l’impression d’un fonctionnement flou et vertical, d’une rétention des informations, d’un filtrage opéré par des techniciens de la culture sur des critères inconnus, une sensation d’arbitraire dans les choix artistiques, et surtout l’absence de réponses accordées aux projets déposés : sur Aix une seule réponse a été donnée, rappela Sylvie Gerbaud, directrice du 3bisf. D’où la peur de voir les subventions amoindries, et l’angoisse de disparaitre en 2014 si la labellisation 2013 n’est pas accordée… avec, comme menace à venir, la grande métropole loin du terrain, qui selon Michel Ducros (Cie La Variante), trouve sa «préfiguration» dans MP2013. Danielle Bré (Théâtre Vitez) souligne avec force cette cruelle dépossession du sens, que vivent les artistes…

Mal aimée…

Aix serait-elle la grande oubliée ? Patricia Larnaudie, adjointe à la culture de la Ville d’Aix se sent elle-même dépossédée des décisions : «J’ai un vrai souci de responsabilité au sein de Marseille Provence 2013» affirme-t-elle. Thierry Roche, directeur délégué MP2013 en charge des dossiers aixois, et Jean-François Chougnet, directeur de MP2013, rappellent le calendrier : ce n’est qu’en juin 2012 que les projets seront retenus ou pas. Et il n’y a pas de logique de décision par et pour Marseille qui dispose, comme Aix et la CPA, d’une voix, quand l’université en compte trois.

Mais si l’on y regarde de plus près, les choix de MP2013 pour Aix ressemblent à ceux que cette Ville fait habituellement pour sa vie culturelle : grand festival, grande expo, et peu d’intérêt pour le théâtre et la danse hors du CCN de Preljocaj. C’est indéniablement la politique d’une ville qui, depuis des années, investit énormément dans la culture mais attend un retour direct sur investissement. Ce qui, rappelons-le, n’est pas le but premier des investissements culturels (le droit à la culture étant un droit fondamental, le «service public» de culture est dû au citoyen). Les difficultés particulières des structures aixoises, et le retard pris dans le traitement de leurs dossiers, est aussi la conséquence des multiples hésitations de la mairie d’Aix à mobiliser ses forces pour le territoire.

Technocratique

Pourtant Jean-François Chougnet reconnaissait des défauts dans la conduite du projet, non pas envers Aix particulièrement, mais plus globalement dans la méthode de labellisation : «On a été débordés par les projets, 2 200 sur le territoire… Cet afflux inopiné a généré une gestion technocratique, j’en assume la responsabilité, c’était une erreur. Il faut avancer désormais dans une logique partagée.»

L’inquiétude du Groupe du 27 provient donc clairement de deux sources cumulées : le malaise global des petites structures de théâtre et de danse qui, aixoises ou non, sont peu présentes dans le programme de la capitale, plutôt orienté vers les arts visuels, les projets de territoire et les arts de la rue ; et la concordance de cette orientation avec la politique culturelle aixoise qui, malgré le très fort niveau financier de ses engagements, est peu tournée vers le réseau associatif de terrain.

Protection…. isme ?

Mais Patricia Larnaudie s’est engagée très volontairement sur l’avenir du financement des associations culturelles aixoises : «Moi vivante, les associations qui dépendent de ma délégation continueront de recevoir leurs financements (…) ; j’en fais un casus belli. Il n’y aura pas un euro de moins !». Jean Bonfillon, vice-président de la Communauté du Pays d’Aix, promet que malgré la réforme des collectivités territoriales qui entrainera des «écrêtements» sur 4 ans, les tournées CPA perdureront, et que les structures aixoises en resteront les principaux bénéficiaires.

Ce dont on se réjouit, même si un tel protectionnisme artistique reste, dans le territoire de MP2013, une spécificité aixoise…

MARYVONNE COLOMBANI et AGNÈS FRESCHEL

Avril 2012