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Entretien avec Fanny Loste, professeure des écoles à Marseille en classe de primo-arrivants

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Entretien avec Fanny Loste, professeure des écoles à Marseille en classe de primo-arrivants - Zibeline

Dans le cadre de Tous en sons, premier festival de musique jeunesse créé à Aix et Marseille en mars, un travail en amont est mené avec deux écoles marseillaises. Entretien avec Fanny Loste, enseignante à la Madrague en classe de primo-arrivants.

Zibeline : Vous êtes une professeure des écoles un peu spéciale. Comment travaillez-vous ?

Fanny Loste : J’ai commencé à enseigner de manière traditionnelle, mais depuis 6 ans j’ai intégré le dispositif UPE2A (Unité Pédagogique pour les Élèves Allophones Arrivants). J’évalue le niveau des enfants fraîchement scolarisés en France, puis je les positionne dans une classe « normale », avec un décalage par rapport à leur âge si nécessaire. Chaque jour, durant une heure ou deux, ils sont avec moi pour un apprentissage spécifique de la langue française, de la lecture, de l’expression écrite.

D’où viennent vos élèves ?

60% d’entre eux viennent d’Algérie. Beaucoup sont roumains, gitans, et cette année cinq d’entre eux sont syriens. Les niveaux sont très disparates et les parcours différents : ceux qui ont connu la guerre ont été déscolarisés, mais les familles qui parviennent jusqu’en France ne sont pas les moins éduquées, certains élèves au bout d’un an sont les meilleurs de leur classe ! Ceux qui arrivent du Maghreb lisent le français mais manquent de vocabulaire. L’enseignement se fait en petits groupes de 7 ou 8, de manière très personnalisée.

Avec eux et dans le cadre de Tous en sons, vous participez à un projet musical, La Fabrique à Chansons, résultant d’un partenariat entre les ministères de l’Éducation et de la Culture, avec la Sacem.

Oui, chaque année ou tous les deux ans, j’essaie de mener un projet culturel d’envergure, de ce type-là, qui donne vraiment du sens aux apprentissages. À plusieurs titres d’ailleurs : je ne suis pas du tout musicienne, je vais apprendre moi aussi plein de choses. Ce qui me place dans une autre posture vis-à-vis des enfants, et crée un lien particulier avec eux. Ça leur montre qu’on apprend toute sa vie, que ce n’est pas grave s’ils ne savent pas tout, tout de suite.

Quelles vont être les étapes du projet ?

J’ai d’abord rencontré le chanteur Pascal Parisot, personnage drôle et rock’n’roll à la fois, venu au jeune public sur le tard, mais qui fait preuve d’un réel intérêt. Il va créer son nouveau spectacle Mort de rire à l’occasion du festival. Lors d’un second rendez-vous, il a rencontré mes élèves et ceux d’une autre classe, de l’école Félix Pyat, qui participe également. Un concert rien que pour nous, c’était génial ! Il nous a présenté ses techniciens, fait visiter les loges de l’Espace Julien… En janvier et février, il sera présent pour quatre séances de création avec nous. Nous apprendrons à écrire une chanson, il composera, les enfants étant invités à proposer des airs. Enfin, clou du projet, durant Tous en sons, ils monteront sur scène pour chanter avec lui.

Comment intégrez-vous cette proposition dans votre enseignement ?

Nous avons déjà commencé à travailler, notamment sur le vocabulaire, dans l’esprit du spectacle, un univers circassien à la Tim Burton avec pour héros central Oscar, le squelette des leçons d’anatomie. Nous cherchons toutes les expressions françaises avec le mot « os », trempés jusqu’aux os, etc. Les enfants ont compris ce qu’est un couplet, un refrain, une rime. Je vais les emmener au Museum d’Histoire Naturelle pour y voir les squelettes. Et ils en ont dessiné de magnifiques !

Maintenant, tout l’enjeu est de convaincre les familles de laisser leurs enfants participer à la représentation, et de venir elles-mêmes. Je suis en négociations avec l’Espace Julien et le festival pour avoir le plus de place possible pour elles.

Propos recueillis par GAËLLE CLOAREC
Janvier 2018

La 1ère édition du festival Tous en sons aura lieu du 22 au 31 mars 2019 à Aix-en-Provence et Marseille. Les enfants de la classe de Fanny Loste seront sur la scène de l’Espace Julien avec Pascal Parisot le 29 mars à 14h30.

Illustrations : Fanny Loste -c- JC Husson + dessin d’un élève de sa classe