La Rue des Arts, projet public à Toulon

À Toulon, on joue collectif

• 12 mai 2017⇒14 mai 2017 •
La Rue des Arts, projet public à Toulon - Zibeline

Les 12, 13 et 14 mai, l’ancien centre populaire surnommé encore « rue du Canon » fête sa renaissance au cours d’animations festives et participatives. Premier événement d’une longue série qui ne demande qu’à s’intensifier et à s’inscrire dans la vie quotidienne des toulonnais.

D’abord il a fallu sortir Toulon de la paralysie des années frontistes, puis panser ses blessures et enfin repenser son avenir ! Un long processus entamé par Hubert Falco dès son élection en 2001 qui a fait de la requalification du centre ville l’une de ses priorités. Aujourd’hui les toulonnais redécouvrent leur ville et, si les chantiers successifs de démolition et de réhabilitation ont perturbé certains et laissé d’autres dubitatifs, le temps est venu de se réjouir de la transformation. C’est vrai, l’équipe municipale n’a pas été bavarde sur la question du renouvellement urbain, faute d’un temps de gestation forcément long, et l’absence de communication a ouvert la voie à bien des conjectures…

Lentement mais sûrement

La « haute ville » a eu la primeur de cette mutation : place de La Liberté et son théâtre, plus récemment le déshabillage des anciennes halles en prévision de la création « d’un lieu de vie, d’hébergement et de culture » (Artyster Toulon) et démolition de l’hôpital Chalucet dont la maitrise d’œuvre pour la reconversion est portée par le cabinet Corinne Vezzoni et Associés1. Quant à la « basse ville », les prémices de sa mise en lumière remontent à Jean-Louis Borloo alors Ministre délégué à la Ville sous la présidence de Jacques Chirac. Premières réflexions donc, premières intentions et première réalisation place du Globe avec l’inauguration, en 2002, de la Maison de la Photographie en lieu et place des Bains-Douches. En 2003, Hélène Audibert, nommée adjointe au maire en charge du renouvellement urbain, du centre-ville et du logement, prend le dossier en mains : « Nous avons construit un projet en fonction de l’habitat existant, entassé, construit puis reconstruit, depuis l’avenue de la République au centre Maillol, en passant par la place d’Armes et l’Opéra. On a travaillé sur les îlots vacants, ceux dont les appartements étaient les plus insalubres ». Au total, vingt-trois hectares sont à réinventer entre « logements habitables et accessibles à tous, espaces et équipements publics ». Un vaste programme de démolition, d’acquisition et de relogement mis en œuvre conjointement par les services de la Ville, son concessionnaire VAD (société d’économie mixte), l’Agence nationale pour la Rénovation Urbaine, l’État, la Région, le Département, l’Agglomération, les investisseurs privés et banques, la Caisse des dépôts et Consignations, en liaison avec les associations des riverains et des commerçants.

La ruée vers l’art et le commerce inventif

Une décennie plus tard, la présence de la culture étant induite dans le programme de rénovation urbaine, deux équipements novateurs se sont installés place du Globe, dans les « pieds d’immeubles » transformés en locaux associatifs : Metaxu et Le Port des créateurs. Leurs expériences respectives dans les domaines de l’art, de la culture et du community management ont permis l’émergence de la Rue des Arts, projet hybride mêlant galeries, ateliers, boutiques de créateurs et d’artisans. Un nouvel espace de vie intergénérationnel doté d’éclairages nocturnes et équipé d’un système d’accrochage de photographies en plein air2. En son cœur, un immeuble est destiné au Musée des Arts, plus particulièrement à la collection d’art contemporain constituée de 1978 à 1984 par Marie-Claude Beaud, et à l’Opéra de Toulon qui, sur deux niveaux, bénéficiera de deux studios de répétition. Bref, entre la place d’Armes et la rue d’Alger, entre la rue Pierre Sémard et la place de l’Équerre rénovée, l’ancien axe historique tombé en désuétude se revitalise autour d’une même thématique : art et arts de vivre. Opération validée par Hélène Audibert et conduite par Jacques Mikaelian, bien connu des varois. Successivement urbaniste, maître d’ouvrage public et promoteur immobilier, il a fondé la SCI Équerre Sémard Développement constituée en association avec la VAD et la Caisse des Dépôts, pour mener à bien le projet : « C’est d’abord un projet public. Pour garder le cap et conserver son sens initial, on a fait en sorte de pouvoir le pérenniser car le temps du projet n’est pas le temps électoral. On a donc pris notre temps, rencontré des gens qui nous ont fait confiance et se sont réapproprié leur ville : en premier lieu la galerie Lisa, Twiggy café et Le Petit Chicago. Tous des toulonnais. » À peine la Rue de l’art inaugurée que Julien Carbone, directeur de la galerie L’Axolotl et du Port des créateurs, a les yeux rivés sur la décennie future : « Sans les enseignes traditionnelles mais avec des initiatives singulières, le centre ancien trouve un nouvel élan et offre un autre cadre de vie. Cette synergie va se répandre dans toute la ville autour de projets privés et commerciaux tandis que la vie culturelle va se structurer. Le lancement est très dense pour que les habitants réinvestissent leur ville et que les acteurs culturels soient force de propositions. »

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Avril 2017

1 Sur trois hectares, le quartier prendra place autour du jardin, avec l’École supérieure d’art et de design TPM, l’École supérieure internationale de commerce Kedge Business School, un incubateur/pépinière d’entreprises du numérique, une médiathèque municipale et départementale, des services et bureaux administratifs pour le Conseil départemental du Var. Des logements viendront s’adosser au projet.

2 Là où ça danse, Maikel Lahana et Lore Stessel, cycle d’expositions conçu par Anne Cartier-Bresson et Christian Gattinoni.

ruedesarts.fr

Photos : Évolution des travaux de réhabilitation de la place des Savonnières à Toulon, 2013-2015 © Annabelle Lhuillier-Bonnal, Laurent Perrier et juillet 2016 © Annabelle Lhuillier-Bonnal

Évolution-des-travaux-de-réhabilitation-de-la-place-des-Savonnières-à-Toulon,-2013-2015-©-Annabelle-Lhuillier-Bonnal,-Laurent-Perrier