Le dispositif Trop puissant invite les jeunes à baisser le son pour garder leurs oreilles plus longtemps

À s’en faire péter les oreilles !

Le dispositif Trop puissant invite les jeunes à baisser le son pour garder leurs oreilles plus longtemps - Zibeline

On ne s’habitue pas aux volumes trop élevés : l’oreille ne s’endurcit pas, elle souffre…

Une catastrophe sanitaire ? 1 jeune sur 4 est atteint de troubles auditifs dus une surexposition sonore !

Celle-ci provoque une baisse nette de l’audition, des acouphènes, une hyperacousie, extrêmement gênants et douloureux. En cause ? Le bruit trop élevé dans certains milieux professionnels, mais surtout leur écoute des musiques amplifiées, sur baladeurs et en concert, l’usage constant du casque ou des oreillettes, avec des volumes sonores trop puissants, devant les ordinateurs, ou même la nuit « pour s’endormir ».

Le dispositif Trop puissant mis en place par la Région PACA vise à informer les premières victimes, en s’adressant directement à eux. Lycéens en Lycées généraux mais surtout Techniques et Professionnels, apprentis en CFA, 4100 élèves de 82 établissements sont concernés pour cette 14e édition. On leur explique grâce à un matériel pédagogique clair les dangers auxquels ils s’exposent (vidéos en ligne, livret pédagogique, application smartphone téléchargeable qui mesure les décibels en temps réel, à l’écoute…), et surtout on les convie à une séance concert où des musiciens, cette année les groupes PinkNoColor et Namaste!, les enjoignent à écouter autrement. En expliquant les techniques du son, la physiologie de l’audition, et en montrant par un historique des musiques amplifiées pourquoi le volume a tant augmenté…

Les pratiques des jeunes

Car le seuil de danger pour l’oreille se situe à 85 décibels, et le seuil de douleur à 120 : nous ne savons pas quand notre oreille souffre. Les lecteurs MP3 ont un volume maximum à 100 db, ce qui au-delà d’une écoute de 5 mn porte atteinte à l’audition. De façon pernicieuse : on ne s’habitue pas aux volumes trop élevés, l’oreille ne s’endurcit pas, elle souffre… Or on sait que la plupart des jeunes écoutent leur MP3 au maximum, pendant des heures, qu’ils ne le quittent que pour se mettre devant leur ordinateur, casque vissé sur les oreilles : les formats compressés actuels égalisent les diverses sources et brouillent l’écoute, en particulier de la voix, et les jeunes montent le son pour comprendre.

Quant aux volumes sonores des concerts, contrairement aux idées reçues, une seule surexposition à 120 db peut suffire à détruire un tympan. Or le son d’une batterie monte à 100 db, un public qui crie peut aller à 105, et pour couvrir tout cela ou l’accompagner les musiciens amplifiés montent le son…

La seule solution serait-elle les bouchons d’oreille ? Un technicien de la Cité de la Musique de Marseille, où 5 concerts avaient lieu, expliquait que dans son métier on avait généralement pris conscience du danger, et que les musiciens étaient de plus en plus nombreux à chercher des solutions pour baisser le son. En s’inspirant de la Scandinavie où le volume sonore des salles est limité à 95db, en utilisant des batteries moins sonores, des oreillettes, en soignant l’acoustique des salles pour qu’on y entende bien sans monter le son…

Eric Michel, directeur de la Cité de la Musique, confia que le secteur des musiques actuelles n’était pas la seule victime de cette habitude d’écouter fort, et que les amateurs de musique classique « qui écoutent Beethoven à fond » étaient parfois déçus par le volume réel d’une voix d’opéra non amplifiée, d’un groupe vocal, d’un quatuor à cordes…

Quant à Sophie Joissains, vice-présidente de la Région tout fraîchement nommée Déléguée à la Culture et au Patrimoine, elle rappela qu’elle tenait à soutenir ce dispositif : la nouvelle élue veut « pérenniser une politique qui a fait ses preuves » et qui « responsabilise sans donner de leçons ». Car toute la difficulté, quand on s’adresse aux Lycéens, est « d’avoir le ton juste » : il s’agit de faire renoncer les jeunes à un plaisir privé, souvent rebelle. Les 29 concerts/conférences qui leur sont offerts dans de véritables salles de spectacle par des musiciens qu’ils apprécient, sont sans doute le plus efficace moyen de leur faire entendre, à un âge souvent hédoniste où le plaisir immédiat passe avant tout, que leurs oreilles doivent durer.

AGNÈS FRESCHEL
Janvier 2016

Trop puissant se déroule jusqu’au 3 mars

Appli Dose le son téléchargeable sur www.laregie-paca.com

Photo : c-X-D.R