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La déviation, lieu autogéré de création et de recherche artistique à Marseille

À Marseille, la Déviation sur la bonne voie

La déviation, lieu autogéré de création et de recherche artistique à Marseille - Zibeline

Si l’acquisition du lieu devrait se concrétiser, la levée de fonds reste nécessaire.

Imaginer un lieu associatif de création et de recherche artistique, autogéré par un collectif d’artistes bénévoles, pouvait déjà relever de l’utopie. Mais à Marseille, où l’évidence est souvent contredite, ce lieu existe depuis bientôt quatre ans. « À notre arrivée, il n’y avait ni eau chaude, ni électricité », raconte Malte Schwind, metteur en scène allemand et cofondateur de la Déviation. Il en fallait des convictions et de la folie pour transformer cette ancienne usine des hauteurs de l’Estaque en espace de résidence permanente ouvert au public. Plutôt que de s’orienter vers un squat à la pérennité incertaine, les initiateurs du projet décident d’additionner leurs loyers respectifs (3000 euros) pour ouvrir un lieu à réhabiliter. Aujourd’hui, ce sont les cotisations des résidents, des membres actifs, des adhérents et les recettes de la guinguette qui assurent le financement du lieu qui dispose de trois pôles consacrés aux arts vivants, visuels et à la musique. Mais depuis quelque temps, c’est une ambition nouvelle qui motive le collectif : acheter la Déviation. « Au début, quand le propriétaire nous a annoncé son désir de vendre, nous n’étions pas dans cette logique », reconnait Malte Schwind.

Pour une propriété d’usage

Mais l’idée a fini par faire son chemin et l’expérience du Mietshsäuser Syndikat depuis les années 80 outre-rhin a dessiné un mode de pensée et d’action alternatif. Ce système, qui repose sur la solidarité des usagers pour lever des fonds, vise à « remettre en question la propriété privée au profit d’une propriété d’usage pour tous » tout en freinant « la spéculation immobilière » et « la gentrification ». En France, le principe, très peu développé, est porté par une fédération nationale sous l’acronyme Clip. Il existe trois structures dont l’exemple marseillais, les deux autres étant dans le Perche. Parmi les avantages du dispositif, une assurance collective sous forme de transfert solidaire de fonds d’une structure à une autre en cas de difficultés. Pour acquérir la Déviation, un peu plus de 440 000 euros sont nécessaires, frais de notaire compris. Il n’en manque que quelques milliers aujourd’hui. Quel est le secret ? Après une volte-face des banques, les artistes ont opté pour le microcrédit à très faible taux d’intérêt, auprès de particuliers, grâce auquel ils ont d’ores et déjà collecté 80 000 euros qui s’ajoutent aux 50 000 issus des campagnes de financement participatif et des soirées de soutien. Tout récemment, une bonne âme s’est engagée à prêter 150 000 sur cinq ans. Au final, « il reste 125 000 euros à trouver, non pas pour acheter mais pour étaler le plus possible les crédits. Cela revient à 25 000 euros par an pendant cinq ans, soit 1 000 euros par membre actif annuellement. Cela paraît jouable ». L’optimisme et la détermination déplacent des montagnes.

LUDOVIC TOMAS
Février 2019

Pour aider à la réalisation du projet : ladeviation.org

Photo : c X-D.R.