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Entretien avec Stéphane Krasniewski, directeur du festival Les Suds, à Arles, frappé par les baisses de subventions du CD13

80% des subventions supprimés

Entretien avec Stéphane Krasniewski, directeur du festival Les Suds, à Arles, frappé par les baisses de subventions du CD13 - Zibeline

Le festival Les Suds, à Arles a pris de plein fouet la nouvelle orientation politique du Département. Entretien avec son directeur, Stéphane Krasniewski.

Zibeline : Quelle a été l’évolution du montant des subventions du Département entre la dernière année de la précédente mandature et aujourd’hui  ?

Stéphane Krasniewski : Le Département a été un partenaire historique des Suds, à Arles, nous accompagnant sur le festival bien sûr, ce qui nous a permis de l’amener au niveau de reconnaissance qu’il a aujourd’hui, mais également sur toutes les actions que l’on mène à l’année, en direction des publics les plus divers : collégiens, personnes en insertion, seniors… Cela était possible du fait de la nature des compétences de cette institution et de l’excellence de ses services qui ont développé des appels à projets adaptés à la réalité de ce territoire. En 2015, nous étions soutenu par les services culture, éducation, insertion, jeunesse, politique de la ville. En 2018, la culture avait quasiment disparu, puisque la subvention principale de 88 000 € (pour un budget de 1,2M €) n’a pas été votée. Entre 2015 et 2018, le soutien du Conseil départemental, tous projets confondus, a baissé de 80%.

Cette décision a-t-elle été argumentée ?

Oui. Madame Bernasconi, élue à la Culture, a d’ailleurs justifié publiquement la décision de ne pas faire voter notre subvention en avançant que « sur les musiques du monde, on a déjà un gros festival, la Fiesta des Suds à Marseille, et les budgets sont contraints, il faut faire des choix. On n’a pas besoin en l’état de deux festivals de musiques du monde de cette ampleur financés par le département » (Marsactu, 31 mai 2018).

Les Suds avaient construit un beau partenariat avec les deux musées départementaux d’Arles, traversés aujourd’hui par un mouvement social inédit. Par qui et pourquoi a-t-il été supprimé ?

Arles a la chance d’avoir deux magnifiques musées départementaux qui exposent son riche patrimoine, le Musée départemental Arles Antique et le Museon Arlaten. Ces deux acteurs majeurs de la vie culturelle arlésienne ont été respectivement pendant 21 et 19 ans les partenaires du festival, illustrant l’esprit de partenariat qui règne à Arles. Nous avons inventé ensemble de multiples projets, avec des créations inédites, des rencontres mémorables et des artistes de renommée internationale, dont le dernier n’est autre que Jordi Savall, venu présenté son projet Orpheus XXI. Ces événements étaient tous gratuits et la seule charge supportée par les musées était souvent le manque à gagner de leur billetterie, puisque nos spectateurs pouvaient entrer librement à ces concerts. En décembre 2017, les équipes des musées se sont vu refuser le droit de collaborer avec nous. Nous n’en savons pas plus, mais nous continuons évidemment de le regretter, tant ces croisements étaient fertiles et riches de sens !

Quelles sont les conséquences de tous ces changements sur le fonctionnement et la programmation du festival ?

Nous avons appris la première baisse de 50% en 2017, une semaine avant le festival, alors que nous avions reçu publiquement l’assurance d’une reconduction. La seconde, qui a concerné en 2018 la totalité de la subvention culture, nous a été annoncée en avril soit trois mois environ avant le festival. Dans le premier cas, nous n’avons rien pu faire pour amortir cette perte. Dans le second, nous avons pu limiter les dégâts en supprimant une scène. Mais nous avons très peu de marges de manœuvre, ayant toujours tout investi dans nos projets. Aujourd’hui, l’image du festival à l’international et localement est toujours aussi forte, mais nous devons réinventer un modèle économique qui repose désormais plus sur la billetterie et les partenariats privés. Cela n’a pour l’instant pas de conséquence directe sur la programmation, même si l’injonction d’accueillir des têtes d’affiches est plus forte.

Le CD 13 vous a-t-il suggéré de participer gracieusement à des opérations dont il est à l’initiative ?

On nous a conseillé d’investir les Dimanches de la Canebière, ce que nous aurions fait avec plaisir si nous en avions eu le temps et les moyens. Et avant que le partenariat avec les Musées ne finisse, nous avons fait évoluer celui-ci avec une opération hors les murs, en programmant, avec le Museon Arlaten, une création de Yom et du quatuor IXI à Trets, capitale provençale de la culture. Mais on ne peut pas faire de lien entre la fin du soutien financier et ces « conseils ».

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS
Juillet 2019

Photo : Stéphane Krasniewski -c- Stephane Barbier

Lire ici notre article sur le système d’asservissement du Conseil départemental 13, ainsi que notre focus sur le mouvement social des agents départementaux de la culture dans les Bouches-du-Rhône