Pas de préoccupations culturelles pour les collectivités locales en Provence

2018. Où est la culture ?

Pas de préoccupations culturelles pour les collectivités locales en Provence - Zibeline

La période de janvier est celle des vœux à la presse. À Marseille, ceux du département des Bouches-du-Rhône, de la Ville, de la Région Sud ont été particulièrement loin des préoccupations culturelles…

Le constat est amer : personne ne s’en soucie. Renaud Muselier, Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal sont en guerre de succession pour la mairie et la métropole, le député Jean-Luc Mélenchon parle de culture mais jamais d’art, et seuls les communistes lors des vœux de la fédération 13 ont énoncé leur volonté de refonder une politique culturelle qui permette l’accès à l’art et protège la création. Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille et président de la Métropole, a à peine cité « nos musées » alors que Marseille Provence 2018 débute, et simplement pour remercier Madame Vassal de les financer. Elle-même n’a parlé que des entreprises, et du resserrement du Département qu’elle préside sur ses missions obligatoires. Quant à Renaud Muselier, président de la Région, son discours différait notablement de celui de Christian Estrosi, sensible jusqu’alors à la vitalité culturelle : il n’en fut question à aucun moment, même lorsqu’il s’agissait d’attractivité du territoire ou de tourisme.

La culture, grande absente des allocutions, fut aussi absente du questionnement des journalistes, centrés sur la politique politicienne. La mort programmée et progressive d’un secteur d’activité essentiel, et de ce qui fonde notre société, c’est-à-dire notre capacité collective à produire de la pensée et de l’art, n’est pas à l’ordre du jour, alors même que les subventions culturelles sont en baisse en un mouvement général qui est aujourd’hui accepté comme une fatalité.

La mort de la vie associative

À la Région on put prendre la mesure du changement politique : lorsque Michel Gairaud, directeur du Ravi, journal satirique associatif, expliqua que son média était en danger de disparaître en raison de la fin du soutien par la Région de leurs actions d’éducation à la presse, Renaud Muselier lui répondit que les collectivités n’avaient vocation ni à aider la presse, jalouse de sa liberté politique, ni « les actions périphériques » éducatives. Il fit la même réponse à la fédération des radios associatives -40 radios libres de la région- qui faisait état de la fin brutale des aides en investissement et en fonctionnement de la Région. C’est-à-dire à leur mort programmée.

Le désengagement conjoint des Villes, des collectivités locales (baisse des subventions), de l’État (fin des emplois aidés, baisse des dotations aux collectivités qui les répercutent sur leurs subventions), ainsi que le fléchage des financements vers les équipements et les compagnies nationales, est en train de mettre à bas la vie culturelle associative, et plus généralement sportive, éditoriale, sociale, de solidarité, éducative, de santé. Autant de secteurs où l’économie sociale et solidaire crée de la richesse humaine et de l’emploi, et surtout remplit des missions qui pallient les carences publiques dans ces domaines, pour des coûts bien moindres que s’ils devaient être pris en charge totalement par les collectivités dont ils dépendent.

Restreindre les dépenses sur ces secteurs relève parfois d’un choix idéologique, mais dans tous les cas c’est un contresens économique : même la Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille l’a compris, qui investit dans Marseille Provence 2018, alors qu’aucun des élus n’en a parlé. Notre société a besoin de passionnés, de bénévoles, de tous ces salariés peu avides qui s’investissent, sans compter leurs heures, pour maintenir une cohésion sociale fondée sur d’autres valeurs que la compétition économique.

Nous avons besoin d’une économie solidaire structurée et soutenue, d’un secteur associatif vivace, d’une presse libre et sans œillères, de pensée, et d’art. Ce n’est pas être idéaliste que de le constater, à moins de désirer une société sans âme régulée par un marché aveugle, idéologie que même les libéraux les plus forcenés savent, aujourd’hui, caduque.

AGNÈS FRESCHEL
Février 2018

Lire ici notre article consacré à la Culture en Occitanie : un bémol à la clé.

Photos : Jean-Luc Mélenchon, Martine Vassal, Jean-Claude Gaudin, Renaud-Muselier / Creative Commons