Entretien avec Anne Renault, directrice artistique des Élancées, festival des arts du geste

20 ans, le bel âge

• 12 février 2018⇒25 février 2018 •
Entretien avec Anne Renault, directrice artistique des Élancées, festival des arts du geste - Zibeline

Le festival des arts du geste Les Élancées déploie sa programmation à Istres, Fos, Miramas, Grans, Port-St-Louis et Cornillon-Confoux pour une 20e édition enthousiasmante. Entretien avec Anne Renault, directrice artistique du festival et des théâtres de Scènes&Cinés.

Zibeline : Quel regard portez-vous sur les 20 dernières éditions ?

Anne Renault : Le cirque a énormément évolué depuis une trentaine d’années, s’est professionnalisé avec les écoles qui se sont développées, les promotions qui sont sorties avec un très grand niveau technique et qui fait de la France un des hauts lieux de la vie circassienne mondiale ; on a pu être dans le mouvement de l’ouverture de cet art à toutes disciplines possibles et inimaginables. Nous avons été au cœur de cette évolution, et nous continuons à l’être.

L’idée que j’avais dès le début, en février 1999, était de rassembler la danse et le cirque, les arts du geste, les arts non verbaux, pour pouvoir élargir le public de nos lieux, la danse étant plus difficile d’accès que le cirque dans l’imaginaire de beaucoup de monde. De fait on se rend compte qu’il y a des personnes, des familles, qui ne viennent que pour Les Elancées : parce que notre politique tarifaire est attractive, mais aussi parce que sur un temps assez court les spectacles proposés permettent d’appréhender différentes facettes de la création d’aujourd’hui. Dès le départ ce volet là a été inscrit dans le festival ; le 2e volet essentiel, qui reste toujours d’actualité, concerne toute l’action pédagogique qui accompagne le festival, notamment dans le secteur de la danse. Tous les spectacles de danse sont précédés d’ateliers en milieu scolaire pour permettre aux enfants d’avoir des clés d’entrée dans le spectacle, vivre une émotion personnelle, et être des vecteurs de communication avec les parents et les faire revenir au spectacle en séance tous public. Il y a des compagnies qui viennent assez régulièrement -en danse notamment celles de Christine Fricker, Josette Baïz, Michel Kelemenis- et on utilise les forces vives de leurs danseurs pour intervenir auprès des jeunes !

On s’est aussi rendu compte qu’on pouvait croiser d’autres disciplines avec le cirque et la danse, comme la musique, la rue (cette année il y a 3D de la Cie H.M.G, Sabordage ! de la Cie La Mondiale Générale et Plouf et Replouf de la Cie Super Super) et les arts numériques qui peuvent intéresser et drainer un public plus large encore (avec Hakanaï de Claire Bardainne et Adrien Mondot).

Comment prenez-vous en compte ces évolutions dans la programmation du festival ?

On ne programme pas impunément un festival et des lieux -j’ai aussi en charge la coordination de la programmation des différents lieux de Scènes&Cinés- sans être en prise direct avec son temps. En assistant à des spectacles, en allant voir ce qui se passe ailleurs, en étant dans des réseaux comme Territoires de cirque, Tribu ou Traverses, on est forcément dans le cours du spectacle vivant, dans les évolutions, dans les esthétiques qui changent, évoluent. On est aussi attentifs à l’actualité, on a envie de défendre des propos, le bien-vivre ensemble, le plaisir qu’on a d’être dans un pays où les artistes ont la liberté de s’exprimer, et nous la liberté de les accueillir. Tout cela constitue le festival. Et il y a toujours aussi ce plaisir à être ensemble, avec le public, et à partager ensemble une émotion. On a une chance folle !

Les compagnies régionales tiennent-elles toujours une place importante au sein du festival ?

Absolument. C’est plus évident pour les compagnies de danse parce qu’elles ont plus de mal à montrer leur travail, alors que le cirque a plus de facilité à s’externaliser, à s’exporter.

Cette année on a passé une commande à Christine Fricker qui beaucoup accompagné le festival au fil des années et qui va faire une dédicace, une Signature en quelque sorte. C’est un panorama artistique sur ces 20 éditions : elle a choisi un certain nombre de spectacles qui lui paraissaient emblématiques, et travaille depuis avec des enseignants de Pulsion, de la Maison de la danse, du Conservatoire de danse et de musique, de la section danse du lycée et des écoles élémentaires. Le chorégraphe Christian Ubl (ancien danseur de la formation Coline) est présent aussi, avec H & G, son premier spectacle à destination des enfants à partir de 8-9 ans, Josette Baïz revient avec sa dernière création, Amor, et La Mondiale Générale avec Sabordage !.

Propos recueillis par DOMINIQUE MARÇON
Février 2018

Les Elancées
12 au 25 février
Divers lieux, Istres, Fos, Miramas, Grans, Port-St-Louis et Cornillon-Confoux
scenesetcines.fr

Photo : Hakanai, AMCB c Romain Etienne