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Hommage à l'artiste Jean-Jacques Ceccarelli, fédérateur d’énergies

1948 – 2017, Adieu Jean-Jacques Ceccarelli !

• 5 mai 2017 •
Hommage à l'artiste Jean-Jacques Ceccarelli, fédérateur d’énergies - Zibeline

« Cecca » est parti vendredi 28 avril. Marseille n’a pas encore reconnu l’oeuvre d’un prodigieux autodidacte.

Il a lutté pendant plus de deux ans. Il continuait de venir dans son atelier de la rue Estelle, dessinait difficilement ; les chimiothérapies ne lui ont pas permis de poursuivre son chemin. Jean-Jacques Ceccarelli était un être incroyablement inventif, un personnage perpétuellement curieux et généreux, un relais infiniment précieux pour ce qu’il y avait de plus vif dans les arts plastiques et la littérature à Marseille. Son oeuvre était décalée, difficilement situable en face des courants dominants de son temps. Le Frac Paca et les musées de la région ont acquis quelques-unes de ses oeuvres. On le disait post-surréaliste, proche des situationnistes et de Guy Debord. Ce fut son destin, Jean-Jacques Ceccarelli est un inclassable.

Ses premières expositions datent de la fin des années 1960, Axel Toursky salua son travail. C’était la fin des Beaux-Arts de la Place Carli, Jean-Jacques Ceccarelli n’appartient pas à la première génération de Luminy. Il n’a jamais suivi d’autres cours que ceux qui lui donnèrent un CAP de chaudronnier. Les courants libertaires qui forgèrent Mai 1968, Georges Bataille et Jean Genet donnèrent du corps à sa jeunesse de complet autodidacte. Les peintres Yvan Daumas et Gérard Traquandi, l’éditeur André Dimanche qui publia à son propos une monographie de Frédéric Valabrègue, des écrivains comme Liliane Giraudon, Jean-Jacques Viton, Christian Guez-Ricord, Jean-Pierre Ostende et Christian Tarting furent quelques-uns de ses meilleurs points d’appui. A Marseille, le CIPM et plusieurs galeries privées, André Nègre, Jean-Pierre Alis et Bernard Plasse s’acharnèrent pour que son travail soit reconnu. Une rétrospective aurait pu être programmée de son vivant, on veut croire qu’un musée comme Cantini saura lui rendre un indispensable hommage.

De grands critiques, Georges Raillard et Bernard Noël commentèrent ses expositions. Entre 1990 et 2016, rue de Seine à Paris, la galerie Jeanne Bûcher  et la FIAC exposèrent six séquences de son travail. Son oeuvre est incroyablement allègre : raffinée, volubile et mobile. Il faut relire les pages de Frédéric Valabrègue, accompagner la révolte, les deuils et les entremêlements d’une aventure fabuleusement rebondissante. L’encre de Chine, les pastels, le brou de noix, la gouache, le pochoir, le calque et les collages, toutes sortes d’expérimentations furent les vecteurs d’une oeuvre prioritairement axée sur le dessin. Charlus aux Tuileries, Soriano le tatoueur, L’Etoile de Moustiers, La Danse des chiens, des hydres, des poulpes, des danseurs et des acrobates, une foule d’indices, de titres et d’énigmes auront relancé les engendrements d’un travail qui refusait de s’enfermer « dans une volonté de représentation ». Ce personnage plein d’humour et de colère, cet artiste infiniment attachant traversait les frontières et les appartenances. «Cecca » était un fédérateur d’énergies, un catalyseur que l’underground et la culture pas vraiment officielle de Marseille regrettent infiniment. Vendredi 5 mai, les amis de Jean-Jacques Ceccarelli seront nombreux à 14 h au funérarium du cimetière Saint-Pierre. `

ALAIN PAIRE
Mai 2017