Tout savoir sur les 50 ans du Festival Off d’Avignon, du 7 au 30 juillet

Un demi-siècle totalement Off !

• 7 juillet 2016⇒30 juillet 2016 •
Tout savoir sur les 50 ans du Festival Off d’Avignon, du 7 au 30 juillet - Zibeline

1416 spectacles recouvriront Avignon du 7 au 30 juillet pour le 50e Off… qui se réforme en douceur, en aidant la professionnalisation et en limitant l’affichage, vers un éco-festival responsable et exemplaire. Un festival plus bio ?

Repris en main par Raymond Yana, président de l’association coordinatrice Avignon Festival & Compagnies depuis janvier (avec un mandat de 3 ans reconductible une fois), le festival Off évolue doucement mais sûrement. Il fêtera son 50e anniversaire le 7 juillet à 11h avec une plaque apposée sur le Théâtre des Carmes, où André Benedetto joua Statues en 66, et fonda, sans le vouloir, le Off. « Je ne l’oublierai pas, ni Alain Léonard et Greg Germain. Nous prenons le relais, les choses évoluent, mais pour parler d’avenir, nous devons nous rappeler tout ce qui a été fait avant. » Les intentions de la nouvelle gouvernance d’AF&C, collégiale avec commissions thématiques et comité de réflexion, sont posées pour réformer les 3 années à venir : garder l’indépendance financière du Off et éviter sa privatisation, mettre en place une billetterie centralisée (et comptabiliser le nombre réel d’entrées, évaluées à 1,3 million), « accueillir tous ceux qui ne sont pas choisis par le directeur du In » en soutenant la professionnalisation et la création artistique avec la mise en place d’un fonds de soutien aux compagnies en difficulté, et d’un club de mécènes. « Si on n’est pas dans le Off, [plus de 3 000 programmateurs s’y rendent chaque année] on n’existe pas » résume Raymond Yana, par ailleurs metteur en scène et directeur artistique de l’Espace Alya.

« La qualité avant la quantité »

Exit le Magic Mirror au Village du Off, qui devient une maison commune « vivante » avec un espace Agora sous tente ouverte, des apéros politiques, des rencontres, des soirées live, des créneaux pour les compagnies qui souhaitent échanger « pour parler qualité et pas seulement quantité ». Dès cet été, un logo distinguera les pratiques amateures des compagnies pros dans le catalogue (sortie 1er juillet), tout comme les créations jouées pour la 1re fois à Avignon (soit 1042). Et pour finir de « renforcer la démarche vers un éco-festival », l’affichage (« un gouffre » selon R. Yana) sera limité en taille (70×70 cm), en hauteur (3m maxi), et quatre espaces seront « neutralisés » et dédiés à des street-artistes (places Pasteur et Pie, rue des Écoles). La Ville pourrait sanctionner ceux qui ne s’autoréguleraient pas…

Choisir parmi 129 lieux

Toute la difficulté du Off, mais aussi l’un de ses plaisirs, est là ! On piochera, sans hésiter, chez les Scènes permanentes qui souvent composent une programmation réfléchie, pas uniquement pour louer des créneaux rentables.

Aux Halles, Alain Timar jouera sa création coréenne à partir d’Adamov, Tous contre tous, reprendra Les Bêtes, et axera son programme sur l’humanisme : Bovary par Cendre Chassanne, Une trop bruyante solitude par Laurent Fréchuret, Le Mois de Marie repris par Frédéric Garbe, François d’Assise avec Robert Bouvier, Laurent Mauvignier joué par Olivier Coyette, un cadavre exquis sur les Mensonges ou la crise analysée dans TINA

Le Chêne Noir (qui ouvre ses représentations à 8 € les 3 premiers jours dans la limite des places disponibles), verra une pléiade d’acteurs s’emparer de son plateau-chapelle, dont Damien Rémy dans Histoire vécue d’Artaud-Mômo mis en scène par Gérard Gelas, et Les Frères Taloches, les épis noirs, le Collectif 8, Alain Choquette, Clémentine Célarié, Eric-Emmanuel Schmitt, Claire Borotra

En face, chez Golovine, la danse rayonnera de tous ses éclats avec une sensible expo photo de Thomas Bohl et 10 propositions métissées et gourmandes, parmi lesquelles les Silences obligés de Nabil Hemaizia, les Mauvais rêves de bonheur de Julien Gros, et encore Julie Dossavi, Emmanuel Grivet, Bintou Dembélé, Max Diakok

Au Balcon, Serge Barbuscia créé Pompiers, un huis clos terrible tenu par un beau duo, Camille Carraz et William Mesguich, on y verra aussi Francis Lalanne et la Cie Interface, la Scène nationale de Martinique, la Cie Miranda, Kokdu dans le cadre de l’année France/Corée, Xavier Lemaire, et deux pièces dansées par Octavio de la Roza.

Au Chien qui Fume, Gérard Vantaggioli reprend Les Ailes du désir, avec notamment Nicolas Gény en ange bienveillant ; y seront aussi accueillis Emma la clown, Marc Jolivet, Jacques Boudet et Thomas Joussier… Aux Carmes, les singuliers Invisibles provisoires d’Ana Abril, Alceste(s) par la Cie Vol Plané, L’homme aux petites pierres par le Bleu d’Armand

À la Manutention, les propositions s’enchaineront aux Hauts Plateaux, à l’Utopia (voir p. 62), et au Théâtre des Doms, pour une belgitude bienvenue. 14 spectacles singuliers (dont 3 jeune public, 2 dansés, 4 récits-performances dans un atelier d’artiste), et à nouveau de probables coups de cœur : le fiévreux Going Home ou le duo performatif Happy Hour, le documentaire Décris-ravage, la relecture des Trois sœurs de Tchekhov par le Colonel Astral, ou Spoutnik par le collectif Travaux Publics. En face, l’Ajmi qui organise ses Têtes de Jazz, accueillera Jazz for kids, et sur l’île Pîot, les chapiteaux de Languedoc-Roussilon Midi-Pyrénées fait son cirque, dans une programmation toujours d’excellente facture, recevront Loïc Faure dans Hom(m) (et Hêtre, voir p. 53).

La Cie Gilgamesh, brutalement débarquée du GiraSole pour vente de fonds de commerce, a créé son Théâtre éponyme. Et c’est tant mieux, tant la programmation autour de la figure de l’homme/monstre y est foisonnante et bien réfléchie avec, entre autres (grands) artistes, Gilles Ostrowsky et Jean-Michel Rabeux, Philippe Delaigue, Abdelwaheb Sefsaf, Christelle Derré, Agnès Bourgeois, Emilie Charriot

On restera attentifs aux programmations de La Manufacture, la Maison Jean Vilar, du Théâtre de l’Oulle, l’Entrepôt, la Fabrik Théâtre, Artéphile, la Rotonde, l’École du spectateur, le Centre européen de poésie, le Nouveau Ring… et de la populaire rue des Teinturiers aux impasses labyrinthiques adjacentes, on se laissera convaincre d’un regard et d’une oreille tendue de pousser la porte des cours, des théâtres, pour découvrir tant d’autres petits bijoux à partager (notamment la dernière semaine du festival, souvent délaissée à tort une fois que le In s’arrête…).

DELPHINE MICHELANGELI
Juin 2016

Festival Off d’Avignon
7 au 30 juillet
www.avignonleoff.com

In et Off prennent la pose :

En s’affichant côte à côte lors de la conférence du Off le 1er juin dernier, Olivier Py, directeur du In, et Raymond Yana, président du Off, ont symboliquement mis fin au clivage entre In et Off, et posé les bases d’un dialogue (re)noué pour « intensifier des passerelles et créer un avenir de liens et de transversalité ». « Nous allons pouvoir enfin parler d’UN festival à Avignon avec deux structures qui ont chacune leur vocation et leur économie » (ndlr : le Off est autofinancé et ne fait aucune sélection, les compagnies payent -sauf exceptions- pour jouer ; le In est subventionné, produit et choisit une quarantaine de créations invitées). Deux festivals complémentaires et « un seul public à qui nous devons rendre des comptes. » Au public de sortir des cadres…

De.M.

Photos : Festival Off, Avignon 2015 et Olivier Py et Raymond Yana, 1 juin 2016 © Delphine Michelangeli

Olivier-Py-et-Raymond-Yana,-1-juin-2016-©-Delphine-Michelangeli