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La Fête des Simples, pour un statut officiel de l'herboristerie

Libres et sauvages

• 30 septembre 2017⇒1 octobre 2017 •
La Fête des Simples, pour un statut officiel de l'herboristerie - Zibeline

« Plantes libres : quel espace de liberté pour produire, vendre et utiliser les plantes aromatiques et médicinales ? », tel était le thème de la Fête des Simples qui s’est tenue à Rosans le dernier week-end de septembre. Première constatation : malgré la pluie abondante qui a quelque peu gâché la manifestation le samedi en fin de journée, il y avait un monde fou. Des passionnés se pressaient aux conférences, les balades botaniques étaient prises d’assaut, et il fallait se lever tôt pour s’inscrire aux ateliers. On a entendu des échanges fournis entre participants (dénotant un niveau de « phyto-culture » très élevé), apprécié en pouffant avec ses voisins l’humour des affichettes (« Ces légumes tuent les racistes, et n’aiment pas Carrefour » ; « Wanted ! La pâquerette, plante du monopole pharmaceutique »), respiré à plein nez les effluves du lavandin distillé sur place, observé le chaland faire ses emplettes sur le marché des « aromatiques, condimentaires et médicinales », ou échanger sa production à la Bourse aux graines. Repérant une jeune fille de 14 ans qui prenait abondance de notes avec son stylo à paillettes, on lui a demandé si elle se destine à être herboriste ou phytothérapeute. « Pas vraiment. Je viens parce que j’aime ça. »P1020996

Manifestement elle n’est pas la seule. Comme le soulignait en introduction le porte-parole du Syndicat des Simples Thierry Thévenin, « le nombre de gens venus ici au fin fond des Alpes témoigne de ce retour aux plantes ». En France, pays où le médicament est roi, le statut d’herboriste a disparu depuis 1941. On peut se soigner à l’aide de remèdes végétaux populaires, utiliser des herbes en cosmétique, mais la réglementation qui entoure les produits phyto est clairement inadaptée, faite qu’elle est pour les grandes entreprises de la santé ou du bien-être. Pour ceux de plus en plus nombreux à se méfier d’une sphère du « soin » qui ne laisse pas la place à la prévention, propose une molécule par symptôme sans prendre en compte l’état global de la personne, et accumule les scandales sanitaires, il n’est pas facile de s’y retrouver. Producteurs et usagers demandent un cadre législatif sécurisant l’emploi des plantes médicinales, via notamment un diplôme officiel, et la reconnaissance d’une filière professionnelle.

Si l’on en croit les témoignages entendus lors des conférences à la Fête des Simples, les choses commencent à évoluer. L’époque est passée où l’Ordre des Pharmaciens accumulait les procès (« ils les perdaient »), remplacés par des procédures administratives contraignantes. À Thomas Échantillac, paysan-herboriste, on a ainsi reproché d’avoir écrit sur ses étiquettes « à utiliser avant » et non « à consommer avant »… L’usage technocratique de la terminologie est toujours révélateur !

Pour Thierry Thévenin, « les services de répression des fraudes ne sont pas tous des humanistes, mais la plupart ne sont pas des gros méchants qui veulent pourrir la vie des petits producteurs ». L’heure est plutôt au dialogue, « ils ont l’air d’avoir réalisé que leurs procédures ne sont pas adaptées et que nous avons du mal à nous mettre en conformité ». C’est sûr que pour une administration dont les critères se basent sur un conditionnement chiffré en tonnes, une récolte de 300 grammes de thym des collines peut dérouter. Il faudrait inviter les représentants de la DGCCRF à une balade en compagnie de Magali Amir, ethnobotaniste. Ils y apprendraient tant de choses sur les vertus de la rose trémière, émolliente et comestible, du cynorhodon, riche en vitamine C, de la nigelle dont la graine réveille le système immunitaire, et de la pariétaire qui dissout les calculs, que peut-être, ils réviseraient leurs grilles.

GAËLLE CLOAREC
octobre 2017

La Fête des Simples a eu lieu les 30 septembre et 1er octobre à Rosans (05) dans le cadre du Mois des Parcs naturels régionaux de Provence Alpes Côte d’Azur. Il s’agissait du « temps fort » du PNR des Baronnies provençales, à cheval sur la Drôme et les Hautes Alpes.
regionpaca.fr/le-mois-des-parcs-naturels-regionaux

À lire :
Plaidoyer pour l’herboristerie
Thierry Thévenin
Actes Sud, 22 €

Photos : -c- Vera Schutz et Gaëlle Cloarec

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