Le Patrimoine : culturel, historique, et aussi naturel

Jeunesse et patrimoines

• 16 septembre 2017⇒17 septembre 2017 •
Le Patrimoine : culturel, historique, et aussi naturel - Zibeline

La sélection de Zibeline en Paca, Gard et Hérault, pour la 34e édition des Journées Européennes du Patrimoine, placée sous le double signe de la nature et de la jeunesse.

50 États participent aux Journées Européennes du Patrimoine (JEP), dont le thème générique 2017 s’intitule Héritage et nature : un paysage de possibilités. Une volonté louable de reconnecter l’humain aux espaces naturels, en donnant accès aux sites remarquables, jardins historiques, parcs nationaux, et en soulignant l’importance de maintenir des biotopes encore sauvages.

Chez nous, l’angle retenu se porte plus particulièrement vers l’avenir, dans un élan résolument optimiste. « Parce que la sensibilisation des jeunes générations à la connaissance et la préservation du patrimoine est un objectif prioritaire du ministère de la Culture, les Journées européennes du patrimoine sont placées cette année, pour leur trente-quatrième édition, sous le thème de la jeunesse. » Ainsi commence l’édito consacré par la nouvelle ministre, Françoise Nyssen, à cette manifestation initiée en France par son prédécesseur, Jack Lang, puis étendue à l’Europe afin de valoriser un héritage historique commun. Si le fil rouge de l’an passé, la citoyenneté, était destiné à rassembler le peuple français éprouvé par les attentats autour des valeurs républicaines, l’accent est mis aujourd’hui sur la transmission.

Une transmission qui fonctionne bien, selon toute apparence : le succès des Journées ne se dément pas, année après année, les partenaires se multiplient, le public est là (ces dernières éditions, en moyenne, 30 millions de visiteurs pour 50 000 monuments et sites visités dans l’ensemble des pays participants, 17 000 lieux et 12 000 visiteurs sur le territoire français en 2016).

Nouveauté en lien avec la thématique paneuropéenne, le ministère de la Transition Écologique et Solidaire s’associe au ministère de la Culture. Rappelant que « le patrimoine est aussi naturel », et que, tout statut d’aires protégées confondues, il est « préservé sur près de 21% des terres et 22% des eaux françaises ». En s’appuyant sur la Convention Européenne de Florence, le ministère entend « sensibiliser la jeunesse au fait que le paysage n’est pas réductible à son aspect visuel, mais qu’il est travaillé par de nombreux facteurs humains et naturels qui interagissent de façon évolutive à travers le temps ».

La synergie est efficace, la dynamique renforcée : qu’il s’agisse de patrimoine historique, culturel, naturel ou immatériel, les JEP 2017 seront empreintes d’une forte dimension pédagogique, avec nombre d’ateliers et de démonstrations, et pas seulement des dispositifs de portes ouvertes.

En Paca

Dans les Alpes-Maritimes, on s’intéressera par exemple avec le Jardin botanique de la Villa Thuret, à Antibes, aux espèces végétales susceptibles de résister au réchauffement climatique, par leurs facultés d’adaptation. Ou encore aux ravageurs qui prolifèrent en Méditerranée : pyrale du buis, processionnaire du pin et papillon palmivore. À Sorgues (Vaucluse), on partira à la découvert de la faune des bords du Rhône, avec les naturalistes de la Ligue pour la Protection des Oiseaux. Le Musée de la Camargue, fidèle à ses missions à l’interface de l’art, de la nature et des questions de société, invite de son côté à une interprétation des paysages si particuliers du delta du Rhône, au fil de l’eau et du temps (Pont de Rousty, Arles).

À Marseille, c’est le passé solidaire et engagé du quartier Saint Louis qui sera mis en lumière par la coopérative Hôtel du Nord ; ses balades patrimoniales sont toujours surprenantes, et susceptibles d’éveiller un enthousiasme rafraîchissant pour les cités populaires… Les JEP y seront aussi l’occasion de découvrir un lieu magique en bord de mer : le Marégraphe, construit en 1884 pour déterminer l’altitude 0 de la France. Aujourd’hui encore, sans avoir perdu son ambiance à la Jules Verne mais équipé d’instruments modernes, il permet de mesurer le niveau des eaux. Dommage pour les personnes à mobilité réduite, le caractère inadapté des locaux ne permet pas de les accueillir.

Dans le Gard

« De 8 à 78 ans », muni de bonnes chaussures, on pourra participer à l’escapade promise par la Maison de la Garrigue à Marguerittes, pour mieux connaître cet environnement si riche et si fragile (le département 30 n’a pas connu de précipitations significatives depuis plus de 3 mois). Sur le site du Pont du Gard, outre la visite de la canalisation et celle de la carrière de l’Estel où les bâtisseurs romains se procuraient leurs matériaux, on ira à la rencontre des tailleurs de pierre, vieux métier en pleine renaissance, avec des démonstrations de maîtres et apprentis Compagnons.

Les allées du Jardin médiéval d’Uzès accueilleront petits et grands, avec leurs quelques 500 variétés de plantes aux propriétés médicinales, aromatiques, tinctoriales, voire… magiques. On pourra aussi y voir les peintures de Robert Bush et les sculptures en bois de châtaignier de Stéphane Bernard (l’arbre emblématique des Cévennes, menacé comme beaucoup d’espèces par la mutation du climat).

À Rochefort-du-Gard, l’historienne et écrivain Danièle Pécoup vous guidera dans les sentiers de la forêt, sur les traces des bouscatiers, charbonniers et bergers d’antan. Tandis qu’à Meynes, Théziers et Castillon-du-Gard, on ira à la découverte des nombreux fours de potier, des anciens lieux de production tuilière et des carrières d’argile qui faisaient la réputation de cette région de l’Antiquité au XXe siècle.

Et l’Hérault

On vous en a souvent parlé dans nos colonnes, la question des déchets est cruciale ; et pour en saisir les enjeux, rien ne vaut une visite des lieux de retraitement. C’est ce que propose le Syndicat Centre Hérault lors de Festi’ Compost : toute la journée du 17 septembre, sur sa plateforme de compostage, à Aspiran, enfants et adultes pourront participer à de nombreux ateliers, des conférences, des animations, et à la création d’un jardin sec. Afin de tout savoir sur la permaculture ou la taille des fruitiers, pratiques d’avenir s’il en est…

Autre technique aussi utile qu’ancestrale, la construction de murs en pierre sèche, qui favorise la biodiversité. À Mureviel-les-Montpellier, des ateliers participatifs menés par l’association ACTOM vous donneront l’occasion d’en apprendre le tour de main.

Si vous êtes plus contemplatif, sur les berges de l’Hérault, dans le Domaine départemental du Fesquet, on passera du temps à guetter les loutres dans leur habitat naturel, sans les déranger évidemment. Les amoureux du papier trouveront à la belle adresse de l’Écomusée de Puisserguier (rue de la Gaie Sortie, cela ne s’invente pas !) une exposition temporaire intitulée La Calamophilie, la calligraphie, les buvards. Portant sur les supports et outils d’écriture de l’Antiquité à nos jours, elle est issue de l’exceptionnelle collection du Musée du Scribe de Saint Christol les Alès.

Enfin, puisque de réchauffement (climatique) il a été beaucoup question, le Musée Fabre à Montpellier propose une conférence drôlatique de l’artiste contemporain Simon Nicaise, avec démonstration de sculpture sur sorbet… forcément éphémère : la fonte est inéluctable !

Enthousiasme citoyen

Une remarque en guise de conclusion… En 2014, le père des Journées, Jack Lang, accordait une interview à Zibeline (n°77). Il se réjouissait du plébiscite dont elles bénéficient, précisant que « le patrimoine est aujourd’hui sous la garde des citoyens eux-mêmes ». Il ne pensait peut-être pas si bien dire, si l’on en croit par exemple l’ardeur avec laquelle les habitants de Marseille défendent, contre les promoteurs immobiliers, la carrière antique découverte dans le quartier de la Corderie. Selon l’historien Jean-Noël Bévérini (cité par 20minutes.fr le 16 août 2017), « la partie la plus ancienne du site pourrait même dater du VIe siècle avant J.-C., ce qui en ferait le berceau de la ville. C’est de cette carrière qu’ont été extraites les premières pierres qui ont servi à construire Massalia ». Les années à venir diront si ce trésor archéologique, dûment préservé des appétits de Vinci, fera partie des prochaines JEP.

GAËLLE CLOAREC
Août 2017

Journées Européennes du Patrimoine
16 & 17 septembre
journeesdupatrimoine.culturecommunication.gouv.fr