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Circuits courts, capitalisme et migrations... Entretien avec le photographe Remi Petit

Humain XXI

Circuits courts, capitalisme et migrations... Entretien avec le photographe Remi Petit - Zibeline

Un circuit court, c’est un échange commercial direct entre le producteur et le consommateur. Ce qui évite aux produits de voyager sur des kilomètres, et prévient les dérives de la grande distribution. Un photographe s’est penché sur ces circuits courts : nous avons rencontré Remi Petit à Gap (Hautes Alpes), où il expose son travail dans la galerie du Théâtre La Passerelle, et en hors-les-murs, dans le Parc de la Pépinière.

GAËLLE CLOAREC
Juin 2018

Photos : -c- G.C. et -c- La Passerelle

Humain XXI
jusqu’au 30 juin au Théâtre La Passerelle, Gap
jusqu’au 31 juillet le long de la rivière Luye, Parc de la Pépinière, Gap


Remi Petit a envoyé à Zibeline deux textes en lien avec son exposition, que nous publions ci-dessous.

Tribunal de Gap, 31 mai 2018. Trois jeunes gens sont jugés pour avoir traversé la frontière franco-italienne avec des personnes venant demander l’asile en France. Bastien est l’un d’eux, il a 26 ans et étudie l’histoire économique en Suisse.

À la sortie du tribunal, il a prononcé ce discours : « Dans ce tribunal, on parle des peuples, on parle des histoires, on parle de philosophie, mais on ne parle pas du fond du problème qui est la migration et des gens qui en souffrent. On a entendu des plaidoiries, des arguments qui parlaient de la situation actuelle et passée sur des lois précises.

De mon côté, j’aimerais vous parler du futur, aussi étonnant que cela puisse paraître. Trois raisons principales.

Nous sommes jeunes, et c’est le futur qui nous intéresse. Parce que la migration, dont la criminalisation est la raison de cette histoire, est un phénomène qui existera et s’accentuera certainement dans le futur. Et aussi pour se poser la question : est-ce qu’en criminalisant la migration, on n’insulte pas l’avenir ?

Mais qu’est-ce qui nous fait mettre en avant cette dernière affirmation ? Ce sont les désastres climatiques annoncés, matraqués jour après jour. La montée des eaux de plus de deux mètres, la désertification des zones, la sécheresse, ouragans, tempêtes, déclin de la diversité, et j’en passe. Ce sont tous des phénomènes climatiques qui vont avoir une influence sur une autre donnée fondamentale de la vie : la baisse de la productivité agricole. Ensemble, ces phénomènes vont impacter les gens, en faire fuir, et amener des migrations. Je vais dire un seul chiffre : 80% des émissions des gaz à effets de serre depuis le milieu du XIXe siècle ont été créés par l’Occident.

Monsieur le procureur, est-ce cela votre vision du « vivre plus paisiblement ensemble », cette inégalité ? On ne parle pas ici d’idéologie, comme vous le mettez en avant, ou de philosophie sur la fraternité que les gens débattent dans le palais, mais d’une analyse critique de la société.

Où veux-je en venir avec ces propos ? Je cherche à mettre en avant avec cet exemple que ce sont les pays qui criminalisent l’exil qui en sont coupables.

Vous avez étudié le droit, j’étudie l’histoire économique, et je peux vous affirmer sans retenue que les problèmes climatiques et la migration qui en découle sont majoritairement le résultat du capitalisme.

Par cette prise de parole, je cherche à mettre en avant un problème de fond lié à la migration de demain, tout comme la migration d’aujourd’hui est le résultat du colonialisme, de l’esclavagisme, et de l’impérialisme.

On ne résout pas un problème en questionnant ses symptômes, mais bien les causes.

La criminalisation des personnes en exil et des personnes qui leurs sont solidaires occultent les raisons de cet exil. C’est la question de société qu’on essaye de soulever, et qu’on doit se poser pour l’avenir. Le tribunal, de par ses lois qui ont accompagné le désastre de la société d’aujourd’hui et d’hier, est incapable de répondre à ces questions, qui devraient pourtant être fondamentales.

Les lois se bordent à des pacotilles, et le reste est à nous, à la lutte. »

Bastien


J’aime photographier ce en quoi je crois, des choses auxquelles je peux me raccrocher, des solutions plutôt que des problèmes.

Ce qui m’a amené à réaliser les portraits exposés ici, c’est une incompréhension quant à notre façon de consommer.

Nous nous battons pour conserver nos acquis sociaux, nous nous battons contre les délocalisations des productions, mais nous continuons à consommer, en masse, des produits fabriqués par des personnes qui n’ont pas même le plus basique de nos acquis sociaux, comme l’interdiction du travail des enfants et l’école obligatoire. Une production devenue anonyme et inhumaine, sans parler de son impact sur l’environnement.

Ce que nous disent toutes ces personnes dont on criminalise l’exil ces dernières années, c’est que notre façon de consommer rend leur monde, et donc notre monde invivable.

Si je photographie des personnes ayant fait le choix d’exercer au plus près de ceux pour qui elles produisent, c’est parce que je vois dans ce choix une solution à ce problème.

Plus nous permettons aux économies locales de fonctionner, moins nous alimentons ce système capitaliste et « le désastre de la société d’aujourd’hui et d’hier » qu’il cause.

Comme le dit Bastien dans son discours, cette solution ne viendra pas des lois, et c’est à nous de la faire exister. Il appartient à chacun de nous d’être conscient de l’impact de nos actes de consommateurs sur la planète et sur l’humain d’aujourd’hui.

Les publicités en grand format semblent réussir à inciter une consommation devenue outrageuse pour l’humain et la planète. Puissent ces portraits en grand format inciter à une consommation humaniste, plus consciente et respectueuse de l’autre, et plus consciente de son impact. Dépêchons-nous, il est encore temps !

Remi Petit

 


Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/