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Economiser et dépolluer l'eau en Méditerranée

Dans le courant d’une onde pure

Economiser et dépolluer l'eau en Méditerranée - Zibeline

Avec le réchauffement climatique, l’eau vient de plus en plus à manquer dans l’espace méditerranéen, et elle est souvent fortement polluée. Des pistes existent pour l’économiser et éviter sa contamination.

Les fêtes de fin d’année sont derrière nous, avec leur poussée de fièvre consommatrice. Nous avons couvert les enfants et les adultes aussi de jouets de plus en plus connectés. Mis le chauffage à fond, mangé du foie gras, bu du vin aux pesticides, parfois avalé quelques anxiolytiques pour supporter la famille, ou son absence. Les bennes municipales débordent de sapins en plastique, de suremballages, l’agriculture industrielle continue de faire pousser des tomates en hiver, et l’industrie pétrochimique de rejeter ses résidus. Il a plu -enfin !- et les cours d’eau récoltent sur leur parcours une bonne partie de nos pollutions avant de les charrier jusqu’à la mer.

On ne va toutefois pas commencer l’année en se focalisant sur ce qui pèche, mais plutôt sur ce qui va cahin-caha dans le bon sens. Les scientifiques du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) planchent sur un rapport spécial consacré à l’océan, à paraître en 2019. Une bonne base pour comprendre son rôle majeur dans l’équilibre du climat terrestre, sa vulnérabilité, ses possibilités de résilience. Une résolution a été adoptée fin décembre par l’ONU pour protéger via un traité international la biodiversité en haute mer, soit les 2/3 des océans et donc la moitié de la planète.

Contrat de Baie

Plus près de nous, des constats ont été faits et des actions entreprises, à l’échelle des territoires, pour  limiter les rejets et éviter la saturation de la Méditerranée, sans plus la considérer comme une poubelle maritime fort pratique, où l’on glisse sous le tapis des flots toutes nos scories balayées à terre. La Métropole Aix-Marseille-Provence s’attache ainsi à améliorer la qualité des eaux de mer, source conséquente de revenus touristiques et halieutiques. Une démarche initiée en 2011, lorsque l’ancienne communauté urbaine MPM et la Ville de Marseille se sont associées pour mettre en place un Contrat de Baie. Entré en phase opérationnelle au printemps 2015, son programme se déploie sur 6 ans, avec une première phase qui vient de s’achever, dotée d’un budget de 265 millions d’euros.

Sur les 130 km de linéaire côtier entre Martigues et Saint-Cyr-sur-Mer, nombre de sites industriels continuent certes à déverser leurs pollutions, même lorsque l’activité à cessé (lire nos articles consacrés aux rejets de l’usine Altéo, L’amer rouge dans Zibeline n°93, et à l’ancienne usine Legré-Mante aux portes du Parc national des Calanques, Friches toxiques). Et les associations environnementales continuent à dénoncer l’insuffisant filtrage des eaux usées de Marseille, qui s’épanchent dans la calanque de Cortiou. Mais pour François Roberi, chargé d’intervention à la délégation marseillaise de l’Agence de l’Eau*, le niveau de mise en œuvre des actions prévues est assez bon. « Notre politique est de travailler en amont : retenir les émissions à la source plutôt que de traiter à l’arrivée ». C’est ainsi qu’une aide technique et financière est apportée aux petits industriels, encore nombreux sur le territoire -garages, ateliers de peinture ou décapeurs de volets- pour limiter leur usage de produits chimiques. Le fleuve des Aygalades est en cours de restauration (« les gens pourront profiter de ses berges dans moins de 5 ans »), et l’Huveaune, moins pollué, devrait à terme regagner son lit naturel**. Interrogé sur la 2e phase du Contrat de Baie, François Roberi répond : « Il faut qu’on reste ambitieux. La question des réparations navales n’est pas encore suffisamment abordée, en particulier tout ce qui ruisselle sur les surfaces imperméables au Grand port maritime de Marseille » (écouter aussi, au sujet du fioul lourd utilisé par les navires, notre podcast Pollution en Méditerranée sur la WebRadio Zibeline).

Dans les terres

Le circuit de l’eau est complexe mais bien connu. Les réseaux d’assainissements, les eaux de pluie qui se chargent de polluants, la régulation des rivières jouent un rôle dans sa contamination progressive, qui atteint parfois des taux énormes en s’accumulant (on relève encore dans le Rhône des teneurs élevées de PCB, interdits depuis 1987). L’agriculture est bien sûr concernée. Fin 2016, l’Agence de l’Eau a lancé un appel à projets destiné à favoriser la réduction des pollutions par les nitrates et les pesticides, et la préservation des réserves en eau des sols. 11 projets ont été sélectionnés en novembre dernier, en viticulture, maraîchage, arboriculture ou encore horticulture. Avec des pratiques de paillage, on peut réduire l’irrigation, et il existe des alternatives au désherbage et à la fertilisation chimique : en invitant par exemple, tout simplement, des troupeaux à brouter dans un vignoble !

Éric Navarro du réseau Vert Carbone travaille quant à lui à la validation de l’intérêt agronomique des composts pour améliorer la gestion de l’eau, en collaboration avec le Lycée agricole de Valabre et les Universités de Toulon et Marseille. Des parcelles expérimentales de maïs, gros consommateur d’arrosage, ont été mises en place, avec à la clef une réduction de 23%. « Les sols sont en grand danger dans nos régions : avec les températures chaudes et les pluies soudaines et violentes, ils perdent plus facilement leur teneur en matière organique. Fragilisés, ils demandent de plus en plus d’eau ». Selon lui, le législateur a tendance à orienter les déchets verts vers le biogaz, pour générer de l’énergie, mais les déchets qui ressortent des centrales, mélangés et donc entachés d’incertitudes, ne sont pas utilisables en compost. « Au lieu de réfléchir uniquement au gain économique, l’idée qui devrait prévaloir est celle d’un réemploi, dans un schéma vertueux ».

GAËLLE CLOAREC
Janvier 2017

* En France 6 Agences de l’Eau, établissements publics du ministère chargé du développement durable, ont pour mission de contribuer à réduire les pollutions de toutes origines et à protéger les ressources en eau et les milieux aquatiques.

** L’Huveaune qui se jetait dans la mer au niveau des Plages du Prado a été détourné dans les années 70, pour déboucher dans la calanque de Cortiou.

Photo : Réserve naturelle de Camargue CC0 Creative Commons Julien Vincent