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A Béziers, Robert Ménard, maire depuis 2014, dirige la ville en mêlant peurs et provocations 

Béziers : Peur sur la ville

A Béziers, Robert Ménard, maire depuis 2014, dirige la ville en mêlant peurs et provocations  - Zibeline

Depuis 2014, Béziers, 75 000 habitants, deuxième ville de l’Hérault, est dirigée par Robert Ménard. Elu avec le soutien du Front national, il n’en est pas membre pour autant et cultive l’ambiguïté dans ses rapports avec le parti. Il revendique son indépendance, a parfois même eu des conflits avec certains cadres du FN. Des reproches sur la stratégie, notamment envers Florian Philippot. Mais il assume dans le même temps une proximité idéologique avec le FN. Et a même fini par se désigner lui-même comme un maire Front national, en juin 2016. Quelques jours seulement après un incident avec Marion Maréchal-Le Pen, qui avait quitté un rassemblement de « la vraie droite » organisé à Béziers.

Robert Ménard est une personnalité complexe. C’est surtout un orfèvre de la communication. Ancien journaliste, co-fondateur et secrétaire général de Reporters Sans Frontières (RSF) de 1985 à 2008, il est longtemps apparu comme un homme d’ouverture, farouche défenseur de la liberté d’expression. Il est coutumier du champ médiatique, qu’il a occupé abondamment, en tant que représentant de RSF d’abord, puis en tant que polémiste ensuite. Quand il quitte ses fonctions à RSF, il est fréquemment invité sur les plateaux télé et radio et devient même chroniqueur régulier sur RTL ou animateur d’une émission sur I-Télé.

De là, son discours commence à dériver. Les envolées se font toujours au nom de la liberté. Mais il s’agit dès lors surtout de la liberté de respecter les traditions d’une France aux racines catholiques, de dénoncer le péril qui plane sur ces valeurs, de s’insurger contre l’immigration ou contre les mœurs jugées dégradées d’une partie de la société. En 2012, il fonde avec son épouse Emmanuelle Duverger, le site d’information Boulevard Voltaire, une plate-forme d’expression positionnée radicalement à droite.

L’art de la provocation

Membre de la Ligue Communiste Révolutionnaire dans les années 70, puis brièvement adhérent au Parti Socialiste au début des années 80, Robert Ménard a opéré une volte-face idéologique. Mais, en maître de la com, il l’a faite avec subtilité. En 2011, il cosigne avec son épouse un pamphlet, Vive Le Pen ! : « Je ne voterai pas Front national mais je pense que ce parti doit bénéficier du droit à la liberté d’expression. Défendre la liberté d’expression n’est pas défendre l’extrême droite. », explique-t-il alors. Mais dès 2016, il annonce qu’il votera Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle.

La provocation par petites touches est sa véritable marque de fabrique. En repoussant chaque fois un peu plus loin les limites. Depuis qu’il dirige Béziers, il n’a cessé d’agir de la sorte. Ce fut d’abord l’interdiction du linge aux fenêtres ou des paraboles sur les balcons. Puis la polémique sur l’origine étrangère des prénoms des enfants. Puis les affiches représentant des migrants avançant vers la cathédrale, accompagnés de cette phrase anxiogène, comme la réalisation d’une prophétie : « Ça y est, ils arrivent… »

Affiche-hostile-aux-migrants,-placardée-dans-les-rues-de-la-ville---Mairie-de-Béziers-©-X-D-R

Cet accent mis sur l’aspect religieux n’est évidemment pas anodin. Emmanuelle Duverger est une fervente catholique, militante de la Manif pour Tous. Elle se vante d’avoir remis son mari sur le droit chemin de la foi. Lui ne cesse de répéter qu’elle est sa première conseillère. La messe dans les arènes le jour de l’ouverture de la Féria ou la crèche dans le hall de la mairie sont parmi les nombreux exemples de cette influence de la religion catholique dans la gestion de la ville.

Le fonctionnement autoritaire est aussi très marqué. Valérie Gonthier était conseillère municipale chargée des relations avec les associations. Son parcours peut évoquer celui de l’héroïne du film Chez nous, de Lucas Belvaux (lire l’interview que Lucas Belvaux a accordée à Zibeline). Séduite par le personnage, elle rejoint la liste Ménard, mais déchante très vite et finit par démissionner en novembre 2016. « Il n’a aucun respect pour l’humain. Il est au pouvoir par la peur, explique-t-elle. Il est lui-même animé de peurs, et il gouverne par la terreur qu’il suscite. Y compris chez ses conseillers municipaux. Beaucoup pensent comme moi, mais aucun n’a osé démissionner. Il les tient. »

Ordre et obéissance

Cette attitude autoritaire, beaucoup la vivent aussi dans le milieu culturel, mais peu acceptent d’en témoigner. Récemment, un artiste s’est trouvé au cœur d’un litige majeur avec la mairie de Béziers. Usurpation de projet, mépris du droit d’auteur, actes de contrefaçons. L’affaire suit son cours auprès de la justice, mais les pressions exercées par Robert Ménard sont considérables. L’objectif est bel et bien de diffuser une idéologie, des principes, basés sur l’ordre et l’obéissance. Régulièrement, la ville organise des conférences, intitulées Béziers libère la parole. La liste des ceux qui ont « libéré la parole » fixe clairement l’orientation : Patrick BuissonPhilippe de Villiers, Alain de Benoist, Eric Zemmour, etc.

Dans un numéro récent du Journal de Béziers, le magazine de la municipalité, un article élogieux présente le projet d’école hors contrat qui ouvrira ses portes en septembre 2017. Le cours Gustave Fayet s’inscrira dans la ligne prônée par Espérance Banlieues et la Fondation pour l’Ecole, deux organismes visant à installer de nouveaux codes, de nouveaux critères dans l’enseignement. Avec pour but de « raccrocher » en particulier au système scolaire des enfants de milieux populaires, en leur imposant un cadre très strict. Port de l’uniforme, vouvoiement, patriotisme affirmé, cette future école, si elle n’est pas exactement un projet de la mairie, a tout le soutien de Robert Ménard, et ce dès sa genèse. Elle aura d’ailleurs ses locaux dans un bâtiment appartenant à la ville.

JAN-CYRIL SALEMI
Mai 2017

Lire notre présentation du dossier complet consacré à la culture dans les villes FN, paru dans les numéros 104, 105 et 106, ainsi que les autres épisodes, progressivement mis en ligne : 

Beaucaire sous l’ère identitaire

Vitrolles ou la réconciliation par la culture

Le Pontet, aux portes d’Avignon

Fréjus mise au pas

Orange, 20 ans d’extrême-droite

A lire également :

Le Front National et le malaise culturel

Photos :

Cathédrale de Béziers © Niels Roza – Creative Commons Flickr

Affiche hostile aux migrants, placardée dans les rues de la ville – Mairie de Béziers © X D R