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Festival Tamazgha, la poésie et la musique pour défendre l'amour et la liberté

Résistance berbère

• 23 juin 2017⇒24 juin 2017 •
Festival Tamazgha, la poésie et la musique pour défendre l'amour et la liberté - Zibeline

« Il n’y a pas de sous-langue autant qu’il n’y a pas de sous-homme. » Ces mots sont du chanteur occitan Claude Sicre, fondateur du Forum des langues à Toulouse. De l’occitan au berbère, il n’y a qu’un pas, celui du combat contre le centralisme qui écrase la diversité. Parfois dans la violence. Car qui dit langue dit culture, dit citoyenneté et, au final, dit égalité. C’est en filigrane le message porté par le festival Tamazgha, dont l’ambition passe par la valorisation du patrimoine musical et culturel nord-africain, en particulier berbère. Entre mémoire des traditions et métissages actuels, Tamazgha réunit valeurs montantes et artistes confirmés, transcendant frontières et générations.

Le 23 juin, Azal Belkadi et Ezza se partagent l’affiche. Le premier est artiste peintre et chanteur lyrique en même temps. Issu d’une histoire de souffrance, exilé de sa terre kabyle à Paris, il chante les très anciens chants avec une force et une communion quasiment mystique, passant du grave au festif, des montagnes de Kabylie au pays amazigh dans les Aurès. Les seconds invités de la soirée ont grandi en écoutant le blues du désert de Tinariwen. Se détachant de ses illustres prédécesseurs, Ezza amène la musique touareg hors des sentiers convenus, mêlant sonorités rock, pulse africaine, rythmiques transes et groove implacable. Originaire du Niger, Omar Adam, voix principale du trio, chante la résistance autant que l’espoir. Le lendemain, Lounis Aït Menguellet, l’un des artistes de culture berbère les plus populaires, célèbre son demi-siècle de poésie en chansons. Auteur-compositeur, il est à l’origine de plus de 200 chansons qu’il interprète d’une voix chaude. Déjà à l’honneur du festival pour ses 40 ans de carrière, il perpétue la tradition orale des montagnes kabyles à la manière d’un troubadour. Parfois surnommé « l’olivier kabyle », il est devenu le porte-voix d’une culture bâillonnée, dont le combat a pris une dimension universelle. Dans sa langue maternelle, il défend la reconnaissance et le respect de la différence culturelle, en tant que droit et devoir à l’égard de l’humanité. Dénonçant l’oppression, la violence ou la haine d’un frère, Menguellet met autant de force dans son verbe pour évoquer l’amour, la liberté, l’altérité, la complexité des rapports humains. Toujours avec humilité. S’il réfute le titre d’artiste engagé, il commence par accepter celui de poète. Surtout quand il lui fut attribué par une référence en la matière, le grand Kateb Yacine en personne.

THOMAS DALICANTE
Juin 2017

Festival Tamazgha
23 et 24 juin
Théâtre de la Sucrière, Marseille
06 95 51 04 72 festivaltamazgha.org

Photographie : Ezza © pixbynot