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Les 24e Rencontres d'Averroès, du 16 au 19 novembre à Marseille

Redire son nom

• 16 novembre 2017⇒19 novembre 2017 •
Les 24e Rencontres d'Averroès, du 16 au 19 novembre à Marseille - Zibeline

La liberté sera au cœur des 24e Rencontres d’Averroès, qui interrogent le sacré et la terreur. Privées du soutien du département, comme tant d’opérateurs historiques, et essentiels, des Bouches-du-Rhône (voir ci-dessous).

Depuis 24 ans les Tables Rondes des Rencontres d’Averroès réunissent un public nombreux, curieux, actif, autour des questions qui agitent la Méditerranée. Depuis 24 ans hélas notre mer et ses rives ne vont pas mieux, et les Rencontres d’Averroès sont un lieu nécessaire pour mettre des mots, de la pensée complexe, des désaccords discutés, sur les plaies des pays où les armes parlent, où les morts s’additionnent, et où les libertés disparaissent.

Un présent liberticide

Il sera donc question dans cette édition de la Syrie, de la Turquie, de la Lybie, et de la terreur exercée ici où là-bas, contre les populations. Les quatre Tables rondes interrogeront d’abord la liberté face au sacré, et plus particulièrement, on l’espère, face au religieux : le sacré, intime par essence, doit il envahir la sphère publique ? Quelle liberté avons-nous de ne pas croire ? Que faire lorsque les lois divines vont à l’encontre des droits des femmes minorées, des homosexuels réprimés, et imposent des jeûnes, des interdits ? Qu’est-ce qu’un État laïque ? Autant de questions qui seront débattues par Pascal Amel, critique d’art, Yadh Ben Achour, tunisien spécialiste des théories politiques islamiques, Anastasia Colosimo, enseignante en théologie politique à Sciences Po Paris, Isy Morgensztern, réalisateur, enseignant en histoire des religions.

La terreur sera le sujet de la deuxième table ronde. Dans les pays européens, qui instituent un état d’urgence permanent, et où plus personne ne s’étonne de voir passer des militaires lourdement armés, d’être fouillé, d’admettre qu’on investisse des millions dans des portiques de sécurité. Dans les pays en proie à la violence, où tous les droits des peuples sont bafoués, comme en Syrie : 310 000 morts, 100 000 disparus, plus de la moitié de la population déplacée, exilée, cantonnée. La Liberté, là-bas, a sans doute un autre nom. Ces questions seront débattues par Mohammad Ali Atassi, documentariste militant des droits de l’homme en Syrie, Loulouwa Al Rachid, spécialiste de la politique irakienne, Nora Lafi, spécialiste de l’histoire de l’Empire ottoman, Christian Vigouroux, membre du Conseil d’État, professeur de droit public.

Autre terreur, celle des pouvoirs autoritaires. La montée des nationalismes identitaires en Europe qui contamine toute la pensée politique, et l’arrivée au pouvoir en Hongrie, en Tchéquie, en Pologne, de régimes autoritaires et identitaires, remettent en cause l’illusion européenne d’une démocratie indéboulonnable. Et introduisent l’idée d’une relativité des universaux, comme si les droits de l’homme devaient être modulés selon les latitudes… Avec Cengiz Aktar, politologue et écrivain turc, Lina Attalah, journaliste égyptienne, Jacques Rupnik, spécialiste de l’Europe centrale et orientale, et Michel Tubiana, avocat et ancien président de la Ligue des droits de l’homme.

Enfin la Liberté sera interrogée dans son rapport à l’économie libérale, et au numérique. Quelle liberté avons-nous d’échapper aux écrans qui nous happent, aux systèmes qui exercent leur surveillance ? Quelle liberté face à la crise économique permanente, instaurée, face à la dette sans fonds que les citoyens remboursent tandis que les banques capitalisent ? Quelles libertés face à la pauvreté, qui pousse à l’exil économique ? Ces questions seront débattues par Raouf Boucekkine, professeur d’économie et directeur de l’IMéRA, Farah Hached, juriste et militante tunisienne, Marilena Koppa, professeure de politique comparée à Athènes et ancienne députée européenne et Jean-Marc Manach, journaliste spécialiste des libertés numériques.

Autour des Tables

Ces tables rondes seront complétées par une programmation artistique de grande qualité, mais en berne par rapport à l’année précédente, et son formidable Radio live qui donnait la parole à de jeunes gens, lycéens, exilés : les coupes du Conseil départemental sont passées par là…

Une soirée sera consacrée à la Syrie, à partir de photographies et de textes, pour faire naître Des images face aux clichés. Celles du photographe Laurent Van der Stockt, qui a couvert le conflit syrien, du documentariste Mohammad Ali Atassi, de l’éditeur Farouk Mardam-Bey, et de Justine Augier, auteure de De l’ardeur. Histoire de Razan Zaitouneh, avocate syrienne.

Deux temps particuliers pour ouvrir et clore ces Rencontres : une soirée d’ouverture proposée par l’IMéRA autour de la figure d’Averroès. Et un grand entretien, exceptionnel avec Asli Erdogan, scientifique, écrivaine, journaliste, opposante turque, emprisonnée il y a quelques semaines encore, risquant la perpétuité pour ses écrits… La figure même de la liberté, et de la résistance.

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2017

Les coupes froides du Conseil départemental

On ne compte plus les opérateurs culturels qui ont vu leurs subventions départementales baisser, voire disparaître. Le budget consacré à la culture est en forte baisse depuis l’élection de Martine Vassal, et orienté vers des événements qui se passent dans les communes amies : Trets, décrétée capitale culturelle, la Mairie du 1/7 de Marseille avec ses Dimanches de la Canebière organisés conjointement par Sabine Bernasconi, maire du secteur et… Sabine Bernasconi, conseillère départementale en charge de la Culture. Des procédés qui avaient aussi cours durant la longue présidence de Jean-Noël Guérini, mais qu’on espérait voir disparaître.

Pourtant Martine Vassal déclarait, lors du congrès de l’association des départements, que « depuis deux ans nos résultats dans de nombreux domaines (emploi, culture, éducation, numérique…) ont démontré que notre département était innovant et à l’écoute des Provençaux », et que « son utilité n’était plus à démontrer ». Pour mettre à bas le monde culturel, surtout celui des penseurs et artistes qui ont une réflexion politique autour de la Méditerranée, l’efficacité du département est certaine… La censure économique reste, en démocratie, la plus efficace.

A.F.

Photo : Asli Erdogan -c- Göktug Canbaba

Rencontres d’Averroès
16 au 19 novembre
La Criée, Marseille
rencontresaverroes.com


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/