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La vingt-septième édition des Rencontres de la photographie débute à Arles le 3 juillet

Photosensible

• 3 juillet 2017⇒24 septembre 2017 •
La vingt-septième édition des Rencontres de la photographie débute à Arles le 3 juillet - Zibeline

Fréquentation toujours en hausse, offre pointue et variée : zoom sur les Rencontres de la Photographie

La photo est assez nette : on y distingue une femme, elle a maintenant 42 ans, cinq de moins que la dernière fois. Tel est le portrait du, en l’occurrence de la visiteuse type des Rencontres d’Arles. Elle a donc presque le même âge que l’événement, qui présente cette année sa 48è édition. Les courbes se croisent dans le bon sens : longévité et rajeunissement.

Son directeur Sam Stourdzé, à la tête de la manifestation depuis fin 2014, avoue sa gourmandise de chiffres, et c’est avec malice qu’il en égrène quelques-uns, en effet plutôt doux à savourer : l’édition 2016 a vu pour la première fois le nombre de visiteurs passer le seuil des 100 000, avec une augmentation de 12% en un an (la fréquentation s’est multipliée par 10 en 15 ans). Chiffre symbolique, assorti d’un petit dernier, le plus gros : 22 millions, la somme en euros des retombées directes et indirectes injectée dans l’économie arlésienne, selon une étude réalisée en 2016. Voilà donc, pour la légende de la photo, que n’a certainement pas manqué de décrypter la nouvelle ministre de la Culture, arlésienne largement investie dans cette prise de vue…

Amérique Latine

Entre les lieux (25, dont deux nouveaux), les thématiques (8), les photographes (250), les événements, les prix (le Nouveau Prix découverte récompense un photographe de moins de 45 ans, décerné par un jury de galeriste), les fonds exposés des collectionneurs, inlassables médiateurs entre l’amateurisme et l’art, et le Grand Arles Express (délocalisation à Avignon, Toulon, Nîmes et Marseille) les trajets sont multiples, avec découvertes et retrouvailles, chocs, constats, aiguisement du regard et mises en perspective.

Les Rencontres 2017 célèbrent l’Année France/Colombie, en initiant un programme Latina !, pointé sur ce pays en pleine reconstruction politique, et élargit la focale à toute l’Amérique latine. Les deux commissaires Alexis Fabry et María Wills ont puisé dans l’extraordinaire collection de Leticia et Stanislas Poniatowski plusieurs centaines d’images issues de travaux de photographes latino-américains des 50 dernières années et composent une série de Pulsions urbaines. Tout un pan d’histoire apparaît dans les cadres d’un quotidien multi facettes, toujours plus encerclé par la minéralité des villes, avec comme horizon une certaine forme de liberté arrachée aux modèles imposés. La Vuelta (commissariat Carolina Ponce de León et Sam Stourdzé) présente 28 photographes colombiens, sous la double signification de son titre. En argot, il évoque le vol, le meurtre, le trafic ; en langage sportif, il s’agit d’une course par étapes autour d’un pays. L’écart est grand entre ces deux prismes, où pourront s’exprimer la force de chaque image témoin de la création contemporaine colombienne.

Marie Bovo Стансы - Кавголовo (Stance - Kavgolovo), 2017. Avec l’aimable autorisation de l’artiste, de OSL Contemporary, Oslo, et de kamel mennour, Paris/Londres © Rencontres Arles

Terrains sensibles

La thématique L’expérience du territoire regroupe une large palette d’expositions, dont les Stances de Marie Bovo (Marseille). Depuis le début de l’année, elle entreprend des voyages au long cours, à travers l’Europe orientale et la Russie. En train. A chaque arrêt, elle est postée devant la porte, qui s’ouvre sur un morceau de paysage, un nom de ville, un quai, une personne qui en attend une autre… Elle déclenche la prise de vue. Série d’instantanés argentiques, voyage en pointillés, trajet linéaire et symbolique, le dispositif opère comme une ponction de visions et d’impressions.

Raphaële Bertho et Héloïse Conésa ont réuni les travaux de 15 photographes Dans l’atelier de la mission photographique de la DATAR. Témoins (mais pas retenus à l’époque) du vaste chantier entrepris entre 1983 et 1989 par la Délégation à l’aménagement et du territoire, qui proposait un état des lieux du paysage français des années 80, ils seront ici présentés en dialogue avec des archives personnelles inédites. Somme de regards à la fois neutres (on photographie ce qui est là, juste là, parce que justement c’est là) et particuliers, la Mission est devenue culte dans l’histoire de la photographie contemporaine.

Autre approche du lieu, avec Levitt France, une utopie pavillonnaire. Dans la banlieue francilienne, il existe un quartier calqué sur les suburbs américaines, initiées par l’entrepreneur américain William Levitt. Au début des années 70, il représentait un rêve de maisons faciles à construire, puisque toutes sur le même modèle, et donc accessible à beaucoup. Cinq photographes (Julie Balagu, Vincent Fillon, Bruno Fontana, Jean Noviel, Camille Richer, réunis par Béatrice Andrieux) ont capté, avec chacun leur angle, le caractère hautement photogénique – et angoissant, et questionnant, et vertigineux –  du lieu.

Christophe Rihet (travaille entre New York et Paris) a entrepris un voyage sur le chemin de la mort (Road to death). Ici et là, des stars sont mortes dans un accident de la route. Sur le lieu précis de leur disparition, il capte ce quelque chose, cette aura (un peu malsaine, un peu mystique, mais surtout terriblement romantique) et constitue un mausolée immatériel qui questionne le pouvoir de fascination des célébrités.

Poésie visuelle

Dans Les désordres du monde, on retient les travaux de Gideon Mendel (artiste sud-africain vivant à Londres). Un monde qui se noie (commissariat Mark Sealy) rassemble trois séries du photographe : le changement climatique à hauteur d’homme. Portraits submergés, personnes posant devant leur maison inondée. Ligne de crue, traces laissées par la catastrophe sur les meubles, les objets, dans un silence pesant d’après tempête. Et Traces d’eau, photographies familiales retrouvées abimées, ou données par leur propriétaires, puis agrandies : les stigmates se muent en érosion du temps, des souvenirs, de la matière, et tout devient plus flou, peut-être plus doux.

Iran, année 38 occupe la thématique Je vous écris d’un pays lointain. Les deux commissaires iraniens Anahita Ghabaian et Newsha Tavakolian expliquent que « la version moderne de la poésie est évidemment la photographie. » Ils ont ainsi invité 66 photographes iraniens, qui, pour exprimer leur pays depuis la révolution islamique en 1979, déclinent et enrichissent cette nouvelle forme de poésie.

Il y a aussi Mise en scène (de soi), où Audrey Tautou dévoile des autoportraits argentiques plein d’autodérision, The house of the ballenesque de Roger Ballen, voyage intérieur inquiet et onirique parmi les objets quotidiens de sa maison, Le spectre du surréalisme (prêt du Centre Pompidou), Nains, Hercules et géants issus de la collection Claude Ribouillaut.

Et aussi,… et aussi,…

ANNA ZISMAN
Mai 2017

Les Rencontres de la Photographie
3 juillet au 24 septembre
Arles
rencontres-arles.com
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Photo  1 : Gidéon Mendel
Jeff et Tracey Waters, Staines-upon-Thames, Surrey, Royaume-Uni, février 2014, série Portraits submergés. Avec l’aimable autorisation de l’artiste. © Rencontres Arles

Photo 2 : Marie Bovo
Стансы – Кавголовo (Stance – Kavgolovo), 2017. Avec l’aimable autorisation de l’artiste, de OSL Contemporary, Oslo, et de kamel mennour, Paris/Londres © Rencontres Arles