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Vies d'ordures : regarder sa poubelle (et les financements du MuCEM) d'un autre oeil

Ordures propres et nettes

• 22 mars 2017⇒14 août 2017 •
Vies d'ordures : regarder sa poubelle (et les financements du MuCEM) d'un autre oeil - Zibeline

Vies d’ordures, nouvelle exposition du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée.

Expositions

La nouvelle exposition Vies d’ordures. De l’économie des déchets est en place jusqu’au 14 août, suite à une campagne de collecte mandatée par le MuCEM autour de la Méditerranée. Chercheurs, photographes et vidéastes ont rassemblé depuis 2014 les éléments qui la constituent, complétés des propres fonds du musée, de prêts du Quai Branly ou du musée italien Guatelli. Très pédagogique, le parcours conçu par l’ethnologue Denis Chevallier démontre l’omniprésence des déchets amassés par l’humanité, envers de notre société de consommation en passe de saturer la planète. On y constate que le phénomène est récent : car nos grands-parents ravaudaient, réutilisaient, réparaient ce qui de toutes manières était produit en quantités infiniment moindres. Un art du réemploi et du recyclage qui s’industrialise aujourd’hui, par la force des choses ; les flux sont exponentiels, et deviennent à leur tour un enjeu économique énorme.

Le point faible de l’exposition se situe dans son approche trop superficielle des déchets qui ne se recyclent pas : les pollutions industrielles, et particulièrement le nucléaire, sujet français par excellence, qui aurait mérité d’être fouillé. Reste un problème de fond… Après Malongo qui finançait Café In et en profitait pour vendre des machines à expresso, c’est Suez1 qui met la main à la poche. À la question suivante posée à Denis Chevallier : « Les expositions sont de plus en plus financées par de grosses multinationales, cela ne vous pose pas de problèmes éthiques ? », il répond : « Personnellement cela ne m’en pose pas. 80 à 90% du financement des musées nationaux vient de l’État. Nous avons besoin pour compléter de faire appel à des mécènes. Sans eux l’exposition aurait été moins importante, il y aurait eu moins de dispositifs. Plus il y a d’argent privé, moins on dépense d’argent public. D’ailleurs, ça pourrait être aussi choquant de dépenser de l’argent public pour une exposition dans un musée de société, non ? » Ça pourrait… ou pas. On peut en tous cas déplorer les conséquences du désengagement du ministère de la Culture sur le modèle économique des musées, rager en pensant au greenwashing éhonté du privé, et noter au passage que selon L’Observatoire des multinationales, Suez a également financé la campagne de Donald Trump.

Allons ! Pour se consoler, une alternative : l’exposition qui s’est ouverte le 6 avril au Centre de Conservation et de Ressources du MuCEM à la Belle de Mai, et s’intitule Rêvons la ville. 18 élèves du collège Versailles ont œuvré sur le thème des utopies urbaines, environnement et citoyenneté compris. Il sera intéressant de voir ce que pense la jeunesse du monde que nous leur laissons, et ce à quoi ils aspireraient à la place.

Rencontres et temps fort

Heureusement aussi, on peut bien souvent compter sur les rencontres et conférences entourant les expositions phares du MuCEM pour creuser utilement tel ou tel aspect. Ce sera le cas avec Vies d’ordures, notamment via le temps fort Nature, culture, ordures. Le 20 avril, Baptiste Monsaingeon, socio-antropologue membre de son conseil scientifique, évoquera L’homo detritus et l’idéal trompeur d’un monde sans restes. Et le 28 avril, toute une programmation en accès libre sera consacrée aux pollutions industrielles à Marseille et ses environs. La réflexion passera par une exploration artistique des deltas du Rhône et du Mississipi par Mathieu Duperrex du collectif Urbain, trop urbain, ainsi qu’une table ronde sur les calanques marseillaises et leurs pollutions, avec Xavier Daumalin et Daniel Faget, historiens, une écologue, Isabelle Lafont-Schwob, et un géographe, Frédéric Ogé. En fin de journée, on découvrira le film Zone rouge portant sur les rejets de l’usine d’alumine de Gardanne, et une création sonore signée Stephan Dunkelman, pour « faire entendre un siècle de produits chimiques » sur un site industriel à Port-de-Bouc.

Par ailleurs, le séminaire La fabrique de l’image dans les mondes arabe et musulman contemporains se poursuit, avec deux séances les 20 et 21 avril : Décrire ou écrire avec le dessin, et Dessine-moi une science : la recherche, la fiction et ses publics (en accès libre sur inscription : i2mp@mucem.org).

GAËLLE CLOAREC
Avril 2017

Retrouvez sur notre WebRadio Zibeline la Traversée mensuelle du MuCEM et sa Chronique des libraires, Danse de Mars avec la Cie Les Misérables, Rêvons la ville avec les élèves du collège Versailles, La journée des plantes, et Nature, Culture, Ordure avec Baptiste Monsaingeon.

1Les autres partenaires de Vies d’ordures sont Pellenc ST, fournisseur d’équipements de tri optique des déchets, et l’ADEME.

Photo : Le gant – Régis Fialaire – Affiche de la Surfrider Foundation Europe, campagne 2007 -c-  G.C.


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