Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Le messie du Darfour : histoire de vengeance et conte philosophique

Fable documentaire

Le messie du Darfour : histoire de vengeance et conte philosophique - Zibeline

Depuis 2003 une guerre tribale oppose les forces gouvernementales du Soudan aux tribus du Darfour à l’ouest du pays, mettant face à face ceux qu’on appelle les Arabes et les Noirs, les maîtres et les anciens esclaves. L’indépendance du Soudan du Sud, déclarée en 2011 n’a rien arrangé. Abdelaziz Baraka Sakin n’a pas hésité à rendre compte de ces guerres tribales qui mettent son pays à feu et à sang, le transforment en un vaste cimetière et jettent les civils sur les routes de l’exode. Le régime de Khartoum engage des hordes sanguinaires qui violent et pillent, et ne vivent que pour semer le tumulte et la mort. On les appelle les janjawids, ce qui veut dire « diables à cheval » ; ils sentent « à la fois le désert et l’exil » et sont bardés d’armes chinoises. On ne s’étonne donc pas que les romans de l’auteur soient interdits au Soudan, mais partagés sous le manteau ; aussi a-t-il trouvé asile en Autriche. Le messie du Darfour est le premier de ses romans à être traduit en français. On a là un livre étonnant, où l’on rentre avec quelques difficultés si l’on n’est pas familier de l’histoire des conflits africains. Renseignements pris, on pénètre avec plaisir dans ce récit décapant qui tient de la fable et du documentaire, agrémenté d’humour et d’invention. Une jeune femme qui porte bizarrement un prénom de garçon, Abderrahmane, demande à son époux, Shikiri, de la venger des viols qu’elle a subis en tuant 10 janjawids dont elle veut manger le foie ; ce qui n’enchante pas le dit Shikiri, qui serait plutôt un non-violent comme son ami Ibrahim Khidir. N’ont-ils pas tous deux été enrôlés d’office dans l’armée gouvernementale depuis 10 ans sans jamais avoir tué quiconque ? Les voilà tous trois engagés auprès des rebelles qui veulent sauver le Darfour. L’auteur met en évidence les différences ethniques et religieuses, les descendances noires et esclaves de certains qui entraînent le racisme : « Tu es un nègre et la place des nègres est au marché. », s’entend dire Ibrahim. Mais un prophète noir tente de sauver le monde, on entre dans le conte, et la philosophie pointe sous la plume.

CHRIS BOURGUE
Septembre 2017

Lauréat du Prix Littérature Monde 2017
Prix Étonnants voyageurs 2017

Le messie du Darfour Abdelaziz Baraka Sakin, traduction de l’arabe par Xavier Luffin
Zulma, 18 €

Vous retrouverez notre sélection des livres de la rentrée dans le numéro 110 de Zibeline, en vente chez tous les marchands de journaux du Sud-Est.