Zibeline bannière

WRZ - "Debout les hommes" pour la Journée de mémoire des génocides à Salon de Provence

« Debout les hommes » : une commémoration mémorable

Cinq-cents élèves, cinq établissements scolaires, douze productions, dix expositions et une horde de visiteurs de toute la région. Le projet « Débout les hommes », conçu pour thématiser la Journée de la mémoire des génocides de vendredi 27 janvier, a transformé le Lycée Adam de Craponne en une plaque tournante de performances empoignantes.

Face à un sujet accablant, Sandra Nouet, professeur de français dans le Lycée général Adam de Craponne de Salon de Provence, et Olivier Pauls, directeur artistique et metteur en scène de l’initiative, ont pris le parti de concevoir un projet fédérateur et pluriel. La participation à l’initiative a notamment été élargie aux élèves et aux professeurs d’établissements voisins, notamment le Collège Jean Bernard, le Lycée Viala Lacoste et le Collège Jean Moulin de Salon de Provence, aussi bien que le Collège Lucie Aubrac d’ Eyguières. L’intention est partagée : plutôt que de présenter le génocide, « Debout les hommes » se propose de donner à voir la résilience de l’homme confronté au massacre. L’extermination des Juifs, des Arméniens et des Rwandais a donc servi de point de départ historique à la réflexion sur le rôle de l’art comme moyen de résistance et sur la force de la voix humaine contre le silence et la mort.

La diversité des performances proposées est surprenante, tout comme l’investissement pratique, artistique et émotionnel des adolescents. Le visiteur, guidé par les élèves-mêmes dans un parcours programmé, effectue une traversée intégrale du lycée, de production en production. Sous ses yeux défilent sayanètes, vidéos, calligrammes, boîtes parlantes, silhouettes en fuite, photographies inter-ethniques, portraits de femmes. Les chansons ne manquent pas et nombreuses sont les lectures dramatisées, polyphoniques ou individuelles, sous forme de slam ou de citations – de Marianne Cohn, de Primo Levi, d’Alain Resnais, d’Alain Chamfort, …

Dans le projet d’Olivier Pauls, la réalisation est mise en scène tout autant que mise en espace. Si la plupart des performances se déroulent dans les salles de cours, quelques représentations sont localisées dans des endroits fortement évocateurs, chargés d’un sens inquiétant. Dans le souterrain, qui rampe comme un boyau infernal et fangeux, on avance craintif, tel une parade en marche vers la mort. Le crissement des ongles contre les tuyaux, les gémissements chuchotés dans la pénombre, la voix sablée d’une flûte parcourent le long couloir sans issu : le spectre des voyages de la mort et des camps de concentration se matérialise. Plus tard, lorsqu’on glisse dans les vestiaires de la piscine, dans les narines l’odeur aseptique du chlore, aucun mot ne serait nécessaire devant les douches.

Et pourtant, malgré ces scènes sombres, « Debout les hommes » a le mérite de ne pas souffler sur les braises de l’inquiétude. Au contraire, l’effet est galvanisant : la rencontre avec ces jeunes, qui abandonnent toute timidité et idée reçue pour faire entendre leur voix, exalte et rassure. Interroger l’histoire, c’est dépasser ses limites !

Par Chiara Forlani et Jan-Cyril Salemi

Mars 2017

Dans le cadre de la journée « Débout les hommes », nous nous sommes entretenus avec Olivier Pauls, directeur artistique, et Marie France Crouzat, documentaliste et Référent culture pour le Lycée Professionnel Adam de Craponne. Entretien réalisé par Jan-Cyril Salemi.