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Beth Ditto est à l'Usine, à Istres

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• 22 avril 2018 •
Beth Ditto est à l'Usine, à Istres - Zibeline

De The Gossip, groupe représentatif de la scène alternative US à icône de la diversité dans la musique d’aujourd’hui, la trajectoire de Beth Ditto est fulgurante. Et révélatrice d’un changement de paradigme dans la culture populaire, et le regard que celle-ci porte sur les minorités. Beth Ditto, physique XXL et lesbienne (ses prises de positions en faveur des personnes LGBT sont régulières) en incarne, généreusement, une partie. Certes on a bien eu des Madonna ou des Prince qui, par leurs excentricités, répercutaient les tendances issues des marges de la société pour les brandir à la face du mainstream. Mais Ditto fait partie de ces marges et n’en pille pas simplement les codes. Née en Arkansas, état ultra-conservateur de la Bible Belt, Ditto a confié qu’elle avait été abusée sexuellement par un de ses oncles et que c’est la musique qui l’a sauvée de la dépression, en la poussant à s’émanciper des règles étouffantes de son milieu d’origine. Immigré dans l’état de Washington avec le guitariste homo Nathan Howdeshell (la deuxième batteuse butch Hannah Blilie les rejoindra plus tard), le trio explose en 2006 avec Standing in the way of control. Héritière à la fois de la rage punk hardcore et de la puissance du rhythm’n’blues rural, sa voix opère comme une décharge pure d’adrénaline. En 2009, signé sur Sony, Music for Men continue d’explorer cette veine avec des apports disco, tout en préservant la part d’un rock radical. Ditto suit ses propres règles avec le plus improbable hit de ces dernières années, l’électrisant Heavy Cross. Dans son album solo Fake Sugar, les guitares tranchantes sont encore là, matinées d’arrangements pop déjà présents dans les dernières productions de Gossip, qui a splitté en 2016 (A Joyful Noise paru en 2012). On ne vous ment pas : l’album n’est pas un chef-d’œuvre. Mais avec sa petite bouche en cœur, son excentricité vestimentaire pacotille serrée sur son quintal de chair, Beth Ditto est restée la petite fille du sud jubilant de chanter au ballroom du samedi soir.  
HERVÉ LUCIEN
Avril 2018

22 avril
L’Usine Istres
scenesetcines.fr

Photo : © Mary McCartney