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Le grand Bachar Mar-Khalifé sera en concert à Marseille, le 17 novembre, lors des Rencontres d'Averroès

Bachar Mar-Khalifé, larmes de joie

• 17 novembre 2017 •
Le grand Bachar Mar-Khalifé sera en concert à Marseille, le 17 novembre, lors des Rencontres d'Averroès - Zibeline

C’est une belle, étrange et émouvante version du Kyrie Eleison, qui ouvre le dernier album de Bachar Mar-Khalifé, Ya Balad (sorti en 2015 sur In Finé). Chantée en arabe littéraire, langue de ce Libanais expatrié, elle commence dans un murmure et des notes de piano basses : le musicien implore Dieu d’épargner les hommes. « J’ai tout d’un croyant mais je n’aime pas Dieu » confesse-t-il, attribuant à la musique cette dose d’humanisme sacré qui manque tant aux revendications religieuses d’aujourd’hui. Ensuite le rythme et les orchestrations s’emballent, ressemblant à l’hymne d’un pays inconnu, où la musique et la fraternité constitueraient les composants essentiels d’une communauté retrouvée. Si l’intro est solennelle, la suite du troisième album de Bachar Mar-Khalifé est beaucoup plus joueuse et défricheuse, à l’image de son auteur. Exilé depuis l’âge de six ans en Europe, il est né à Beyrouth d’un père musicien, Maurice Mar-Khalifé, et a été élevé à Paris. Comme son frère Rami (moitié du très punchy duo électro-acoustique Aufgang), Bachar ne sait pas se limiter à un usage orthodoxe des instruments. Il les brusque volontiers pour briser les règles trop contraignantes. Dans son approche orientale du piano, il frappe ainsi ses touches comme un derbouka, restituant sur Balcoon, Lemon (au clavecin halluciné) ou Wolf Pack l’atmosphère de fête frénétique d’une contrée libanaise dont le musicien fantasme encore tous les ingrédients. Avec sa voix rauque, il mêle la musique populaire arabe à la pop et au jazz, sans faute de goût.

D’une intense vitalité, d’une folle liberté, Ya Balad sonne par ailleurs comme si on assistait à son enregistrement, par ses sautes d’humeur, ses improvisations, ses coups de folie (la transe dingue, au sens propre, de Laya Yabnaya, une chanson populaire à laquelle Bachar rend sa signification originelle). Musiques de réjouissance auxquelles succèdent logiquement des phases mélancoliques : c’est dans cette conséquente amplitude émotionnelle que réside la force de cette œuvre. Car au fil de l’album on en revient, fatalement, à l’expression nostalgique d’un retour aux origines, forcément plus pathétique sur la complainte Layla (on ne parle pas d’une reprise d’Eric Clapton) et bien sûr Ya Balad (mon pays), expression très brute, très forte, d’un déchirement. Il y figure aussi deux berceuses : la comptine traditionnelle libanaise Yalla Tnam Nada, interprétée dans une tonalité ténébreuse avec l’actrice Golshifteh Farahani et Dors Mon Gâs(e) ancienne ritournelle (interprétée en français) du Breton Théodore Botrel. L’inspiration enfantine est omniprésente ici, puisqu’avec Madonna le musicien invoque la Vierge pour réconforter les enfants « partis » prématurément (sur une musique de Marcel Khalifé et des paroles du poète irakien Saadi Yousef). Après Kyrie Eleison, il s’agit de la seconde prière de l’album et qui le clôt. Comme si musicien ou homme, il s’agissait de rester enfant pour retrouver le sens des choses dans ce monde irrationnel.

HERVÉ LUCIEN
Novembre 2017

Le concert de Bachar Mar-Khalifé aura lieu le 17 novembre dans le cadre des 24e Rencontres d’Averroès, qui se tiennent du 16 au 19 novembre à La Criée, Marseille.

rencontresaverroes.com

Photo : Bachar Mar-Khalifé -c- Lee Jeffries


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/