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Vu par Zibeline

La 16e édition du Festival du cinéma espagnol s'ouvre sur Abracadabra, comédie hypnotique

Abracadabra

• 9 novembre 2017 •
La 16e édition du Festival du cinéma espagnol s'ouvre sur Abracadabra, comédie hypnotique - Zibeline

Guitare et accordéon pour ouvrir la 16e édition du Festival espagnol de Marseille marrainée par Emma Suarez. Gil Aniorte Paz, petit-fils de Républicains espagnols émigrés en Algérie, chante la mémoire familiale, et, en complicité avec la salle 1 du Prado, comble pour l’occasion, celle du cinéma ibérique empruntant aux bandes-son d’Almodovar ou de Saura. Un mini concert chaleureux suivi d’une comédie «fantastique» projetée en avant-première : Abracadabra de Pablo Berger.

On se souvient de son somptueux Blancanieves, film muet, en noir et blanc, transposition poétique du cruel Blanche Neige dans le monde non moins cruel de la tauromachie. Film de 2012 pour lequel il avait obtenu 10 Goyas !  Abracadabra, son dernier opus, est parlant, très coloré mais demeure dans la foulée de la fable. Une fable sur le couple, lieu par excellence des tensions et des in-attentions. Combien est-on dans un couple d’ailleurs ? Toujours plus de deux en tous cas ! Carmen se rêve en Madonna via les magazines people. Carlos, ce serait plutôt Maradona. Jaloux et indifférent à sa femme ( oui, le macho n’en est pas à une contradiction près ! ) il est grutier mais sans hauteur de vue. Carmen et Carlos ont une fille, ado archétypale accessoirisée d’oreillettes et d’un smartphone, vivent à Madrid dans le petit appartement d’une cité grise. À l’occasion d’une fête de mariage où Carlos s’est montré à son habitude, odieux, et d’une séance ratée d’hypnose, opérée par Pepe, le cousin-soupirant de Carmen, voilà que le mari brutal se transforme en époux et père attentif. Jekyll et Hyde ? Pas si simple ! vu que le gentil n’est pas si doux et le brutal pas si dur. Incrédule, déstabilisée, flanquée de Pepe et aidée par le professeur d’hypnose méphistofélique à souhait de ce dernier, Carmen mène l’enquête pour retrouver l’Esprit séduisant qui a pris possession du corps de son mari, et effrayée par ce qu’elle découvre, pour l’en déloger au plus vite. Ce scénario sur le couple aurait pu plaire à Woody Allen.

Mais le comique tient ici davantage dans les situations que dans les mots. Gaguesque, grand-guignolesque dans les scènes d’hypnose et de carnage fantasmé (avec un couteau à découper un gâteau de mariage), le réalisateur verse dans l’humour noir et s’amuse des codes de cinéma de genre. Scènes de danse à la Travolta madrilène dans le décor ringard et doré d’une salle de mariage, scène trash sur un lit d’hôpital avec un mourant en slip de super héros, scène de reconstitution de crime, scènes fantastiques d’hallucinations et de fantômes, scène finale sur fond blanc, qui lorgne vers la SF, scène écho à Orange mécanique, les écarteurs placés sur la bouche de Carlos par l’hypnotiseur-dentiste fumiste et cupide, justement nommé Fumeti, remplaçant les écarteurs d’yeux d’Alex. Le rythme fléchit parfois et la formule magique ne suffit pas alors à soutenir l’intérêt mais l’interprétation des comédiens dans le jeu parodique est constamment délicieuse : Maribel Verdù en tenue de midinette qui affirmera tête haute son unité, abandonnant les mâles au plus mal, et surtout Antonio de la Torre glissant d’un personnage à l’autre avec un naturel confondant dans cette situation abracadabrantesque !

ELISE PADOVANI
Novembre 2017

Photo : Copyright Condor Distribution


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