Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur des éditions P.O.L., nous a quittés

P.O.L., éditeur et cinéaste

Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur des éditions P.O.L., nous a quittés - Zibeline

Il avait rendu ses initiales incontournables dans le milieu de l’édition. Paul Otchakovsky-Laurens est mort suite à un accident de voiture sur l’île Marie-Galante à 73 ans, le 2 janvier. Il avait pris ses fonctions de Président du FID Marseille en 2012, à la soirée de clôture de la 24e édition, succédant à Aurélie Filippetti, devenue ministre. Depuis on appréciait sa présence discrète, efficace et ses mots toujours pleins d’humanité, dans un festival qu’il considérait comme « une maison d’édition idéale où les genres, les registres, les tonalités, les époques, les esthétismes se confrontent les uns aux autres dans la plus grande liberté et pour la plus grande joie de l’esprit ».

Car il aimait particulièrement les auteurs cinéastes : il soulignait en 2014 la force scandaleuse du passé de Pier Paolo Pasolini, et avait rappelé, en 2015, les mots de Marguerite Duras : « S’il y a quelqu’un qui, dans un point du monde, fait le cinéma qu’il veut faire, lui, et non pas le cinéma des autres gens, ça se sait. ». Marguerite Duras dont il avait publié, notamment, La Douleur et La Pluie d’été ainsi qu’une multitude d’autres auteurs dont Perec, Daney, Carrière, Lindon, Juliet, Rolin, Darrieussecq, Rahimi, Kaplan…

Lui qui s’était interdit, en tant qu’éditeur, d’être aussi écrivain, avait réalisé en 2009 un film autobiographique, Sablé-sur-Sarthe et il avait, tout dernièrement, renouvelé l’expérience avec Éditeur. Un film singulier, qui n’est jamais « le film des autres gens », mêlant avec discrétion mais sans pudeur sa jeunesse, ses premières années d’éditeur, ses ennuis économiques, son procès, ses rêves et ses fantasmes, et le parcours d’auteurs allant de portes en portes cherchant à être publiés, aimés, compris. Éditeur démontre une véritable écriture, des points de vue très personnels, une marionnette de Gisèle Vienne incarnant l’éditeur, les auteurs publiés chez POL jouant les figurants dans des séquences sous titrées… Projeté aux dernières Correspondances de Manosque, le film, trop discrètement sorti en novembre, témoignage précieux d’un métier en mutation, était aussi la promesse d’une œuvre à venir.

Zibeline s’associe à la peine des proches de POL, et de l’équipe du FID.

Agnès Freschel, Annie Gava et Elise Padovani
Janvier 2018

Photographie : Poupée crée par Gisèle Vienne pour incarner Paul Otchakovsky Laurens dans son film Editeur © Norte Productions-1