Le financement des opéras et orchestres en région

Nos opéras de province

Le financement des opéras et orchestres en région - Zibeline

Les chiffres et budgets des théâtres sont souvent commentés, mais ceux des opéras et des orchestres restent mystérieux. Qu’en est-il dans notre région ?

Le Sud-est est paradoxalement doté : la Région PACA compte 4 opéras, ce qui est le record dans une région française. Ce territoire a aussi la particularité d’avoir deux orchestres régionaux dont un attaché à un opéra, celui d’Avignon, et l’autre pas, celui de Cannes. À Montpellier il y a un Opéra Orchestre National, un des 5 qui relèvent de ce label en France. On peut y ajouter, non loin, l’Opéra de Monte Carlo, qui n’est pas financé par la France mais emploie 91 musiciens, vivant en France pour la plupart.

Mais cette relative abondance cache un net sous-financement de l’État, doublé en PACA d’une absence de financement de la Région, en dehors de deux orchestres régionaux. Ce qui implique que ce sont très largement les villes et les agglomérations, et les départements dans une moindre mesure, qui financent la vie lyrique et symphonique du Sud-est. Or celle-ci est très coûteuse, et représente donc une dépense très importante pour les collectivités locales. Les 5 villes ou agglomérations qui ont en charge un opéra y consacrent une très grande part de leurs budgets culturels, au détriment des autres équipements. Depuis 2012, les subventions des 5 maisons d’opéras ont d’ailleurs baissé, globalement, de 8%. Elles n’en représentent pas moins, pour des villes comme Marseille ou Nice, près d’un quart des dépenses culturelles de fonctionnement. Quelles en sont les raisons ?

L’État et la province

La première est, plus encore que pour d’autres équipements, l’incroyable déséquilibre entre l’Île de France et les autres régions, en particulier pour ce qui est des opéras entre Paris et le Sud-est (Lyon et Lille sont bien mieux dotés). Le ministère de la Culture consacre 140 millions d’euros aux opéras et orchestres parisiens, et moins de 60 millions au reste de la France. Sur le territoire, l’Opéra Orchestre « national » de Montpellier est le moins financé des 5 opéras nationaux, avec 3 millions d’euros pour un budget global de 22 millions (Opéra de Lyon 6 millions), et l’Opéra de Marseille celui qui reçoit une des plus faibles dotations des 13 opéras aidés par l’État, soit 0,5 million : la dotation moyenne des opéras (hors Paris !) est de 2,2 millions. L’État dépense autant, dans le territoire, pour le seul Festival d’Aix (3,62 millions) que pour les deux opéras qu’il finance. Or cette manifestation lyrique n’emploie pas de musiciens de la région, et concerne moins le public local.

Quant aux orchestres, l’État en reconnaît et finance 19 en France (hors Paris), pour une dépense globale de 21 millions, soit 1,1 million par orchestre : les deux orchestres élus par l’État reçoivent cette dotation moyenne de 1,2 millions chacun, tandis que les orchestres d’Île de France ou de Lyon reçoivent plus de 2 millions. Et les Régions ne sont pas en reste, puisque la Région PACA ne finance que les deux orchestres à mission régionale, et que la Région Languedoc-Roussillon a en 2011 brutalement baissé le financement de l’Opéra de Montpellier de 9,2 millions à 4 millions. On ne sait ce que fera l’Occitanie, mais l’OONM peine à se remettre de ces 5 millions manquants, que l’agglomération de Montpellier a compensé en partie (2,5 millions supplémentaires) : la Cour régionale des comptes épingle le déficit d’une maison « nationale » qui a perdu plus de 10% de ses moyens, qui doit répondre à un cahier des charges d’État en termes de création et de diffusion, dans un contexte où il est difficile de réduire les coûts sans fermer les portes…

L’emploi et le public

Car aujourd’hui tout désengagement supplémentaire des collectivités aboutirait à la disparition des opéras : l’Opéra de Marseille propose parfois des productions sans mise en scène, moins coûteuses, la seule variable d’ajustement à des budgets en baisse étant le coût des plateaux. Couper encore les subventions aboutirait, forcément, à la fermeture de ces opéras déjà mal financés.

En effet, s’il semble possible de mutualiser davantage les productions et ainsi de faire des économies, on ne peut pas diminuer la masse salariale : les opéras emploient un personnel permanent important, bien plus nombreux que dans les théâtres. En PACA 500 musiciens et danseurs sont employés dans les orchestres, les ballets d’opéra et les chœurs, 130 à l’opéra de Montpellier. Le personnel administratif et technique représente en PACA plus de 300 emplois, et 106 à Montpellier. Toutes ces maisons emploient régulièrement des « supplémentaires », c’est-à-dire des musiciens ou artistes nécessaires pour jouer certains répertoires, ainsi que des solistes invités pour les saisons symphoniques, et des chanteurs pour les productions lyriques.

C’est donc la masse salariale qui constitue l’essentiel des dépenses, dans un des rares secteurs artistique où l’emploi permanent existe. À chaque concours d’orchestre se présente plus d’une centaine de postulants par poste disponible : le vivier de musiciens en attente d’un emploi est impressionnant, tant par son nombre que par son niveau.

Quant aux spectateurs… Si les théâtres comptabilisent leur public et étudient leur composition, il n’en est pas de même pour les opéras, peu financés par l’État, et peu contraints à lui rendre des comptes. Seul l’Opéra de Montpellier, national, rend chaque année publique sa fréquentation, autour de 25 000 spectateurs, pour des recettes de 800 000 euros environ. On peut juger, en fréquentant les opéras toujours pleins pour les productions lyriques, et souvent pour les concerts, que les 1830 places de l’opéra de Marseille, les 1180 de Nice, les 1300 de Toulon et les 1120 d’Avignon représentent annuellement, avec leurs 50 représentations chacun en moyenne, quelques 275 000 spectateurs pour les seuls opéras et concerts symphoniques. Soit environ 9 millions de billetterie, sans compter les concerts de chambre, nombreux à Marseille, Nice et Toulon, ou les concerts symphoniques hors les murs, spécialité des orchestres régionaux de Cannes et d’Avignon.

Pour information, le Festival d’Aix accueille, toutes représentations confondues, 82 000 spectateurs. Ses 8 millions de subventions publiques ne représentent que 35% du budget total (22,3 millions) d’un festival qui sait produire des recettes (4 millions de billetterie), et convaincre mécènes et médias (7,2 millions).

Reste que le financement de la vie lyrique et symphonique est incroyablement inégalitaire : la place des spectateurs parisiens (74% du public des Opéras de Paris est Parisien, 11% sont étrangers, 12% viennent d’Île de France, et 3% des autres régions), et dans une moindre mesure des festivaliers, est financée avec l’argent des Français. Celle des provinciaux avec les impôts locaux…

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2016

Photo : Opéra de Marseille -cc- Philippe Alès

Les chiffres ci-dessous sont ceux de 2014.

capture-decran-2016-12-05-a-15-51-11

capture-decran-2016-12-05-a-15-52-18

Budget de l’Etat pour les orchestres et opéras :
depenses-detat-pour-les-orchestres-et-operas