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Entretien avec Manu Théron, fondateur du groupe Lo Còr de la Plana

Marseille est un trampoline pour l’imaginaire

Entretien avec Manu Théron, fondateur du groupe Lo Còr de la Plana - Zibeline

Après une résidence à la Cité de la Musique de Marseille, Lo Còr de la Plana fait son retour sur scène avec un nouveau projet, Tafori, consacré à la cité phocéenne, et un nouvel album éponyme en préparation. Entretien avec Manu Théron, fondateur du groupe

Zibeline : Cela fait longtemps que Lo Còr de la Plana ne s’est pas produit à Marseille. Qu’avez-vous fait pendant tout ce temps ?

Manu Théron : Nous avions besoin de prendre un peu d’air et de distance par rapport à ce qu’est la vie d’un groupe. Sébastien Spessa s’est investi dans les musiques baroques ; Rodin Kaufmann et Denis Sampieri ont monté le groupe Uèi. Personnellement, j’ai mené à bien trois projets qui me tenaient à cœur : Polyphonic System, Madalena et Sirventes.

Comment est né le projet Tafori ?

Avec l’album Marcha, on a achevé un cycle très important pour nous. Celui de la réinterprétation des répertoires traditionnels occitans en trois volets : les chants sacrés, à danser et politiques. Cela a pris neuf ans. Pour quoi pouvait se passionner à nouveau le groupe ? Marseille est présente dans tous nos disques ; Tafori sera donc un album de compositions qui parlera de la ville tout en rappelant certains fondamentaux, car nous sommes revenus dans une période de centralisme fort, doublée d’une posture névrotique par rapport à la diversité.

Quel regard portez-vous sur Marseille, cette ville qui vous inspire autant qu’elle vous passionne ?

Marseille est un échec politique et un chaos institutionnel. Et pourtant, c’est une ville qui n’est pas en souffrance, qui positive, grâce à tous ceux qui y arrivent en permanence et qui espèrent vivre mieux. Ils apportent à Marseille une joie, une dynamique ascendante qui la maintient dans l’envie d’exister. Marseille est un tremplin, voire un trampoline, pour l’imaginaire.

Comment définiriez-vous la politique municipale ?

On assiste à une vraie gestion de droite : égoïste, négligente, désinvolte. Les dirigeants sont d’une grande pauvreté d’imagination et réfléchissent avec des cerveaux du XIXe siècle. Les classes dominantes détestent le peuple. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’elles l’expriment ouvertement par un sentiment de mépris que la population leur rend bien. Mais l’hommage que les élites marseillaises ne savent pas rendre au peuple, d’autres, ailleurs, savent le prodiguer. C’est aussi ce fossé qui rend la ville passionnante.

Plus de quinze ans après la création du Còr de la Plana, vos héritiers sont nombreux. Comment le vivez-vous ?

Notre ambition était de redonner à la vocalité un droit d’expression, de favoriser une reprise en main de la culture occitane par le chant, en l’ouvrant à d’autres traditions méditerranéennes ancrées à Marseille. Je suis émerveillé par l’abondance et la qualité des propositions passionnées que j’observe. Et si l’on nous le demande, nous dispensons des avis, des conseils, non pas pour former des professionnels -ils le deviendront par eux-mêmes- mais pour donner le goût de la transmission d’un patrimoine qui est en train de passer d’une dynamique de conservation à une dynamique de création.

Propos recueillis par THOMAS DALICANTE
Mars 2017

Lo Còr de la Plana s’est produit le 10 mars à la Cité de la Musique de Marseille

Photo : Lo Cor de la Plana c X-D.R.


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