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Le 23e Festival de Marseille, plus ouvert que jamais. Entretien avec son directeur, Jan Goossens

Marseille accueille le monde

• 15 juin 2018⇒8 juillet 2018 •
Le 23e Festival de Marseille, plus ouvert que jamais. Entretien avec son directeur, Jan Goossens - Zibeline

Pour sa 23e édition le Festival de Marseille se veut plus ouvert que jamais. À tous les publics, à l’Afrique et au monde, à toutes les esthétiques, à la multidisciplinarité, aux habitants de Marseille. Mais surtout à l’avenir ! Entretien avec son directeur, Jan Goossens

Zibeline : L’édition 2017 était la première dont vous aviez conçu entièrement la programmation. Quel bilan en avez-vous tiré ?

Jan Goossens : Cette première édition a donné l’indication claire et forte que ce nouveau projet peut susciter l’adhésion sur ce territoire. Avoir un impact. Toucher un public populaire comme au Silvain ou dans 100% Marseille, étonner et questionner artistiquement comme le Rito de Primavera ou le spectacle de Julien Gosselin qui ont provoqué des discussions, et l’étonnement.

Est-ce que vous avez noté une évolution du public ?

Oui, une évolution notable. Nos salles étaient pleines à 87% alors même que nous avons considérablement augmenté le nombre de places mises en vente. Nos recettes de billetterie ont été clairement au-dessus de nos attentes, qui étaient optimistes ! Mais, plus qu’au niveau quantitatif, le public a également changé dans sa composition : davantage de jeunes, davantage de spectateurs qui viennent voir une ou deux propositions, un nombre important de spectateurs qui viennent pour la première fois, et la billetterie solidaire* qui explose. Nous sommes allés nettement au-dessus des quotas, nous avons financé 400 places supplémentaires sur nos fonds propres pour les gens en situation de précarité, avec plaisir, car cela fait la démonstration éclatante que chacun a besoin de culture et d’art quand il peut y avoir financièrement accès. Il y a eu aussi une forte présence professionnelle, régionale et internationale, correspondant à notre projet : s’ouvrir au monde, s’ancrer à Marseille, dans la multidisciplinarité.

Le Festival 2018 conserve-t-il le même esprit ?

Le cadre reste le même, mais nous nous sommes plus fortement engagés dans des coproductions : le montage final de Kirina se fait à Marseille, nous accompagnons Éric Minh Cuong Castaing pour la création de Phoenix depuis 1 an. Notre engagement vis à vis des jeunes artistes du territoire se traduit aussi dans les Mars Lab, des petites formes qui seront présentées aux Bernardines. Nous proposons aussi des séries plus longues, Requiem pour L., de Platel et Cassol, sera joué trois fois au Silo, Kirina, de Serge Aimé Coulibaly et Rokia Traoré, quatre fois en première mondiale sur le Grand Plateau de la Friche : l’important est de faire venir de nouveaux spectateurs, que le bouche-à-oreille fonctionne, même si cela peut faire baisser le taux de remplissage.

Le Festival de Marseille reste-t-il un festival de danse ?

À l’international on dit que je suis devenu un programmateur de danse, et ici qu’il n’y en a pas assez ! Si le Festival est clairement multidisciplinaire, la part de la danse est prépondérante. Mais il s’agit de danses au pluriel, de mouvement, de corps, dans des esthétiques aussi différentes que celles d’Olivier Dubois, Lisbeth Gruwez, Eko Supriyanto ou Boris Charmatz. Jamais de danse comme discipline académique. Et on débute avec un projet qui n’appartient pas au domaine de l’art vivant mais que je suis très fier de proposer : Domo de Europa est une exposition de Thomas Bellinck, un projet lourd en termes de montage, une première en France portée aussi par le Mucem et MP2018. Sa fiction nous projette dans l’avenir d’une Europe qui revient sur son passé. En fait cette anticipation nous parle de notre présent, de ce que l’on pourrait perdre si on persiste dans le repli actuel, nationaliste et insulaire, en renonçant à construire une Europe unie autour d’autres intérêts que le calcul économique à court terme. C’est passionnant.

Du théâtre aussi, avec Jan Lauwers…

… et Viviane De Muynck, qui est une grande dame… La Chambre d’Isabella avait marqué Marseille, Jan Lauwers a continué son trajet et aujourd’hui son théâtre qui avait déclenché une vraie révélation fait naître une tenson, très belle, entre rébellion et maîtrise, avant-garde et classicisme. Il vient à Marseille avec un grand texte, Guerre et Térébenthine, adaptation du grand classique de Stefan Hertmans, un roman d’amour durant la première guerre mondiale que les Français connaissent peu. Ce sera au Gymnase, et il y aura aussi du cinéma à l’Alhambra, une conférence de Felwine Sarr, grand penseur de l’Afrique, au Mucem…

Et de la musique !

Des musiques, au pluriel aussi, et dans des formes multidisciplinaires. Un concert d’Imhotep et Soly Casey en plein air et en entrée libre Koko Dembelé maître du reggae au Mali en première partie de Jupiter, figure emblématique de Kinshasa. Et puis bien sûr Fabrizio Cassol, qui avec une partie de l’orchestre de Coup fatal et deux chanteurs du Macbeth de Brett Bailey, est allé beaucoup plus loin dans l’adaptation musicale de Mozart. Et la musique de Rokia Traoré dans Kirina, dont le point de départ est l’histoire politique et culturelle de l’Afrique de l’Ouest, de Soundiata Keita, fondateur de l’empire du Mali et symbole d’une gestion démocratique africaine. Dans la tradition mandingue des griots il est question de l’avenir, et de la marche d’un peuple. Sur scène il y aura dix danseurs, six musiciens et une quarantaine de figurants marseillais. Une grande production qui est possible grâce au dispositif ExtraPôle, et dont la création aura lieu à Marseille avant la Ruhr Triennale qui est aussi coproducteur.

Propos recueillis par AGNÈS FRESCHEL
Mai 2018

* La Charte Culture propose 2000 places à 1 € aux personnes en situation de précarité ou de handicap. Un dispositif financé par Arte, la préfecture à l’égalité des chances et toutes les mairies de secteur de Marseille, sauf le 13/14 (maire Stéphane Ravier, FN) et celle du 2/3 (maire Lisette Narducci).

Festival de Marseille
15 juin au 8 juillet
Divers lieux, Marseille
festivaldemarseille.com

Photo : Salt, Eko Supriyanto c Eko Wahyudi