Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Entretien avec le metteur en scène Hubert Colas, qui présente deux oeuvres lors de MP2018

Introspection et désordre amoureux

• 12 février 2018⇒13 février 2018, 16 février 2018⇒25 février 2018, 21 mars 2018⇒22 mars 2018 •
Entretien avec le metteur en scène Hubert Colas, qui présente deux oeuvres lors de MP2018 - Zibeline

Hubert Colas, auteur, metteur en scène et directeur de Montévidéo, reprend Kolik, un solo de Rainald Goetz porté par un Thierry Raynaud hallucinant, et propose une seconde étape de travail de son Désordre portant, saison oblige, sur le désordre amoureux.

Zibeline : Pourquoi  cette reprise de Kolik, qui a été joué plus de quarante fois sur la scène internationale depuis sa création en 2011 ?

Hubert Colas : D’abord parce que Rainald Goetz a une écriture singulière, une puissance de poésie sonore qui continue à me hanter. Pour Thierry Raynaud, c’est un objet qui l’a complètement habité, et dont on voudrait explorer plus avant d’autres facettes. Ce texte est un peu comme l’introspection contemporaine d’un corps hamletien, une introspection à la fois individuelle et sociale, vers laquelle nous avions envie de revenir.

Thierry Raynaud, seul à table, ingère une quantité impressionnante de verres d’eau ? Pourquoi cela ?

C’est Rainald Goetz qui l’inscrit dans son texte, comme si à chaque prise de parole il fallait redonner du carburant à ce corps qui incube. Une énergie cristalline, qui alimente la soif de connaissance de soi, et qu’il faut toujours nourrir davantage, comme si on pouvait tout absorber dans la perpétuelle énigme de l’appréhension de soi, et de la mort.

La mort est le thème du monologue ?

C’est une des stations de l’apprentissage de soi-même. Aujourd’hui nous sommes assaillis par la puissance et la présence de la mort, mais par pudeur ou par douleur nous ne nous révoltons pas. Or le travail d’introspection éclaire la vie, et l’axe de ce texte c’est la lumière, qui ouvre les portes de la connaissance et de la parole. C’est un texte de l’épanouissement, qui s’interroge sur comment continuer à vivre dans une société qui est antinomique avec la notion de justice humaine.

Le texte n’est pas facile à appréhender…

C’est un texte à la puissance poétique : il faut se laisser aller au choc de la rencontre avec cette écriture, dont le but n’est pas la compréhension littérale ou totale, mais de vous attraper par la musique des mots, comme on contemple une couleur.

Sur scène, tout est noir…

Et lumineux. C’est un espace noir qui est comme l’apparition mentale de l’écriture, mais la vidéo discrète de Patrick Laffont double le corps de Thierry, et grandit. Car ce texte donne vraiment la possibilité de grandir. Il y a quelque chose de noir et de joyeux à la fois…

En dehors de cette reprise vous proposez une deuxième étape de Désordre.

Oui, une mise en espace, dont la thématique sera le désordre amoureux. J’en ai commencé l’écriture il y a deux ans. Il y est question des chemins du désordre, l’incompréhension, le malentendu, la nécessité sociale de changer tout le temps, le destin.

Porté par vos acteurs ?

Oui, ils sont 6, avec des personnalités très différentes et marquées, certains musiciens, performeurs, danseurs. Le plateau aussi sera désordonné, il sera question de cela, de comment la représentation théâtrale s’oppose à l’ordre normal des rapports humains, s’oppose et les combat. La dramaturgie sera aléatoire, on veut que le public participe, soit appelé à remettre en ordre ce qu’il voit, la forme fictionnelle qui sera donc variable chaque fois, et changera d’ordre…

Ce travail au plateau implique-t-il que vous écrivez avec vos acteurs ?

Non l’écriture est de moi. Mais le travail avec eux me permet de teinter mon écriture, et de leur livrer un objet colorisé pour eux.

La création aura lieu…

… en octobre, sans doute dans le cadre d’actOral. On fêtera les 30 ans de la compagnie Diphtong.

Et comment se portent actOral, Diphtong, et Montévidéo ?

Bien. La compagnie va très bien, Montévidéo doit continuer à vivre dans un objectif de partage qui semble désormais compris de tous. Yves Moraine, le maire de secteur, défend l’existence de Montévidéo à cet endroit qu’il trouve pertinent, il en a convaincu le maire et l’État.

Des nouveautés ?

Oui, nous créons un bureau de production pour accompagner en continu les compagnies et les artistes. Et nous collaborons pour la première fois avec la Collection Lambert, pour une expo sur la déclaration d’amour, Je t’aime je t’aime, autour de François-Xavier Courrèges, mais aussi Jason Dodge, Nan Goldin, Delphine Kreuter… Nous voulons donner une place plus grande aux plasticiens, dont les propositions sont souvent construites, aujourd’hui, en regard avec le théâtre…

Propos recueillis par AGNÈS FRESCHEL
Février 2018

Kolik
12 et 13 février
Désordre
21 et 22 mars
Je t’aime, je t’aime
16 au 25 février
Montévidéo, Marseille

Kolik
16 et 17 février
Bois de l’Aune, Aix


Montévidéo
3 Impasse Montévidéo
13006 Marseille
04 91 37 97 35
http://www.montevideo-marseille.com/


Salle du Bois de l’Aune
1 Place Victor Schoelcher
13090 Aix-en-Provence
04 88 71 74 80
boisdelaune.fr