Zibeline bannière

Entretien avec Kaddour Hadadi, alias HK, chantre du combat social

HK, saltimbanque mé-ch’ti-terranéen

Entretien avec Kaddour Hadadi, alias HK, chantre du combat social - Zibeline

L’auteur de On lâche rien, hymne du mouvement social et de certains meetings présidentiels, vient régulièrement en Provence. Pour y chanter, mais pas seulement !

Originaire de Roubaix, Kaddour Hadadi, plus connu sous le nom de scène HK (avec ou sans les Saltimbanks) a tissé des liens forts avec ceux qui ne baissent pas les bras dans la région. Celui qui se définit comme un Citoyen du monde (titre de son premier album en 2011) s’en prend aujourd’hui à L’empire de papier, son cinquième opus. Au-delà de la musique, HK aime avant tout les mots, la langue. Son dernier roman, Le cœur à l’outrage (Riveneuve éditions), sort également en librairie. Rencontre.

Zibeline : Les Fralib, Nuit Debout, RESF, Emmaüs et la Fondation Abbé Pierre… Vous venez souvent soutenir des mouvements de résistance dans la région. La lutte est-elle plus festive au soleil ?

HK : On est content quand on nous appelle. À chaque fois, on le fait avec fierté. Mon truc, c’est la musique, la poésie et elles portent leur part de combat. Le combat social au sens large. On soutient les exclus, qu’ils viennent de l’intérieur ou de l’extérieur. Tout cela fait partie d’un seul et même questionnement sur notre société, notre humanité : qui sommes-nous ? Qui est l’autre pour nous ?

Vous avez également écrit la musique du documentaire J’ai marché jusqu’à vous – récits d’une jeunesse exilée, du réalisateur aixois Rachid Oujdi. Que vous évoque la situation des réfugiés et des migrants ?

Nous sommes tous des réfugiés. Ils sont nous, nous sommes eux. Dans notre propre histoire, si nous n’avons pas un parent ou un grand parent qui l’a été, nous aurons sans doute un enfant qui le sera un jour. Que ce soit pour des raisons climatiques, de guerre ou d’oppression. L’histoire de l’humanité est celle de la quête d’un refuge. On peut essayer de se voiler la face mais la réalité est celle-là.

Quelle est la tonalité de L’empire de papier, votre nouvel album ?

Cela reste du HK, avec un côté world plus assumé, des sonorités folk et reggae. Et une tonalité blues, pas dans la forme mais dans l’esprit. Je voulais faire un album avec une âme, dans une approche un peu plus universelle, moins franco-française. L’engagement citoyen est toujours présent, avec une dimension plus humaniste. L’empire de papier est notre société : une forteresse sur un socle de billets. On s’enferme pour protéger ce bien devenu le plus sacré, l’argent. Un monde basé sur la compétition et la finance ne peut pas être un projet humain, qui doit reposer sur la solidarité, la fraternité, la bienveillance.

Vous sortez également un nouveau roman, Le cœur à l’outrage. Est-ce la version littéraire du disque ?

Dans l’album, il y a le morceau Ce soir nous irons au bal que j’ai écrit au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Le livre est le prolongement de la chanson. Sous un état d’urgence permanent, on veut nous faire avoir peur de notre voisin. Il nous faut garder cette envie de danser avec l’autre, en restant tel que l’on est, individuellement et collectivement. Plus fort que le « vivre-ensemble », mon roman invite au « danser ensemble ».

Vous ne lâcherez toujours rien au printemps 2017 ?

En 2012, deux candidats à la présidentielle (Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon, ndlr) ont utilisé la chanson On lâche rien pour leur campagne. Nous avons pris le parti de ne soutenir personne en 2017. J’ai l’impression que l’on a quelques soucis démocratiques. Les grands médias, qui appartiennent à des groupes financiers, industriels ou militaires, choisissent la tonalité de la campagne. Et ils ont décidé de faire de Macron leur poulain. Un enfant du système qui galvaude le mot « révolution ». La communication a fini par vider les mots de leur substance.

Propos recueillis par THOMAS DALICANTE
Janvier 2017

HK participait à la soirée d’hommage à l’abbé Pierre, le 21 janvier au Dock des Suds, Marseille

Photo : HK -c- Vincent Bouvier

L’empire de papier, dans les bacs et Le cœur à l’outrage, en librairie au mois de mars

empiredepapier