Le gouvernement paradoxal d'Emmanuel Macron

En Marche… arrière ?

Le gouvernement paradoxal d'Emmanuel Macron - Zibeline

On s’était habitués depuis 5 ans au paradoxe socialiste/libéral. Mais le premier Gouvernement Macron incarne mieux encore l’oxymore…

On reproche communément à celui que nous avons élu d’être un produit des médias, de la finance, de l’oligarchie, du dessein mondial d’assujettissement des classes populaires, et de tout projet politique de gauche. Pourtant son élection interroge surtout notre désir de paradoxe, et d’entre-deux. Comment ce Gouvernement qui programme la fin de la sécurisation sociale par la loi, et par le code du travail en particulier, peut-il être perçu comme rassurant ?

Le premier Gouvernement d’Emmanuel Macron est un paradoxe. Emmené par un Premier ministre de droite, ex-cadre pensant d’Areva, et lobbyiste, il offre un poste de ministre d’État à Nicolas Hulot. Comment penser la « transition écologique », comme l’indique son poste, dans un gouvernement dirigé par un Premier ministre qui a voté contre la transition énergétique, défend le nucléaire, et prône le maintien dans sa ville du Havre d’une centrale à charbon extrêmement polluante ? Comment Nicolas Hulot se sortira-t-il de ce paradoxe, et quelles marges de manœuvre aura-t-il ? Nul ne le sait. Mais la nomination d’un ministre si populaire participe à éteindre nos peurs écologistes légitimes, et à convaincre les électeurs écologistes de voter République en Marche aux législatives.

La nomination de Françoise Nyssen, directrice d’Actes Sud, éditrice estimée, femme de talent et de goût, suit sans doute le même dessein : le monde de la culture, qui reprochait à Fleur Pellerin de ne pas lire (assez), connaît les qualités de sa nouvelle ministre. Dont un des premiers actes est d’ailleurs de s’engager auprès de Nicolas Hulot pour la semaine du Développement durable. Sa nomination est très rassurante pour un monde culturel qui avait plutôt voté pour Jean-Luc Mélenchon, ou Benoît Hamon. Pour la région cette femme, ancrée au Sud, professionnelle, éditrice de Stéphane Hessel, de Pierre Rabbhi, mais aussi d’Olivier Py ou Barbara Cassin, semble garantir par sa seule présence au Gouvernement que la pensée aura sa place, le rhizome, le local, la contestation, voire la radicalité de Naomi Klein.

« On nous a dit que le marché allait nous sauver, alors que notre dépendance au profit et à la croissance nous fait sombrer chaque jour davantage. On nous a dit qu’il était impossible de sortir des combustibles fossiles, alors que nous savons exactement comment nous y prendre -il suffit d’enfreindre toutes les règles du libre marché : brider le pouvoir des entreprises, reconstruire les économies locales et refonder nos démocraties. »
Naomi Klein, Tout peut changer, Actes Sud 2015

Mais comment cela serait il possible, dans un Gouvernement où l’éducation est confiée à Jean-Michel Blanquer ? L’ancien directeur de l’ESSEC veut que les établissements soient gérés comme des entreprises, dans un esprit de rentabilité, avec une autonomisation des lycées. Mais que veut dire la rentabilité d’une école ? Quel est son objet ? Fabriquer des citoyens, éduquer des êtres humains, ou coûter moins cher et s’adapter au marché du travail et à ses courtes vues ? De plus le choix à la carte d’une partie des enseignements dispensés va accroître les différences entre établissements, et la fracture scolaire. La difficulté d’y vivre, aussi, du moins dans les moins performants. Comment concilier cela avec une quelconque ambition culturelle ? À moins de cultiver l’entre-soi et d’acter la fracture, par l’éducation et la culture, entre les classes sociales, on ne voit pas comment Françoise Nyssen et Jean-Michel Blanquer pourraient avoir une vision commune…

Nicolas Hulot et Françoise Nyssen seraient-ils des leurres, des miroirs aux alouettes recrutés en vue d’un consensus aux législatives ? Cela n’est pas certain. Le premier Gouvernement de Macron est si composite qu’on ne sait quelle en est l’intention directrice. Sauf peut-être celle de casser les anciens « partis de gouvernement » en recrutant dans leurs rangs ?

L’intention de gouverner par ordonnances et de casser le code du travail est en tous les cas clairement énoncée. Les revendications des Nuits debout sont déniées, la gauche est en lambeaux, mais celle qui a édité La Stratégie du choc et Tout peut changer est ministre de la Culture.

AGNÈS FESCHEL
Juin 2017

Photo : Françoise Nyssen, ministre de la Culture, devant l’œuvre Le monde durable de demain sera culturel, réalisée dans le cadre de la Semaine du Développement Durable par le collectif Mousse Graffiti -c- Ministère de la Culture