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Mission de service public

Journal Zibeline actualit culturelle

« Le théâtre est au premier chef un service public, tout comme le gaz, l’eau, l’électricité ».

Si aujourd’hui l’affirmation de Jean Vilar nous sidère, ce n’est pas parce que l’utilité sociale des arts n’est plus à la mode. Non. Mais parce que l’eau, le gaz et l’électricité ont été privatisés. En revanche l’art rempart contre la barbarie, qui doit aller jusque dans les prisons, les hôpitaux et les écoles ghettos, la mission sociale des artistes, tout cela est acté, compris, admis. Par les artistes et les acteurs culturels, dévoués, missionnés, surqualifiés et sous-payés, placés dans une constante concurrence, et soupçonnés toujours d’élitisme.

La culture service public ? L’essentiel de l’argent public alimente les ors du Château de Versailles et de l’Opéra de Paris, et la restauration du patrimoine privé. Stéphane Bern y veille. Hors de cette sphère aristocratique la puissance publique délègue aux artistes des missions de service public, tout en exigeant une rentabilité de leurs projets, un équilibre économique, un nombre de représentations, un « impact public » mesurable. Et en baissant le financement de cette mission déléguée, qui consiste à répondre aux droits culturels des Français.

Oui, l’ambition vilarienne d’inscrire l’art dans l’histoire sociale était belle, et son souvenir fait affleurer aujourd’hui la mémoire des grandes nationalisations d’après-guerre, de la sécurité sociale, de l’audiovisuel public. Du gaz et de l’électricité financés par l’État. D’Air France, des PTT, de la SNCM et de la SNCF, qui assuraient la continuité territoriale, portaient le courrier et les colis tous les jours jusque dans les coins reculés, jusque chez les ultramarins.

C’est aujourd’hui cette idée même du service public qui est perdue. La rentabilité a gagné, dans les esprits, dans les médias qui ne croient plus à leur mission d’information et gèrent l’audimat. Qui préfèrent les micros-trottoirs d’usagers excédés plutôt que l’explication, à portée de leur travail d’enquête : si le service public du transport disparaît, des territoires seront définitivement désertés ; les avions, la voiture, les camions et les cars gagneront, au détriment de notre santé, de notre mobilité. Et de notre droit à disposer, parce que nous payons des impôts qui sont censés les financer, des services publics que nos parents ont gagné de haute lutte sociale.

AGNÈS FRESCHEL
Mai 2018