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Le monde que nous désirons

Journal Zibeline actualit culturelle

Persuader les jeunes que les retraités ont de l’argent, les petits salaires que les chômeurs sont des fainéants, les chômeurs que les salariés sont des nantis, les ouvriers que les immigrés sont une menace, était la première étape pour protéger ceux qui encaissent les milliards de dividendes produits par notre travail.

Laisser entendre que le mariage homosexuel était une erreur, que les juifs ont des privilèges, que les féministes sont des hystériques, que les blancs sont tous racistes, les musulmans tous homophobes, les malades mentaux dangereux, les handicapés coûteux, les emplois aidés une aubaine, les étudiants des assistés, les provinciaux des ploucs, les parisiens des snobs, cela poignarde un peu plus la cohésion sociale, et la possibilité d’une convergence des luttes, plaçant des frontières de haine à l’intérieur du peuple, du couple, des familles, de la nation.

Et lorsque les écrans offrent à nos enfants, comme une norme, des jeux vidéos où l’on gagne en assassinant à coup de couteau, de camions lancés dans la foule ; lorsque les images de femmes dénudées et dominées sont devenues un outil marketing au mépris de ce que cela détruit dans l’intimité amoureuse, et dans la liberté de circuler des jeunes filles ; lorsque la seule confrontation avec la mort est celle des images de meurtre ; alors la confusion mentale entraînée par l’étalage public de l’intimité, l’appauvrissement intellectuel des médias, la machiavélique séparation des classes voisines, nous empêche de voir ce que nous avons sous les yeux.

Depuis 2014 les assassinats islamistes ont fait en France 240 morts. Horribles, sidérants, effarants. Inacceptables disent-ils, comme si le meurtre pouvait l’être. Depuis 2014, près de 15 000 hommes se sont noyés en Méditerranée en voulant atteindre l’Europe. Depuis 2014, en France, plus de 2000 suicides sont imputables à la souffrance au travail, et 45 000 morts, oui 45 000, au chômage. Celles-là sont-elles moins horribles, sidérantes, effarantes, inacceptables ?

Le choc des attentats peut nous détruire en nous faisant désirer une société rigide et sécuritaire. C’est pourtant un monde enfin humain qu’il nous faut bâtir, où aucun citoyen ne sera traversé par l’idée d’aller trancher la gorge d’une jeune fille, qui voulait devenir infirmière.

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2017