Des hommes puissants

Journal Zibeline actualit culturelle

Depuis 10 ans Zibeline s’étonne, régulièrement, de la difficulté qu’ont les femmes artistes, auteurs, chercheurs… à faire entendre leur voix. À être simplement présentes sur les scènes, les cimaises, aux micros des conférences, dans l’édification architecturale des cités. Et depuis plusieurs années Zibeline constate que la nomination volontariste de femmes directrices ne réduit pas le déséquilibre sexiste dans les programmations culturelles, les représentations communes et les assignations genrées : les femmes artistes restent en charge du jeune public, chanteuses ou actrices éblouissantes, idéalement sexy, fragiles ou maternantes.

Or depuis 10 ans, depuis toujours, nous savons, plus intimement, que les hommes, certains hommes, imposent leur désir, impérieux comme une force vitale, en piétinant celui des femmes. Et que c’est justement cette chose-là, l’expression valorisée du désir des hommes, qui construit nos représentations genrées de femmes idéalement sexy, fragiles ou maternantes.

Aujourd’hui le nombre de femmes qui balancent leur porc, qui disent « moi aussi », est effarant. Particulièrement dans le milieu culturel. Si bien qu’on se demande, puisque peu d’entre elles ont porté plainte, quel est le nombre réel de femmes violées. Est-ce le lot commun, celui de presque toutes, d’avoir été, enfant, tripatouillée par un oncle ou un grand cousin ? jeune fille, forcée dans une chambre ou dans un coin sombre ? adulte, poussée au cœur d’une relation consentie à des actes non désirés ? Autant de viols. Sans compter les masturbateurs publics, les palpeurs de métro, les harceleurs de rue qui insultent quand on ne sourit pas (t’es bonne t’es bonne c’est quoi ton zéro six), qui reluquent les formes de vos filles à peine pubères, fiers de leur regard concupiscent. Autant d’hommes puissants ?

96% des violeurs sont des hommes. Il serait temps de faire le lien entre le sentiment de toute puissance de ces hommes et les stéréotypes genrés que véhicule le monde culturel. En particulier le cinéma et la mode, qui les objectivent, mais aussi la musique ou le théâtre, qui les effacent ou les minorisent.

On commencerait par faire cesser le harcèlement dans l’enseignement artistique, puis on s’attaquerait à la surreprésentation des imaginaires masculins ? Nos filles, alors, pourraient devenir artistes comme nos fils, parce qu’elles n’auraient plus à enfouir leurs fantômes, ni à séduire par leur grâce sexy, fragile ou maternante.

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2017