Appel à responsabilité

Journal Zibeline actualit culturelle

Zibeline ne lance pas un appel à soutien. Ayant anticipé la baisse des recettes publicitaires et changé de modèle économique, votre mensuel culturel engagé et son site de presse multimédia tiennent le coup, tant bien que mal et sur le fil. Mais nous redoutons l’avenir, et ne pouvons que déplorer l’état de nos collègues : La Marseillaise, Marsactu, le Ravi, Ventilo lancent tous les quatre, chacun de leur côté, un appel à contribution pour conserver la liberté de publier. Ces journaux –Ventilo en a l’esprit s’il n’en a pas le statut légal- sont nécessaires à la pluralité de la presse dans la région. Qui a besoin d’observateurs politiques, économiques, sociaux et culturels locaux sans lesquels il n’y a pas de démocratie possible, ni de diffusion de la création régionale, ni de soutien à la vie sportive, associative, aux entreprises locales, au débat public.

La presse régionale a en France un statut étrange. Très peu aidée par l’État qui concentre l’essentiel de ses subsides sur la presse nationale, elle relève d’une économie privée, tout en remplissant des missions de service public. En échange elle bénéficie d’un taux de TVA réduit mais a besoin de l’attention des collectivités locales qui, parce qu’elles sont en principe attachées à la pluralité de la presse, communiquent à travers elles.

Ces recettes publicitaires institutionnelles sont indispensables à la presse régionale. Celle qui comme La Marseillaise est née de la Résistance, a relayé toutes les luttes sociales, et a permis récemment de faire reculer le Front national. Pourtant les collectivités, les villes et départements mais aussi la Région un peu moins oublieuse, préfèrent aujourd’hui fabriquer des journaux et des sites institutionnels que personne ne lit, communiquer dans l’espace public en saturant nos regards d’affichages sans explication, acheter de l’espace publicitaire dans des publications sans qualité éditoriale et assimilées, légalement, à des prospectus. Et favoriser l’achat publicitaire dans les sites et les blogs serviles qui relaient sans distance leurs propos et leurs initiatives.

C’est de cela que meurt la presse régionale : les collectivités territoriales n’ont plus de politique de soutien à la presse, et laissent leurs services de communication travailler dans des objectifs de visibilité à courte vue. Or sans un minimum d’argent, la presse ne peut se moderniser, (re)trouver un lectorat volatile et mener d’indispensables actions d’éducation pour lutter contre les fake news des réseaux sociaux.

C’est en se fédérant pour proposer une information éditorialisée, et en retrouvant l’oreille des politiques, qu’elle pourra cesser de lancer des appels à soutien dispersés : elle fournit un service indispensable aux citoyens, dont elle n’a pas à attendre l’aumône, mais l’intérêt.

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2017