Vu par Zibeline

Dans trois ans, une nouvelle ère glaciaire et des personnages aux allures de légende

Winter is coming

Dans trois ans, une nouvelle ère glaciaire et des personnages aux allures de légende - Zibeline

Cela se passe en 2020-2021. En quelque 300 pages, et en moins de six mois, la température aura chuté de cinquante degrés. Les buveurs de lumière de l’Écossaise Jenni Fagan plonge le lecteur dans un nouvel âge de glace. Il neige en plein désert. L’Europe s’enfonce sous les congères. Un énorme iceberg dérive le long des côtes britanniques. La planète entière est paralysée par cette apocalypse glacée, que la romancière situe dans trois petites années seulement. De quoi donner le frisson… Pourtant, au cœur de ce grand froid, surgit la lumière.

Car l’histoire est belle, les personnages très attachants, l’espoir toujours présent. La petite communauté de Clachan Fells, au Nord de l’Écosse, résiste comme elle peut (et souvent plutôt bien) à la dégringolade des températures. Dylan y débarque une nuit. Ce géant barbu et tatoué a toujours vécu à Soho. Mais sa mère et sa grand-mère viennent de mourir, le cinéma d’art et essai qu’elles géraient a été saisi. Ne reste à Dylan que la clé d’une caravane garée là-haut dans le Nord du pays (la région d’origine des deux femmes), que sa mère lui a laissée. Il s’y installe et peu à peu démarre une nouvelle vie dans le parc de caravanes bientôt enfoui sous la neige. Il y apprend le goût des autres, grâce au jeune Caël, devenu Stella, une préadolescente combative dont il va devenir l’ami, et à sa mère Constance, bricoleuse hors pair et femme vraiment libre, dont il va évidemment tomber amoureux. Cela pourrait ressembler à une histoire banale, voire mièvre. Il n’en est rien. Le roman est peuplé de personnages fantasques, de marginaux sympathiques. De légendes aussi, comme celle des Buveurs de lumière, selon laquelle, en regardant le soleil ou une autre source lumineuse, « on peut absorber la lumière jusque dans ses chromosomes puis, au plus sombre de l’hiver, quand il n’y en a plus du tout, on se met à rayonner, rayonner, rayonner. ». De fantômes du passé à débusquer, de secrets de familles à éclaircir. De la splendeur de la nature sauvage enfin. Une nature que Dylan apprend à contempler, qui étincelle en broderies de glace, fuse en aurores boréales, baignant le récit dans une lumière surnaturelle qui adoucit tout. Même les catastrophes climatiques. Une manière enjouée et poétique d’envisager le pire. Une lecture revigorante comme une lampée de gin dans la tourmente.

FRED ROBERT
Septembre 2017

Les buveurs de lumière Jenni Fagan
Éditions Métailié, 20 €

L’auteure sera présente lors des prochaines Correspondances de Manosque (20 au 24 septembre)

Ce roman fait partie des lectures de rentrée que conseillent vivement les libraires de L’Attrape-Mots (rue Paradis, Marseille 8ème). La librairie marseillaise fêtera prochainement ses quinze ans et à cette occasion, de nombreux rendez-vous littéraires et festifs seront programmés. À suivre…